Pause bien méritée dans la région de Doushanbé

Du 16 août au 3 septembre 2017

Les retrouvailles avec les parents et l’excursion dans les magnifiques monts Fan

Vous a-t-on déjà dit que la moitié de la surface du Tadjikistan était située à plus de 3000 mètres d’altitude ? Les montagnes sont donc la caractéristique première de la géographie de ce pays, qui compte un certains nombre de hauts, très hauts sommets. Avec les parents d’Anabelle et Lucile, nous décidons de nous rendre vers les monts Fan, chaine de hautes montagnes très prisées des touristes en quête de randonnées au milieu des lacs aux eaux turquoises et des sommets enneigés.

Pour plus de facilité, nous passons par une agence et avons droit à une voiture avec chauffeur qui nous accompagne partout ainsi qu’un guide tadjike parlant un français impeccable : Bobo.  C’est le grand luxe, comparé à d’habitude, ça fait bizarre !

Le premier jour, nous partons en taxi avec Micha, un gars du village où nous nous rendons. La route est belle mais parfois assez folklo (comme de routine dans le coin :)). Nous passons notamment par le fameux tunnel d’Anzob, que le site du ministère de l’intérieur déconseille aux voyageurs tant il est dangereux (aucun éclairage, aucune aération sur 5 km, des nids de poules et des rochers parfois au milieu de la route…). Et puis, Micha est un sacré rigolo : il roule comme un pilote sur ces routes en virages pas toujours rassurantes, et interprète à l’opposé les gestes d’Anabelle qui lui fait signe d’y aller mollo !

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Entre Lulu et Lolo, Micha
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Entrée du fameux tunnel d’Anzob
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Comme en Chine dans le Yunnan, il y a pas mal d’apiculteurs itinérants. Ici, un judicieux système pour déplacer les ruches sans trop les manipuler.

Dans l’après-midi, nous retrouvons Monique et Pascal à Artoutch, petit village situé à environ 2500 m d’altitude, lieu de naissance de notre guide Bobo. Nous sommes accueillis à la tadjike, par une tasse de thé accompagnée de divers fruits secs (abricots, raisins, pistaches, amandes,…). Nous prenons ensuite la route pour le camp de base installé dans les années 80 par les soviétiques pour partir en expé, d’où nous partirons pour deux jours et demi de marche.

On dort en dur ce soir, dans un petit logement tout confort. Il y a en fait pas mal de construction de type chalets, autour du bâtiment principal qui sert de réfectoire. La plupart des touristes sont des tadjikes citadins, venus profiter de la fraicheur et de la beauté des montagnes, mais qui ne font pas de randonnée. A l’heure du souper, chaque groupe mange avec son guide un repas concocté par son cuisinier. Le nôtre, Donior, est un chef, et on se régale.

Le lendemain, c’est parti pour le premier jour de marche, après avoir déchargé nos sacs de la majorité de nos affaires, car ce sont les mules qui vont tout porter ! Le chemin monte en pente douce, puis un peu plus raide jusqu’au lac Koulikalon (ou « grand lac » en tadjik). On prend le pique-nique au bord du lac, on fait la sieste, on prend des photos.

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Chargement des bêtes

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Pente douce, pente douce… pas si douce que ça !
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On se demande comment les ânes arrivent à passer là.

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Et voici le 1er lac : Koulikalon
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…dominé par d’impressionnants sommets à plus de 5000 m.

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Puis on reprend la route pour quelques minutes, le campement est juste de l’autre côté du lac ! Et déjà dressé s’il vous plait : tentes pour dormir, pour manger, et même la tente toilettes, construites autour d’un trou creusé dans le sol. Repos, lecture, lutte pour certain·e·s, et petite balade jusqu’au col qui nous domine, car les mêmes certain·e·s n’ont pas assez forcé ;). Le soir, le repas préparé par Donior est bien apprécié, et accompagné de chants français et tadjiks : nos guides, cuisinier et un berger se faisant le plaisir de nous chanter quelques chansons traditionnelles. 🙂

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C’est reparti, le camp est en vue (de l’autre côté du lac).

 

On a connu pire, comme campement…

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Au coucher du soleil, on retourne profiter du spectacle sur le lac.
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Quelques cabanes de bergers sont présentes sur les rives du lac.
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Diner tout confort sous la grande tente cuisine, avant les chants 🙂

Le deuxième jour, ça monte plus dur : 1000 mètres de dénivelé positif pour passer le col Alauddin à 3600m. Tout le long de la montée, Anabelle est en extase devant le panorama et surtout la dizaine de petits lacs à l’eau d’un bleu turquoise transparent. Du col, on découvre le lac Alauddin, qui remporte la palme du plus beau lac de la rando !

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Au revoir, lac Koulilalon !
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Pause gouter avec vue sur les glaciers
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On est au sommet ! (enfin, au col)
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En bas, le lac Allaudin

La redescente est plus est rude : 1100 mètres bien raides, les articulations en prennent un coup, et la fatigue se fait sentir. Et puis, nous avons faim. On a hâte de s’arrêter prendre le pique-nique, mais Bobo n’a pas l’air de vouloir faire la pause de sitôt. On descend donc presque jusqu’en bas avant de s’arrêter enfin. Pascal et Monique sont épuisés. On reprend ensuite la route jusqu’au campement, au bord du lac Alauddin. C’est tout bonnement magnifique. Le lac est d’un bleu profond, intense. On a envie de s’y tremper, mais le temps s’est déjà rafraichi, et l’eau vraiment glacée. Seul Loris y plonge entièrement. Le diner est moins joyeux que la veille, car les parents ne sont décidément pas en forme. Est-ce la nourriture, l’altitude, la fatigue, qui les met dans cet état ? Probablement un mélange des trois. On se couche donc plus tôt ce soir-là.

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Ouh !

Le lendemain, on redescend jusqu’au camp de base situé de ce côté-ci, où une voiture viendra nous chercher. La descente est cette fois plus facile, même si nous devons enlever nos chaussures à plusieurs reprises pour traverser de petits torrents.

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Nous nous rendons ensuite en voiture au lac Iskander Kul, baptisé ainsi car Alexandre le Grand y serait passé (Iskander = Alexandre), et même que son cheval Bucéphale serait tombé malade après avoir bu de son eau… Loris est rassuré que Buscéph’ ne soit pas là. 😉

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Arrivée sur Iskander Kul

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On se promène aux alentours du lac, jusqu’à d’impressionnantes chutes d’eau. C’est toujours fascinant de contempler ces eaux qui arrivent en continu et se jettent dans le vide, cognant, fracassant, et faisant jaillir des gerbes blanches prenant chaque fois une forme différente. On reste un moment hypnotisés devant ce spectacle naturel, pas si exceptionnel mais toujours apprécié.

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Ce soir, nous dormons dans le petit village de Saritag, dans une datcha, comme on dit ici pour qualifier les maisons de campagne. On se promène dans les environs, on dine, puis c’est la dernière nuit dans les monts Fan.

Au programme du lendemain, retourner à Doushanbé par la même route qu’à l’aller, soit bien 4-5 heures de trajet, puis visiter les principales attractions touristiques de la capitale tadjike (ça fait partie du « tour ») : le bazar, le musée archéologique, le jardin des plantes, sans oublier la plus grande maison de thé du monde : la chaikhona Rokhat où l’on déjeunera le midi. De ces visites, on retiendra surtout le passage de Loris dans le bazar. En effet, affublé du chapeau tadjik qu’il vient de s’acheter, et portant une barbe de bien deux mois, il s’attire les félicitations de nombreux hommes qui veulent se prendre en photo avec lui et l’appelle « Hodji » (qui signifie « celui qui a fait le pélerinage à La Mecque ») ! A part ça, la balade en voiture dans la ville nous permet de constater à quel point le Président tadjik, Emomalii Rahmon (Président depuis 1992), est omniprésent. D’immenses portraits de lui s’étalent à tous les carrefours, dans différentes situations : avec des écoliers, devant une assemblée, à l’hôpital, en train de cueillir le raisin… A faire passer le défunt roi de Thaïlande pour un homme discret ! (Sauf qu’ici, les habitants n’ont pas de photos de lui à la maison ou dans leur voiture…)

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« Hodji, Hodji ! »
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la chaikhona Rokhat

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Avant que Lulu et les parents repartent, cette nuit, nous allons manger dans un endroit branché de Doushanbé, où des danseuses en tenue pas très musulmane dansent sur des musiques orientales. Un lieu fréquenté par la haute société tadjike, où, bien que le menu et l’ambiance soit plutôt traditionnels, les mœurs sont beaucoup plus libres.

Nous faisons les au revoirs à l’hôtel Sheraton, un endroit comme on n’en avait jamais vu en vrai (à part la façade). En effet, l’agence qui nous a loué le tour s’est trompée dans les réservations et l’hôtel où nous devions aller est complet. On nous a donc surclassés ici. Ça fait vraiment bizarre, d’autant que notre chauffeur et notre guide n’ont, eux, pas de chambre et vont passer la nuit dans la voiture… En tout cas, on profite de cette chambre de luxe, ça sera la dernière ! 🙂 Cette courte semaine en famille aura été fort agréable.

La longue pause dans la capitale tadjike

Les jours suivants, on loge au Yéti Hostel, une auberge de jeunesse pour cyclos et backpackers située à deux pas du Sheraton (bien pratique) et dans un quartier vraiment sympa. L’auberge est elle aussi super, avec son petit jardin ombragé où l’on peut planter la tente, sa grande cuisine super équipée, son ordinateur (!) et ses adorables « administrateurs », comme ils se surnomment eux-mêmes. Yashar, Ilhom, et Sober sont trois jeunes tadjikes qui font ce petit boulot en parallèle de leurs études (ou en complément de revenu). Ils se relaient tous les 3 jours pour 24h de présence à l’hostel. Comme on reste un bon moment, on se lie d’amitié avec eux et on est tout contents de retrouver chacun quand son tour de garde arrive.

Au Yéti, on fait également la connaissance de plein de voyageurs, soit venus pour les vacances randonner dans les montagnes, soit pour un voyage au long cours. Des français, bien sûr, comme partout, mais aussi des israéliens, des espagnols, des anglais, des allemands, une mexicaine, des russes, des américains. Parmi eux, on sympathise notamment avec Jill, une américaine qui travaille avec le Kirghizstan et essaie de développer son activité au Tadjikistan, et avec Lorenzo, un cycliste basque (espagnol) qui voyage à vélo depuis… 20 ans ! On est des petits joueurs, nous, en fait ! En tout cas, on remarque que comme à la Tes Guesthouse d’Och, les gens restent en moyenne un peu plus que les habituelles 2 nuits dans cette auberge. On y est bien, et il semble que passer par le Pamir, que ce soit à vélo ou en sac à dos, ça laisse des traces et demande de se reposer un moment après… 🙂

Pour notre part, on y passe 11 nuits ! Record de stabilité battu ! On se sent bien dans cette petite capitale, où on prend rapidement nos petites habitudes : le bazar d’à côté où l’on se fournit en légumes et fruits, la « boulangerie » où l’on trouve de délicieux « nons » (les pains plats d’Asie centrale), la cantine soviétique, le petit resto à grillades où l’on prend des brochettes de légumes avec des frites… Et puis, on fait pas mal d’allers-retours en centre-ville, qu’on commence à connaitre comme notre poche, pour aller aux différentes ambassades faire les demandes de VISAs. C’est toute une logistique, car il faut tenir compte des jours de fermeture, des délais, de l’ordre dans lesquels on demande (on ne peut pas demander le visa turkmène tant que l’on n’a pas l’iranien, car ils veulent la preuve que l’on pourra bien sortir de leur pays)… Au final, on ne pourra même pas demander le VISA turkmène : l’employé nous explique qu’ils n’en délivrent plus avant le mois prochain. Tant pis, on ne passera pas au Turkmenistan ! Pour rejoindre l’Iran, on devra donc traverser la mer Caspienne en bateau, ce qui est très excitant aussi. 🙂

On est à Doushanbé le jour de L’Aïd-el-kebir (la fête du sacrifice), et, bien que le gouvernement ait décidé pour la première fois que ce ne serait pas un jour férié (l’école reprend même ce jour-là !!!), la plupart des magasins sont fermés. Les gens tuent habituellement le mouton chez eux ou dans la rue, mais cette année, il faudra le faire dans 3 abattoirs spécialement dédiés à cela. Ceux avec qui l’on discute sont un peu déçus de ces mesures qui entravent un peu leur journée de fête. En se promenant dans un quartier un peu éloigné à la recherche du bazar à vélos qui sera en fait fermé, on se fait inviter par une jeune fille à manger un peu du repas familial. Il est midi, tout n’est donc pas prêt, elle s’en excuse ! Mais on a droit à la chorba (la soupe) et aux gâteaux et fruits secs. La famille n’est pas encore présente, à part la maman qui cuisine. Les autres arriveront plus tard, elle ne sait pas trop combien passeront, puis ils iront à leur tour visiter d’autres membres de la famille. Elle nous explique aussi qu’à cette occasion, on donne un peu de viande aux pauvres, et quelques étrennes aux enfants. C’est intéressant de discuter avec cette femme de sa vie. Elle a quitté son pays pour suivre son mari ingénieur au Qatar. Elle semble contente d’habiter là-bas, nous dit qu’elle y est super libre parce que c’est comme les Etats Unis (entendez « libre de consommer »), mais on comprend qu’elle s’y ennuie un peu car elle ne trouve pas de travail, les Philippines étant les premières embauchées car elles coutent moins cher…

[Pas de photos, malheureusement, nous n’avions pas pris l’appareil.]

Quelques jours plus tard, c’est la fin de notre longue pause. Elle nous aura fait beaucoup de bien, mais nous sommes, comme à chaque fois, heureux d’être « on the road again » !

On mettra 1 jour et demi depuis Douchanbé pour atteindre la frontière Ouzbèque. Deux journées plates et pas particulièrement marquantes, à part, si, l’hospitalité encore rencontrée au sortir de la capitale, chez un homme qui veut qu’on passe la nuit chez lui (mais il n’est que midi !) et nous servira alors un bon repas. Des champs de coton et des photos de Rakhmon, des moustiques au bivouac, et l’envie d’autre chose maintenant – ça tombe bien, on y arrive : l’Ouzbékistan !


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