En taxi partagé, de Khorog à Doushanbé

Petit article « interlude », qui peut éventuellement servir à des cyclos qui, comme nous, souhaiteraient sauter la dernière partie de la « route du Pamir », de Khorog à Doushanbé.

La veille, on s’est renseignés : pour aller à Doushanbé, il faut se rendre à la « Bus station » (d’où ne partent en réalité que des taxis) à 7h. La route est meilleure maintenant : il ne faut que (!) quatorze heures pour parcourir les 588 kilomètres qui séparent les deux villes… Notre mission : se trouver une voiture qui puisse nous prendre avec nos 3 vélos. Et rapidement, on s’aperçoit que ça ne va pas être si simple que ça. Déjà, parce qu’en arrivant à 7h, on se rend compte que beaucoup de gens sont déjà en train de partir (donc, qu’on aurait dû être là plus tôt). Ensuite, parce qu’il semble y avoir énormément de monde qui veut rallier Doushanbé aujourd’hui, et que les places sont chères : souvent, les gens ont des rabatteurs qui accostent les chauffeurs de taxi depuis la route, avant même qu’ils soient sur le parking, pour réserver des places. Enfin, parce que la plupart des véhicules ne semblent pas hyper adaptés pour embarquer 3 vélos sur leur toit. Résultat : bientôt, la majorité des taxis sont remplis et partis, et nous sommes toujours sur le parking, à nous demander si on va bien pouvoir partir aujourd’hui. Une ou deux personnes nous aident à aller trouver les chauffeurs pour essayer d’avoir des places, mais c’est l’échec. Elles nous apprennent qu’aujourd’hui, beaucoup d’étudiants retournent sur Doushanbé car la rentrée approche. Aha ! Et le gars de l’office du tourisme n’aurait pas pu nous prévenir ? On est un peu abattus, mais on ne faiblit pas dans nos recherches, accostant nous aussi des véhicules dans la rue et nous jetant sur la moindre voiture qui viendrait se garer sur le parking. Enfin, au bout de 2h de tentatives, on tombe sur un chauffeur qui veut bien nous emmener avec nos 3 vélos. Par contre, il n’a pas une très grosse voiture, et sur le toit, seulement 2 barres pour accrocher nos biclous. On hésite, pas très rassurés à l’idée de faire 14h de route pourrie avec nos fidèles destriers pas bien calés… On y va quand même, parce qu’on sent bien qu’on a guère le choix, si on veut être à la capitale ce soir.

On aide tant bien que mal notre chauffeur à entasser tout le barda sur le toit, en essayant de vérifier que rien ne s’abime, calant des bouts de tissu par endroit, déplaçant un peu ce qui nous semble mal mis…

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Au final, on sera 7 dans la voiture, 2 italiens nous ayant rejoints, ce qui nous permet de faire baisser le prix par personne. C’est ultra confort ! (ironie)

Dès le départ, on se rend compte qu’on va peut-être bien mettre un peu plus de temps que prévu, car notre chauffeur se fait arrêter deux fois par la police en une heure, et doit discuter un moment avant de finalement lâcher quelques billets pour pouvoir continuer. Le passager tadjike essaie de nous expliquer qu’ils lui demandent un papier qu’il n’a pas, et que du coup, il faut douiller à chaque fois… Parfois, aux contrôles de police, ils échangent simplement un hypocrite « Salam Aleikoum » joyeux et une poignée de main (au creux de laquelle s’est glissée un petit billet), et ça passe. On se demande comment il va arriver à gagner de l’argent sur ce trajet avec toute la thune qu’il lâche en route. Cette corruption organisée nous exaspère au plus haut point. C’est long, très long, et il fait chaud, mais on fait des pauses régulièrement. On s’arrête notamment pour manger dans des maisons de thé de routiers.

La route est par moment bien accidentée, mais on se dit qu’on a de la chance, quand on voit celle qui se construit côté afghan : elle tient parfois avec des rondins au dessus du vide, est souvent moins large encore que la nôtre, et on s’inquiète pour les ouvriers qui la construisent, creusant la falaise à pic au dessus de la rivière.

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Au moment où la route se sépare en deux (il y a 2 itinéraires possibles pour rallier Doushanbé), on a la surprise de le voir prendre la route de gauche, qu’on nous avait annoncé coupée. On s’inquiète un peu, mais le passager tadjike ne semble pas s’alarmer. Peut-être que ça passe. Espérons-le, du moins, car sinon on en a pour plusieurs heures d’aller-retour. On arrive justement à l’endroit où la rivière a débordé, ensevelissant la route et tout un village. Et donc, verdict… Effectivement, ça passe ! Les travaux ont bien avancé, mais on peut voir sur le côté de la route l’étendue des dégâts : des arbres et des maisons sont encore à moitié dans l’eau.

A un moment, on fait un détour par son village où notre chauffeur récupère le papier qui lui manquait. Ici, ce n’est plus aux flics qu’il distribue de la thune, mais aux enfants du bled ! On croise en fait une bonne partie de sa famille. Une autre scène assez folle, plus loin sur la route : notre généreux chauffeur de taxi dépasse un piéton, s’arrête, l’appelle, et lui file de l’argent !!! Décidément, pas sûr qu’il rentre dans ses frais avec ce trajet !

Finalement, on n’arrive pas avant 2h du mat’ à la capitale, après plus de 16h de trajet, les nombreuses pauses et le détour au village nous ayant mis dedans… On est contents d’arriver.

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Pour les infos pratiques :

– Le prix : 300 somonis par personne. Les vélos sont sensés être gratuits, mais on a payé 100 somonis de plus pour les 3 vélos (soit 1000 somonis au total).

– Le lieu de rendez-vous : gare routière de Khorog

– L’heure du départ : 7h, mais mieux vaut y être à 6h30 pour assurer le coup.

– Le temps de trajet : 14h si tout se passe bien. Ça peut être beaucoup (beaucoup) plus long !


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