Les turkmènes nous promènent, qu’à cela ne tienne, va pour la Transcaspienne !

Allez, on revient pour essayer de finir de vous conter nos aventure à dos de bicyclette ! Sur la « route » du 30 septembre au 5 octobre 2017 (ça date mais on a tout bien consigné dans nos carnets et c’est encore bien ancré dans nos têtes). Ça se recoupe un peu avec les épisodes précédents pour vous remettre dans le bain.

Comme le Turkménistan avait refusé catégoriquement de nous fournir un visa, nous avons dû contourner. Nous n’avons donc pas pu voir (informations qui suivent données par les voyageyrs croisés sur la route, qui eux y étaient passé) :

  • « La porte de l’enfer », un immense cratère enflammé au milieu du désert, créé par les soviétiques venant chercher du pétrole dans le coin, soviétiques qui furent finalement engloutis dans une immense cratère de gaz toxiques quand ils commencèrent à creuser, et qui, pour éviter les émanations, décidèrent d’y craquer une allumette. D’après leurs calculs, pas de soucis, cela brûlera quelques jours tout au plus… Cela fait bientôt 50ans maintenant… !
  • L’ancienne cité de Mary pour jouer à Indiana Jones.
  • La capitale actuelle, rutilante, aux rues lustrées (littéralement !), car le sociopathe qui dirige le pays est un peu maniaque sur les bords. Capitale ou l’on peut voir l’immense statue en or massif de l’ancien dirigeant sociopathe (le père de l’actuel, évidemment), et tout les bâtiments construits par Bouygues, fleuron national, qui fait rayonner la démocratie.
  • Des gens ultra accueillants (route de la soie + pays fermé obligent) que nous n’aurions pas eu le temps de voir car nous n’aurions eu que 5 jours pour traverser le pays.
  • Du désert et du vent.

Finalement, nous ne regrettons pas forcément notre détour ;). Pour rejoindre l’Iran depuis l’Ouzbékistan, nous sommes donc obligés de repasser par le Kazakhstan (heureusement pas de visa nécessaire), d’où nous pourrons prendre un bateau sur la mer Caspienne pour rejoindre l’Azerbaïdjan qui a une frontière avec l’Iran. Nous quittons donc Nukus en Ouzbékistan, direction Aktau au Kazakhstan, par le direct de 6h30. C’est parti pour un jour et une nuit dans le train. Ils s’agit du même train que le transsibérien (ils ont gardé tout les trains présents sur le territoire lors de l’effondrement de l’U.R.S.S. ), sauf que là ils sont moins bien entretenus, et que la rigueur russe qui régit la vie dans les wagons de Sibérie est absente. Nous attendons devant la porte du wagon jusqu’à 5 minutes du départ car le provodnik* ne veut pas nous ouvrir, alors qu’il fait vachement froid. Mais dès qu’il ouvre les portes, il faut alors se dépêcher de monter toutes nos affaires dans le train pour ne pas être en retard. Pour une fois, nous ne sommes pas les plus chargés avec nos vélos, d’autres passagers semblent déménager. Ils emmènent des meubles avec eux ! (Le déménagement en train dans un autre pays à 1500km, c’est un concept). Nous sommes en troisième classe et partageons notre renfoncement de wagon avec une mère et son petit Nour-Islam d’à peine un an. C’est convivial ! 🙂

Arrivés à Aktau on se croit de nouveau en Europe, le Kazakhstan étant clairement le plus « russifié » des pays d’Asie centrale.

La mer ! Cela faisant longtemps que nous ne l’avions pas vue !

La ville est assez originale, c’est la station balnéaire du Kazakhstan, qui n’est actuellement pas du tout bondée car on est en septembre et il commence déjà à faire frais. On se trouve donc un petit resto « cosy » et chaud pour chercher des infos sur comment acheter un billet pour le bateau, ce qui n’a pas l’air d’être une mince affaire, et se trouver un hébergement acceptable (car il y a beaucoup d’hôtels hyper classe – et donc chers – en bord de mer). En activant toute nos sources, on s’aperçoit que Lorenzo, un cyclo basque (espagnol) en voyage depuis 20ans, que nous avions rencontré à Douchanbé il y a 2 mois, est en ville. Quelle bonne nouvelle ! Nous nous empressons de le rejoindre dans son auberge (le Dostar Hostel) en bord de mer. Il est arrivé la veille en compagnie de Bryan, un cyclo Américain avec qui il voyage depuis Boukhara (sans prendre de transport, ce qui explique pourquoi nous sommes arrivés en même temps alors qu’il avait quitté Dushanbé bien avant nous). On s’installe bien, nous ne savons pas du tout combien de temps nous allons rester car le bateau passe… quand il passe. Certains l’ont attendu plus de 15 jours ! Bien sûr, ici on ne parle que russe ou kazakh, ce n’est donc pas évident d’obtenir des infos.

Mais l’après-midi même, une dame de la compagnie qui gère les bateau appelle à l’auberge pour nous prévenir que nous pouvons venir acheter les billets dans l’après-midi. Lorenzo et Bryan ont réussi à rentrer en contact avec eux, là où nous nous étions trouvé face à une porte clause. Nous sommes donc conviés à venir acheter nos billets. C’est bon signe ! Sur place on nous vend les billets, par contre, il est impossible de savoir si le bateau sera là demain ou dans 5 jours… Il semblerait que, à la base, le bateau ne soit pas vraiment prévu pour la haute mer… Donc il faut bien prévoir la fenêtre pour traverser la mer Caspienne qui peut être très capricieuse… Rassurant ! On nous dit aussi que nous n’aurons pas de repas servi à bord, on va devoir se faire des provisions. Nous passons au bazar pour avoir un dernier petit goût d’Asie centrale avant de la quitter pour de bon puis nous rentrons à l’auberge. Nos billets en poche nous n’avons rien d’autre à faire que d’attendre le coup de fil qui nous dira d’aller au port le lendemain matin à l’aube. Et c’est agréable ! Nous profitons de la cuisine tout équipée pour faire des bon petits plats, des cookies, des crêpes ! Avec Lorenzo et Bryan, on cuisine à tour de rôle nos repas. Nous avons droit à une superbe « tortilla de patatas » ! L’ambiance est très sympathique.

Merci Lorenzo
Miam miam !

Comme souvent quand nous parlons beaucoup en anglais, on se retrouve à dire quelques phrases entre nous en anglais comme ce petit dialogue qui a enfin trouvé son utilité :

Loris : Where is Bryan ?

Anabelle : Bryan is in the kitchen ! 🙂

( Ben ça va, on a pas le droit de pomper les blagues de Gad ?!? Ça serait un comble 😉 )

Il n’y a pas foule à l’auberge, mais on croise un jeune kazakh en vacances et quand il discute avec Lorenzo (40 ans, en voyage depuis 20 ans) c’est plutôt cocasse :

Le jeune kazakh : Alors où sont tes enfants ?

Lorenzo (avec un petit air espiègle) : Je n’en ai pas. Et toi ?

Ljk : Ah ah ah ah ! Très drôle ! Non, sérieusement, où sont-il ?

L : Sérieusement je n’ai pas d’enfants. Et toi ?

Ljk : Non mais moi je suis jeune, je suis ici en vacances pour trouver ma fiancée. Mais toi ! Ce n’est pas possible ? A 40 ans tu DOIS avoir des enfants ?!?

L : Ben non.

Ljk: (abasourdi) : …

Deux mondes différents, à des années lumières l’un de l’autre.

Le soir, la dame du bateau appelle : « il sera là demain à l’aube ! » Super ! « Soyez au port à 5h30. » Gloups, ça fait tôt quand même. Le lendemain nous sommes sur nos vélos à 5h10, dans la nuit noire, direction le port. Arrivés la-bas il n’y a pas grand monde mais on nous indique une pièce presque vide, où l’on peut attendre, à l’exception d’un petit bureau avec un moussaillon qui somnole dessus. On ne nous donne pas plus d’informations. Les minutes passent, puis les heures… Vers 8h, des gens commencent à passer par notre pièce (faisant se redresser le moussaillon au passage), pour aller derrière une porte verrouillée par un code, qu’ils prennent soin de bien refermer derrière eux. On essaye d’en intercepter plusieurs, mais ils disent qu’il ne savent pas pour le bateau… Après deux heures un gros quart d’heure (mais ça paraissait plus long que ça à Loris) à comater sur nos petits sièges tout sauf confortables, on arrive à s’infiltrer derrière cette porte à la suite d’un grand bonhomme en uniforme. On trouve une personne un peu plus responsable que les autres qui parle quelque mots d’anglais et on lui explique pourquoi nous sommes là. Il a l’air sceptique. Il nous emmène à un guichet et il demande à la personne derrière quelque trucs en russe. Puis on nous dit que le bateau n’est pas là. Quoi ? Mais il va arriver ? Bientôt ? Ben non mes braves gens, il est encore à Baku de l’autre côté en Azerbaïdjan !

Quoi ?!?! Non mais c’est pas possible d’être des boulets pareils ! Vous le savez depuis hier ça (car la traversées dure plus de 24h !). Vous vous foutez de nous ! On poireaute depuis 5h du mat’ dans votre pièce pourrie pour rien ! Vive l’organisation kazakho-azerie… On retourne à notre auberge légèrement complètement dépités et on recommence notre petit train train néanmoins fort sympathique d’attente sans attentes.

Le lendemain rebelote, on nous appelle : « Cette fois, c’est bon ! Le bateau est bien parti. Désolés pour la dernière fois, ils avaient dit qu’ils partaient, mais finalement il y avait une tempête sur la mer (un peu de vent quoi) donc il sont restés à quai. Rendez-vous à 5h30 ! » Bon, cette fois on se mettra moins la pression, sachant comment cela se passe là-bas. Mais quand même, bien avant l’aube, nous reprenons la route du port que nous connaissons bien maintenant ^^. Sur place on nous amène dans la même petite pièce que deux jours plus tôt… Sauf que cette fois nous ne sommes pas les seuls. Ouf, ça sent bon l’embarquement ! La salle est dans la pénombre car il fait encore nuit et qu’elle est uniquement éclairée par une lumière de sécurité. On la parcourt du regard, et certaines personnes semblent nous dire quelque chose. Le temps passe sans qu’il ne se passe rien, comme la veille. Le jour se lève et les gens commencent peu à peu à émerger de leur pseudos sommeil. On reconnait alors un cyclo norvégien rencontré totalement par hasard à Douchanbé, un couple suisse voyageant en camping car tout-terrain rencontré à Boukhara, et plus surprenant encore Astrid (son très bon blog : Histoires de tongs) et José rencontrés dans la petite ville de Bago en Birmanie (!), avec qui nous avions partagés un repas à la sauvette. Même si tout le monde est un peu claqué, l’ambiance devient vite conviviale. C’est assez incroyable de retrouver tout ce beau monde concentré ici. La non délivrance de visa du Turkménistan et la gestion « originale » du transport maritime de passagers sur la Caspienne créaient comme un goulot d’étranglements des voyageurs allant vers l’ouest, ici, dans le port d’Aktau. Mais attention, les voyageurs que l’on croise ici sont des vrais de vrais, ceux qui ne quittent pas le plancher des vaches (ou l’eau des poissons 😉 ), qui ne prennent pas un petit vol pour gagner du temps et s’épargner l’administration maritime kazakho-azerie ^^. Nous sommes donc vite en adéquation avec tous ces gens qui prennent le temps. On rencontre aussi un cyclo français (médecin et très à gauche, incroyable !), Andy un américain bavard prof d’anglais en Turquie, un motard roumain. Bref, le temps passe plus vite que si nous étions seuls à attendre de pouvoir embarquer. Vers 11h, nous sommes enfin conviés à passer la douane et à embarquer. Heureusement, que nous sommes arrivés tôt ! (rire jaune) Nous embarquons juste avant les quelques camions et leurs chauffeurs qui nous accompagneront.

Ça y est ! Youhou !!!!!
Das Vidania Aktau !

Voila, donc la prochaine fois que vous pestez contre votre train qui a 10 minutes de retard, pensez au bateau de la mer Caspienne ! 😉

Nous voici donc en route pour l’Azerbaïdjan dans une ambiance très sympa où se mélangent voyageurs, chauffeurs de camions de tous bords et membres d’équipage. La partie habitable se situe sur les pont supérieurs et a toutes les caractéristiques d’un vieil immeuble soviétique. On nous attribue une cabine de 4 pour nous tous seuls, on se met à l’aise 🙂 ! Puis tout le monde se rassemble dans une grande pièce, avec des banquettes et… une télé et un magnétoscope (qui diffusera en boucle 2 film d’action avec plein de kalachnikov, doublés à la russe, c’est à dire avec le volume général baissé, y compris tout les bruits, et une homme qui parle par dessus la voix de tout les personnages masculins du film, et une femme qui fait pareil pour les personnages féminins).

Les chauffeurs sont très sympas et comme certains voyageurs parlent un peu turc, nous arrivons à échanger avec eux. L’ambiance est au beau fixe. En plus, contrairement à ce que l’on nous avait annoncé, les repas sont compris dans le prix du billet ! On a donc droit à trois repas par jours. On se croirait à la cantine, ou en colo :). On alterne lecture et balade sur le pont, même si il fait frais. C’est reposant et bienvenu après l’aventure pour embarquer sur ce sacré bateau. 24h après l’embarquement, nous arrivons en vue des côtes au sud de Baku.

Une petit balade sur le pont supérieur ? Histoire d’admirer les plateformes pétrolifères azeries ?
Teeerrrrrreee en vue !

Les formalités terminées, nous prenons la route avec Lorenzo et Brian, direction les volcans de boue. Mais je laisse Anabelle vous conter ceci, et nos coups de pédales en Azerbaïdjan, dans un prochain article.


*Pour rappel, le provodnik, c’est le monsieur (ou la dame) qui gère le wagon pendant le trajet (chauffage, vente de thé ou de nourriture, annonce des arrêts si besoin…)


4 réflexions sur “Les turkmènes nous promènent, qu’à cela ne tienne, va pour la Transcaspienne !

  1. Hourra! Vasieàvélo est de retour! Les hordes de folles au weure commençaient à désespérer (heureusement il y a avait le blog de Lulu pour patienter). A bientôt (?) pour la suite.

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