La route du Pamir, des soupirs et des souvenirs

Août 2017 (sur la route du 2 au 16 août)

Comme l’ont écrit en introduction de leur article sur ladite route Lucie et Louis, sur leur blog Les bicyclettes Vagabondes,

Les musulmans ont La Mecque. Les bouddhistes Lhassa. Les catholiques le Vatican. Les cyclistes eux, ont la M41.

La M41, ou route du Pamir, traduite par « Pamir Highway » en anglais (plus glamour que M41, non?), permet de relier Och (au Kirghizistan) à Doushanbé, capitale du Tadjikistan, en passant par plusieurs cols à plus 4000 mètres d’altitude. « High way », donc, pourrait convenir. « Highway » beaucoup moins. En fait d’autoroute, on a droit au mieux, à de l’asphalte correct, au pire à de la piste caillou-hoteuse. Comme points de ravitaillement, quelques villages désolés. Qu’est-ce qui pousse donc ces centaines de cyclistes à s’évertuer à cabosser leur matériel, user leur vélo et leur corps dans cet environnement hostile ? Sans doute la promesse de camper dans des lieux grandioses, de toucher du doigt des immenses sommets et de voir le rêve d’approcher l’Himalaya se réaliser. Certainement aussi un certain goût du défi, de se dire « j’y étais ». En tout cas, comme disent encore nos amis anglophones, pour sûr une « highlight » du voyage.

En guise de préparation physique, on a traversé le Tibet, puis on est monté à plus de 3000m au Kirghizistan. On se dit donc que ça va le faire.

Pour la préparation psychologique, on passe quelques jours à l’auberge de jeunesse où s’arrêtent la plupart des cyclistes avant mais surtout après avoir parcouru la Route du Pamir : Tes Guesthouse. Un endroit fort sympathique, on y rencontre des cyclos avec qui on avait déjà échangé par Wathsapp grâce à notre groupe « Cycle the world » (c’est marrant de les voir en vrai), et surtout, où on peut glaner de précieux conseils et infos pour les jours à venir. La plupart des gens roulent plutôt de Doushanbé à Och, donc les cyclistes qu’on croise ont des infos et souvenirs très frais. Beaucoup plus frais que leurs visages, qui eux, sont marqués par le voyage. Et en effet, tous les jours, de nouveaux cyclos arrivent à l’auberge, et tous sont particulièrement éprouvés. Ça ne nous rassure pas tellement, au premier abord, mais après une bonne nuit de sommeil, ils sont en meilleure forme, et avides de partager ce qu’ils ont vécu là-bas. Même si une anglaise qui campe ici depuis plus d’une semaine a encore des vers dans les entrailles… Et que l’on reçoit un récit depuis un contact à Douchanbé, d’un cyclo qui aurait fini avec du sang dans les poumons, à cause de l’altitude, en faisant la route dans notre sens… Heureusement les cyclos fraichement arrivés nous rassurent sur la difficulté du parcours, nous disant que le route est mauvaise sur certaines portions, mais bien meilleure sur d’autres, nous donnent des conseils, qui sont parfois contradictoires suivant les personnes, pour éviter le vent (il sévit, parait-il, plus fort dans l’après-midi), et nous alertent sur les principaux maux qui peuvent embêter les cyclistes : le mal de l’altitude et les intoxications alimentaires. Pour les éviter, tous nous conseillent évidemment de filtrer notre eau, ce qu’on fait toujours, mais aussi d’éviter de manger des pastèques et concombres car les habitants les conservent dans de l’eau qui peut passer à travers leur peau et les contaminer. Zut, quand on pense qu’ils n’ont déjà presque pas de légumes, là-haut ! Mais on préférera tout de même s’en passer que de tomber malade, car on a pas mal d’échos de gens qui n’ont pas pu finir à cause de touristas aiguës… Quant au mal de l’altitude, le conseil général pour l’éviter est tout simplement d’y aller doucement, car on prend 3000 m d’altitude en 200 km environ ! Comme nous ne sommes pas des gros bourrins, ça devrait aller.

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Dans le jardin transformé en camping de TES guesthouse
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Un vrai repère de cyclos
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le chapeau kirghize, trop classe (malheureusement réservé aux hommes)

Nous profitons aussi de cette longue pause pour faire un check-up complet de nos vélos, et ainsi nous apercevoir que nous devons changer une roulette du dérailleur d’Eclair (amis cyclo au long court, un conseil, emportez cette pièce avec vous, ça ne pèse presque rien). Pas évident à trouver, même au grand bazar d’Och. Il finira avec une roulette sans roulements de taille différente, mais cela devrait faire l’affaire !

Forts de toutes les informations glanées et remontés à bloc, les sacoches remplies de victuailles, on se lance au départ d’Och mercredi 2 août. On a calculé que pour atteindre Khorog le 16 août, on doit parcourir 55 kilomètres par jour, en moyenne. On sait aussi que pour l’instant, la route est en parfait état, ce serait donc mieux d’en faire plus pour avoir un peu de marge quand elle sera défoncée, et nous fatigués. On pédale donc bon train, tout guillerets de se lancer dans cette route mythique. Le temps n’est pas fameux, mais les paysages sont malgré tout beaux et variés. En plus, nos informateurs d’Och nous ont assuré que la frontière passée, on n’aurait que du beau temps : le Tadjikistan est un endroit sec.

Nous voici donc partis pour le Pamir. Ou plutôt « la » route du Pamir. Cette dénomination est assez parlante. Cette région, à cheval sur le Kirghizstan, le Tadjikistan, la Chine et l’Afghanistan, n’est traversée que par une seule route principale ! Quelques autres routes secondaires, comme celle de la vallée du Wakhan que nous emprunterons sur la fin, ou celle de la vallée, plus sauvage et reculée, de Bartang (qui nous donne déjà envie de revenir dans le Pamir), sont accessibles aux plus aventureux. Le Pamir, ou plûtot le massif du Pamir, dénommé « toit du monde » dans certaines langues locales comme le wahki (pour sûr que les tibétains ne seraient pas d’accord avec cela 😉 ), est en fait extrapolé du terme « pamir » qui désigne une « vallée de montagne » en turki. Il est ainsi constitué de plusieurs grande vallées ou plateaux, plus fertiles que les montages très arides, qui ont été sculptées par des glaciers (elles sont donc larges et très plates). Les glaciers sont encore très présents dans la région : c’est un des endroits où l’on en trouve le plus après les pôles (cependant ils fondent comme partout sur la planète, à cause de la folie des hommes, et cela pose certains problèmes). Bref, la région nous fait rêver comme on vous l’annonçait en introduction et elle nous promet de beaux moments. Nous avons donc hâte de la parcourir.

On roule en montée légère pour commencer. En effet, la route débute par 80 km de montée. A la pause pique-nique de midi, des gens s’arrêtent pour nous offrir du pain, des tomates, et des concombres. Cool, on nous offre enfin de la bouffe sur la route. 😛 C’est la première fois au Kirghizstan ! On repart pour l’ascension de notre premier col de la route, le col de « Chiyirchik » à 2400 mètres d’altitude. Pas si haut que ça, mais quand on part de 840 mètres, c’est quand même pas mal. Le temps ne s’arrange pas et il se met même à pleuvoir. A la pause gouter, on a tellement froid que Lulu fait des pompes pour se réchauffer ! On remplit notre poche à eau dans une rivière qu’Ana traverse à califourchon sur un tronc d’arbre pour atteindre l’endroit où elle est plus claire. On rigole bien.

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Sieste à la pause pique-nique
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Oh hisse ! Allez, on y est presque !

A 2 km du col, on entre dans un grand village de yourtes disséminées dans les prairies alentour, accompagnées de leurs troupeaux de vaches, chèvres, chevaux et ânes (on voit même un chameau). Les gamins nous hèlent et nous tapent dans la main. Malgré tout – est-ce à cause de la grisaille du ciel ? – l’endroit nous parait un peu glauque. Il est déjà tard et on se hâte de descendre un peu pour trouver un coin plus calme pour poser les tentes, mais on sera finalement assez proches de deux autres yourtes. Une journée de reprise bien fatigante.

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« Magasin » de kurut (fromage sec) et à gauche, vous avez bien vu : un chameau !

Jeudi 3 août, on est déjà éreintés au matin ! Heureusement, ça va descendre sur 18 kilomètres. A la ville, en bas, on fait des emplettes au bazar, et on boit un café (lyophilisé, au lait, dégueulasse) pour reprendre de l’énergie, sans trop de succès… Dommage, car le col suivant, le col de Taldok, est à 3600 mètres de haut, et on espère l’atteindre demain. Il vaudrait mieux retrouver la forme. On fait donc une sieste après le pique-nique, profitant d’un coin ombragé en bord de rivière. Sur la route, on croise quelques cyclistes. Ils paraissent épuisés et sont contents d’avoir bientôt fini. Nous, on n’est qu’au début… On continue à avancer, encouragés de temps en temps par des enfants qui veulent nous taper dans la main et des petites filles qui nous courent après pour nous donner des abricots. Hélas, le beau temps ne dure pas, et le ciel se couvre à nouveau à vitesse grand V. Quand la pluie se fait insistante, bien qu’ayant prévu de faire quelques kilomètres de plus, on cède aux propositions d’un monsieur qui nous fait signe de venir nous abriter chez lui. On n’est quand même pas très à l’aise, car on ne comprend pas bien s’il va nous inviter à l’intérieur, et on ne sait pas trop quoi faire. On décide alors de lui montrer les tentes, et il nous montre où les planter pour ne pas être trop mouillés (entre deux arbres). Bon, pour l’intimité, c’est encore loupé pour ce soir… On prendra la douche demain ! On est un peu frigorifié, alors on se décide à demander du thé, qu’ils s’empressent de nous verser dans le thermos. Ensuite, un visiteur arrive et on discute un peu par gestes, avec le couple qui habite ici. Ils nous offrent maintenant un plein bocal de kummis à se partager. Oh oh ! Comment faire pour ne pas les vexer ? On goute un peu, puis on fait signe qu’on en veut pas plus, et devinez ce qui se passe : ni une ni deux, le visiteur s’enfile le litron cul-sec ! Alors là, respect ! On cuisine ensuite au biolite sous l’œil amusé de nos hôtes qui nous donnent des œufs pour accompagner notre repas. Alors qu’on est prêt à se coucher, on entend de la musique venant du village. Loris se couche, trop fatigué pour s’y intéresser, mais la curiosité l’emporte pour Lulu et Anab, qui décident d’aller voir ce qui se passe. Et justement, nos hôtes, sur leur 31 (chapeau Kirghiz  visé sur la tête obligatoire pour monsieur), se rendent aussi à l’événement et  nous proposent de les y accompagner. On passe à travers les jardins de plusieurs maisons et on arrive devant celle où se déroule la fête. Dans sa cour trône une belle yourte kirghize, dressée pour l’événement. Au début, on ne sait pas trop où se mettre. Les gens viennent nous voir, intrigués, mais on n’arrive pas bien à communiquer. Puis la musique reprend, et on nous invite à danser avec tout le monde. Tout le village est là, et aux tenues des gens, on comprend qu’il doit s’agir d’un mariage. On dénote un peu, avec nos vêtements de vélo, pas changées, pas lavées… Bientôt, une voiture arrive, et les mariés en sortent. La mariée est invitée à entrer dans la maison de ses beaux-parents (qui deviendra la sienne ?), et il y a une sorte de cérémonial autour de cette entrée. On pense se retirer car les hôtes vont maintenant manger, et nous sommes toujours aussi fatiguées. Et puis, notre route est encore longue pour les jours à venir. Mais on ne s’échappe pas d’un mariage kirghize (où l’on s’est invité) comme ça ! La sœur du marié tient absolument à ce qu’on reste manger, et nous dresse une table (c’est-à-dire, un plateau sur un tapis) dans un kiosque décoré. On a beau lui expliquer qu’on a déjà mangé, qu’on n’a plus faim et qu’on veut rentrer, pas moyen de négocier, on doit au moins boire le kummis, la boisson nationale ! Oh la la ! Cette fois-ci, pas moyen d’y couper, ça porterait malheur aux jeunes mariés. Heureusement, il y des petits gâteaux pour faire passer. Malgré tout, on ne finit pas tout à fait, on espère que ça ne les a pas trop vexés… On rentre aux tentes à la fois contentes d’avoir eu la chance d’assister à un tel moment, et un peu déçues de ne pas avoir pu plus en profiter. La musique qui continue à retentir une partie de la nuit nous empêche guère de sombrer. [Pas de photos, hélas, nous avions laissé les appareils photo à la tente.]

Vendredi 4 août : Village de Kanal – Col de Taldok

C’est aujourd’hui qu’on monte à 3600 ! Comme pour la plupart des cols sur notre route, la pente est d’abord « légère » sur la plus grosse partie du chemin. C’est vraiment les dix-quinze derniers kilomètres qui grimpent sec. Malgré les nuages (encore… Vivement le Tadjikistan !), le paysage est magnifique. Des canyons aux roches orangées sont surplombés par des plateaux à l’herbe jaunie par le soleil (quel soleil ?!? ><), plateaux d’où s’élèvent des montagnes de pierres rouges. Parfois, au dessus encore, une autre couche de cailloux, gris cette fois, coiffe le tout. A midi, nous nous arrêtons dans une gargote où l’on nous sert un plat typique, qui a même un nom en Kirghiz (mais qu’on a oublié), constitué de riz, de pâtes, de sarrasin et de purée… Super équilibré ! Mais bon pour des cyclos ça donne de l’énergie ;). L’après-midi, on attaque la partie raide. Pffffiou, ça ne rigole pas : pas mal de passages sont à plus de 8%.

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On avance comme des escargots en plein désert (quoi ? on vous l’a déjà faite, celle-là ?). Lulu, bien qu’en tête, en bave vraiment (comme un escargot quoi 😉 ), et se rend soudain compte, à quelques lacets du col, qu’elle est toujours sur le moyen plateau… On ne sait toujours pas comment elle a pu monter une telle pente dans ces conditions (cette bourrine !) – vous pourrez noter un petit « anachronisme » avec l’article précédent 😉 . L’arrivée au sommet se fait sous la pluie et dans le vent. Dantesque, comme dirait Lolo. Mais bon, il y a du public pour nous encourager : une voiture de touristes nous applaudit alors que nous franchissons les derniers mètres. On se hâte de descendre pour ne pas prendre froid. Bon, c’était une fausse arrivée. Vlà que ça remonte sur 2 kilomètres environ, mais on est crevés alors on les remet à demain. Brrrr, ça caille ici, alors on met l’extension pour se protéger du vent.

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Un troupeau de vaches et chevaux nous rend visite au bivouac
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On s’attend à voir surgir les cavaliers du Rohan à n’importe quel instant. Ils ne viendront  finalement pas, mais on on croit bien avoir aperçu des loups !

Samedi 5 août : Col de Taldok – no man’s land entre Kirghizstan et Tadjikistan !

Ce matin, il fait grand beau : le vent a chassé les nuages. On essaie de décoller tôt, mais on n’est pas les premiers : on voit passer des cyclistes en sens inverse alors qu’on s’apprête à partir : toute une équipée de basques espagnols (Quand on leur demande d’où ils viennent ils nous répond « Basque country » et non « Spain » :), et on verra dans une guesthouse quelques jours plus tard que c’est même cette nationalité là qu’ils ont inscrit sur le registre ^^). On en recroise ensuite un paquet dans le col et dans la descente, notamment un trio de français avec qui on discute un long moment. Encore une fois, ils ont l’air bien fatigués après leur traversée du Pamir. On en profite pour échanger nos cartes SIMs kirghizes contre des tadjikes puis c’est parti pour la descente en direction de Sary-Tash, dernière « ville » kirghize avant la frontière, située à 3150 mètres d’altitude. Ville est un bien grand mot, car l’endroit compte environ 1500 habitants… C’est surtout un point stratégique pour nous, car c’est le dernier endroit où l’on pourra s’approvisionner avant Murghab, où l’on ne passera pas avant plusieurs jours.

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Yacks, chevaux, vaches, et même quelques moutons : toute la ménagerie kirghize réunie dans un même troupeau
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Sans oublier les ânes trop choux ! 😉

Notre impression sur la ville : c’est plutôt moche et ça ne fait pas envie d’y passer beaucoup de temps. Malgré tout, on s’arrête y faire quelques courses mais il n’y a vraiment pas grand chose : très peu de légumes et en piteux état, et pas de pain !!! On mange un bout dans un petit café en se disant qu’ainsi, on économise des provisions !

L’anecdote marrante (après-coup) : Anabelle et Lucile se font arrêter par une fliquette en talons hauts alors qu’elles revenaient des courses (on vous laisse deviner où attendait Loris…). Celle-ci leur demande leur permis de vélo ! Non mais, c’est quoi cette blague ? Les filles comprennent tout de suite que c’est une tentative d’extorsion de fonds en bonne et due forme, et ne se laissent pas embobiner. Malgré tout, la flic ne lâche pas l’affaire pendant 10 bonnes minutes. Il faudra lui montrer le permis de conduire international de Lulu, qui indique quels véhicules ont besoin de permis (et donc, pas les vélos), pour qu’enfin elle accepte de les laisser partir ! Ce sera la seule fois où l’on se fait embêter par des flics au Kirghizstan.

Après cette halte forcée mais pas des plus agréables, nous reprenons notre route en direction de la frontière. Nous fonçons en ligne droite vers une barrière de montagnes aux sommets enneigés (le chainon Tran-Alaï), la plupart atteignant plus de 6000m. On quitte d’ailleurs la route menant au camp de base du Pic Lénine qui culmine à 7134m et domine les autres sommets à notre droite. C’est wahou ! On s’extasie en continu et on n’avance pas, tant les pauses photos sont nombreuses. Or, on aimerait bien passer le poste frontière kirghize avant sa fermeture, qu’on suppose à 16h, pour pouvoir attaquer le dur de la montée avant demain. C’est finalement gagné. Une des frontières passées les plus rapidement depuis le début du voyage ! Assalam Aleykoum, un coup de tampon, et bye bye Kirghiztan !

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Une barrière montagneuse, véritable frontière naturelle
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Éclair contemple fièrement le Pic Lénine, alors que Loris regrette un peu de ne pas avoir pu tenter l’ascension…
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Sur la route pour accéder aux plus hautes montagnes du Pamir. Tout simplement époustouflant !
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Bien que grisés par ce spectacle prodigieux, nous savons que nous allons attaquer cet obstacle, qui parait infranchissable et que nous rentrons dans la partie la plus exigeante de cette route, et avons donc un peu d’appréhension quand même.
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Jaunes, vert, rouge, blanc, des montagnes aux teintes multiples
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Les derniers habitants avant quelques jours
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Les montagnes sont rejointes par les rivières pour peindre le paysage

Nous voici donc dans le No man’s Land entre Kirghizstan et Tadjikistan. Sa particularité : il fait 20 km de long, la frontière réelle étant le col de Kyzylart, à 4282 m. On souhaite avancer le plus possible car on sait que dans le Pamir, les 10-15 derniers kilomètres sont en général les plus costauds, à tous les points de vue : état de la piste, pente, conditions météo… Mais une chose nous freine : nous voyons des coins de bivouacs paradisiaques au bord de petites rivières à l’eau claire… Nous devons d’ailleurs en traverser une ou deux. Malgré tout, nous avançons. On en retrouvera bien plus tard. Hélas, quand il est l’heure de s’arrêter, plus moyen de trouver des rivières attrayantes. On s’arrête quand même le long d’une d’entre elles, mais son eau trouble nous fait guère envie pour la douche, et moins encore pour boire. Heureusement, le filtre est là pour ça. Et puis, vu le décor dans lequel on dort ce soir, se plaindre serait malvenu. 🙂

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Demi tour, pour la photo ! 😉

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Biolite et teresken**, un classique du Pamir pour nous

Dimanche 6 août : arrivée au Tadjikistan ! No man’s land – bord du lac de Karakul

Ça caille sévère au réveil, et comme le soleil est caché derrière une montagne, on ne se réchauffe pas. Nos gestes sont lents et l’on met 3h à décoller. Heureusement, les premiers coups de pédales nous amènent dans une zone ensoleillée et les rayons de l’astre flamboyant nous réchauffent. Peut-être pas autant que l’effort, car nous attaquons par le col. Petite pause à la première rivière claire que l’on trouve afin de remplir quelques gourdes avec le filtre de Lulu, puis on monte on monte on monte. Sur de la piste pas toujours des plus carrossables… Nous sommes maintenant au cœur des décors que nous voyions hier. Des montagnes très minérales, des roches parfois vertes, parfois tirant sur un bleu gris, mais le plus souvent rouges, colorent le paysage, accentuées d’une manière presque surréaliste par le bleu pur et profond du ciel aujourd’hui vierge de tout nuages. Derrière ces monts, d’immenses sommets, encore plus hauts, abritent des glaciers impressionnants et des neiges éternelles d’un blanc pur, parfois tâché de trainées grises ou noires. Plus on s’élève et plus la végétation, pourtant très présente au Kirghizstan, se raréfie, jusqu’à quasiment disparaitre à l’approche du col frontière avec le Tadjikistan. Quelques rares herbes valeureuses ou d’éparses buissons fleuris vaillants font de la résistance, ainsi que de nombreuses marmottes rousses ou jaune orangé. Nous passons des rivières où il est impossible de prendre de l’eau, tant elle est chargée en particules grises ou rouges, arrachées à la montagne. Puis, après les derniers lacets carrément déments sur une piste maintenant totalement défoncée, nous arrivons à la frontière officielle matérialisée par le col. C’est splendide, merveilleux. Un décor inoubliable, que l’on se charge de graver dans la mémoire numérique de nos appareils photos. On reste un moment à contempler ce spectacle naturel, malgré le vent un peu froid qui balaie l’endroit.

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Des couleurs vraiment incroyables et variées composent cette fresque montagneuse naturelle

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Nous quittons donc officiellement le Kirghizstan, que nous avons vraiment adoré de par ses paysages époustouflants et très variés, pas trop désertiques et montagneux, mais aussi grâce à l’incroyable gentillesse et hospitalité de ses habitants. Paradoxalement, c’est aussi un des premier endroits ou l’on ne s’est pas senti les bienvenus partout. Quelques gestes obscènes au bord des routes, quelques relous au bivouacs, une flic malhonnête ont apporté une petite ombre au tableau sans que cela nous ait pour autant coupé l’envie de revenir.

Puis on descend jusqu’au poste tadjk, quelques kilomètres plus bas, où le passage de frontière n’est encore qu’une formalité. Le garde qui tamponne nos passeports montre la barbe de Loris et demande « Musulman ? ». Euh… non non, juste cyclo-voyageur ! On croise à ce check-point des cyclos en voyage organisé (comme ceux croisés en Chine, ils se font suivre par un minibus qui transporte leurs affaires !), mais aussi des autrichiens en van soviétique 🙂 et des motards tchèques. Le Pamir est aussi très prisé par les voyageurs motorisés, souvent partis d’Europe. Ils sont d’ailleurs toujours impressionnés par les cyclos et nous envoient plein de pouces en l’air. On croise parfois des camions tout terrain énormes, ou bien des trucs plus folklos comme des Deux Chevaux parties de France ou une Fiat Panda venant d’Estonie (sûrement sans aucun doute le plus vaillant !). La piste qui descend du col est en tôle ondulée tout du long, ce qui nous oblige à rester très vigilants. On fait aussi pas mal de pauses pour admirer le paysage, qui a un peu changé depuis la frontière. En effet, ici, tout est très sec, voire carrément désertique. Les kirghizes chauvins qui nous disaient qu’il n’y avait que des cailloux de l’autre coté de la frontière n’avaient pas tord en ce qui concerne ce début de la route du Pamir tadjike.

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Tiens, Une ligne téléphonique sur la Lune !
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Quelques brins d’herbes rachitiques et de lointain nuages nous rappellent que nous ne sommes finalement pas sur la lune
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Ou quelques ruisseaux à franchir
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Bucéph se repose entre les deux bras de la rivière à traverser 🙂
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De vaillantes fleurs jaunes dans cet endroit désertique

On s’arrête pour pique niquer en bord de route, où le vent souffle fort. Il nous est d’ailleurs favorable et nous aide ensuite bien pour monter le second col de la journée. Avec la route maintenant asphaltée, on le grimpe en un temps record. Ça fait plaisir ! Arrivés sur le plateau, on découvre une fois encore une merveille de la nature : le lac Kara-Kul, ou lac noir en kirghize (tout la partie du Pamir jusqu’à Murgrab est peuplée de Kirghizes). Il est immense, très découpé et héberge des iles, dont une, plus grande, est entourée de pics enneigés et de dômes glacés. L’eau, turquoise dès que le soleil tape dessus, brille. Inutile de dire que l’on fait encore une bonne pause photos.

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Arrivée au col ea-sy !
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le lac Karakul

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La descente qui mène à son bord est grisante, dans un tel décor. Arrivés dans la « plaine », on cherche le coin pour le bivouac, que l’on trouve près d’un petit ruisseau à l’eau limpide. Dans ce cadre somptueux, la soirée s’annonce idyllique. Mais… Des nuées de moustiques arrivent dès qu’on fait mine de planter les tentes. On hésite à aller ailleurs, mais on se dit que ce sera pareil partout (on nous avait vaguement prévenus que l’endroit en était infesté). On en a rarement vu autant, et d’une agressivité à faire passer ceux d’Asie du Sud-Est pour des enfants de cœur ! Loris est obligé de cuisiner au gaz dans la tente (ayaaaaaa ! pas bien !) pendant que Lulu et Ana se chargent du reste à l’extérieur, couvertes des pieds à la tête pour offrir la moins de chair possible à ces suceurs de sang. La difficulté, c’est de rentrer dans les tentes sans que des dizaines d’entre eux s’invitent en même temps… ! Ce qu’on remarque cependant, c’est qu’ils ne sont là que lorsque le soleil brille. Dès qu’un nuage apparait, ils se cachent ! Vivement la nuit !

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Youhouuuuu ! (Attention, malgré l’asphalte, c’est bien caillouteux)
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Encore un coin de bivouac idyllique ?
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Qu’en penses-tu, Loris ?
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Camouflage anti-moustiques optimal !

Lundi 7 août : lac de Karakul – environ 10 km du col Ak Baital

Le matin, nous déjeunons encore une fois dans la tente, puis nous hâtons de plier pour éviter les moustiques. Quand on roule, ça va mieux. On arrive rapidement au village de Karakul, constitué d’une cinquantaine de maisons en béton et de quelques yourtes. On se demande encore une fois de quoi vivent les gens ici. Rien ne pousse alentour, et bien que le décor soit particulièrement beau, le manque de végétal commence déjà à nous peser. On espère pour eux que les eaux du lac fournissent du poisson. En tout cas, en traversant le village, on s’aperçoit que le tourisme est un complément de revenu non négligeable pour de nombreuses familles, comme en témoignent les pancartes de maisons d’hôtes, et surtout les enfants qui nous courent après en criant « homestay, homestay ». Malheureusement, à 10h du matin, on commence tout juste la journée et on ne risque pas de s’arrêter de sitôt. De toute façon, on est un peu ric-rac niveau budget, car on n’a presque pas de somonis (la monnaie tadjike) et plus beaucoup de soms (et on en trouvera pas de distributeur avant Khorog, à la fin de la route du Pamir). On compte donc s’arrêter une seule fois à l’hôtel avant l’arrivée. On fait quand même quelques emplettes dans une yourte-boutique, mais on n’arrive pas à acheter autre chose que du thé et du riz. On y trouve pas un légume, pas de fruit, mais du PQ et des bonbons au chocolat (probablement périmés)…

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On continue notre route le long du lac, puis on le quitte bientôt pour nous lancer dans la direction du plus haut col de notre parcours : le col Ak Baital, qui s’élève à 4655 mètres. La route, tout d’abord asphaltée, se change vite en piste en tôle ondulée. Le vent qui souffle de tous côtés, parfois dans le dos, certes, mais pas aussi souvent qu’on le souhaiterait, ne facilite pas notre progression. Un groupe de cyclistes russes, que l’on croise à mi-chemin, nous souhaite la bienvenue en enfer… Ça promet ! Finalement, on s’arrête juste avant la partie raide du col (les dernières quinze bornes), après avoir fait la plein d’eau à une rivière à l’eau claire – que LoLo a transporté vaillamment sur 2km dans la poche à eau accrochée à son guidon (petite digression de LoLo à la relecture) -, et dans un cadre par-fait. Ce soir, on va dormir à 4200 m d’altitude…

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… là !!!
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Les rivières du coin charrient souvent des particules soit marrons, soit grises. Si l’on n’a pas pu prendre l’eau dans cette rivière à cause de cela, ou vous laisse deviner quel coté à choisi LoLo pour sa douche… 😉

La nuit, un orage gronde et la pluie tambourine les toiles de tentes. Pour ajouter à l’ambiance (ou peut-être à cause d’elle), Anabelle fait une crise d’angoisse avant de s’endormir : elle a l’impression d’avoir la poitrine serrée, de ne pas arriver à inspirer assez d’air…. Heureusement, Lulu-secouriste la prend en charge, la réconforte et on peut enfin dormir. 🙂

Mardi 8 août : Avant le col Ak Baital – Murghab

Au petit matin, quand on pointe le nez à l’extérieur de la tente, tout emmitouflés dans nos doudounes et pantalons de pluie, on est épatés par le spectacle qui s’offre à nous : la pluie de cette nuit était neige sur les sommets alentours, et les a saupoudrés d’une jolie teinte blanche. On se gèle un peu les doigts à prendre des photos, soufflant sur la batterie de l’appareil toutes les 2 prises pour qu’elle tienne le coup.

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Wahouuu ! (cette photo nous à d’ailleurs permis de remporter un magnifique couteau de rando en titane de 27g 😉 – merci à vous)

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On décide de prendre notre temps pour gravir les derniers kilomètres, car on sait qu’on est très haut et qu’on sera probablement vite essoufflés. Après la petite frayeur d’hier soir, pas question de se précipiter. Du coup, ça se passe très bien ! Bien raide, mais en état correct pour de la piste de fin de col. On voit encore des marmottes rousses grassouillettes ici et là, et on se demande où elles peuvent bien trouver à manger. Le coin est toujours désertique et la fin du col un peu austère, la roche rouge-ocre devenant gris foncé. Les nuages qui envahissent petit à petit le ciel  et le vent qui souffle en rafales se chargent d’ajouter un ton morne à notre arrivée au col. On ne s’y attarde pas, car on se caille ! On aura malgré tout été un peu essoufflés sur les derniers mètres : c’est qu’on a gravi pas loin de 4000 mètres en une semaine !

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On y est !
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Ak Baital, le plus haut col de la route, pas le plus beau…
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Voire franchement austère !

Dans la descente, on croise plusieurs cyclos et … la neige ! On ne traine pas, plus bas ce sera seulement de la pluie. On a pour objectif d’atteindre Murghab ce soir, et on se demande si on va y parvenir. Certains cyclos croisés sont optimistes et nous affirment que ça devrait le faire, d’autres sont plus réservés. On y croit, c’est notre nuit en guest house qui s’approche, douche chaude à la clé !

Toute la journée, on lutte, aidés de temps en temps par le vent qui nous pousse gentiment.

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A midi, il faut s’abriter pour faire le feu !
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Les anciens caravansérails de la route de la soie ne sont plus en service depuis longtemps…
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On a bien fait de récolter les rares buissons secs aperçus en chemin !

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Vers 16h, on n’est plus qu’à 10 km de Murghab, on sait qu’on va y arriver. Malgré la pluie qui nous titille de temps en temps assez souvent, on est trop contents. Nous n’en voulons même pas à tous ces gens qui nous ont dit que le Tadjikistan était beaucoup plus sec, alors que depuis que nous y sommes il y a plu tous les jours >< !  C’est le moment que choisit Eclair pour se faire une double crevaison suite à un saut dans un nid de poule, dont la profondeur était caché sous l’eau de pluie, telle qu’on en connaitra des dizaines par la suite sur cette route. Qu’importe, rien ne vient entamer notre optimisme : après 83 kilomètres, on sera à la ville ce soir !

Murghab… A l’instar de Karakul, on a du mal à imaginer ce qui a poussé des êtres humains à s’installer dans un lieu si hostile.* Point encore de vert, mais du gris, beaucoup de gris : le ciel d’abord (le temps joue forcément beaucoup dans nos impressions), mais aussi la roche ou les graviers, les maisons en béton, le sol et les montagnes environnantes. Et comme pour souligner cette impression, on est accueilli par quelques jets de pierre d’enfants qui trainent sur le bas côté de la route. C’est la première fois que ça nous arrive, en près d’un an de voyage, et on ne sait pas comment réagir – si l’on doit réagir, d’ailleurs. On continue notre route un peu plus mal à l’aise, se demandant ce qui est visé ici : l’étranger ? le touriste ? le voyageur à vélo ? la personne, en tout cas, qui a les moyens de faire le voyage jusqu’ici, quand eux n’ont probablement pas grand espoir en l’avenir…

Le point incontournable pour nous cyclos sur la route du Pamir, c’est évidemment le bazar. Il est installé dans des containers, et on y trouve pas mal de provisions, à un prix assez exorbitant, mais bon, on comprend que ce soit pas de la tarte d’acheminer toutes ces denrées jusqu’ici. On se remplit donc les sacoches de tout ce qu’on peut ! On retourne ensuite à la guesthouse chez Mansur, (un des rare Tadjiks de la ville qui,  bien que rangée officiellement sur le territoire tadjike, est principalement Kirghize). On y prend une bonne douche puis on mange en compagnie des autres clients (des israéliens, des pamiris et un couple de français) dans la pièce qui sera ensuite notre chambre, sur des coussins qui, dépliés, deviendront nos matelas. A 19h30, on est au lit !

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Murghab et son fameux marché en containers en contrebas (bon, ok, il y a un peu de vert – plus que dans nos souvenirs en tout cas !)

Mercredi 9 août : Murghab – quelque part que la M41

La journée nous parait plus facile que d’habitude : pas de gros col aujourd’hui, mais de petites bosses et un col en pente douce qui nous permet d’avancer à un bon rythme. Les montagnes sont un peu moins monotones et ont retrouvé une jolie couleur ocre. On loge même un charmant canyon.

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A la fin de la journée, Lolo casse un rayon, ce qui nous pousse à nous arrêter pas trop tard pour faire le changement. On se dégote donc un coin de bivouac dans un endroit agréable mais en bord de route. On voit passer  quelques convois de camions chinois qui viennent de la frontière non loin de là.

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Pas mal, ce petit bivouac !

Grâce aux petits buissons secs, le teresken** comme il est appelé ici (cf la photo plus haut de Cisco et Éclair qui sont déguisés en paon 😉 ), que l’on trouve dans le Pamir, on peut même cuisiner au biolite (notre réchaud à bois pour ceux qui sont vraiment, mais alors vraiment, largués). C’était l’un des endroits ou l’on pensait avoir le plus de mal à l’utiliser, mais en fait on a réussi à cuisiner au bois presque à tous les repas, grâce aux petites brindille et buissons que nous trouvions. Heureusement que notre réchaud en consomme très peu cependant ! C’est quand même une ressource rare.

Jeudi 10 août : M41 : la fin

Aujourd’hui, on doit passer au village d’Alitchour. La route qui y mène longe une vallée parfois verte, parfois jaune, beaucoup moins aride que ces derniers temps, et parsemée de temps à autres de yourtes et de petits troupeaux. Le vent, déjà levé, nous rend la tâche un peu ardue, mais on arrive quand même vers 11h. On passe au « Magazine » faire quelques emplettes puis on va manger au « Kafé » une bonne soupe de lagmans (les nouilles d’Asie centrale). On passe ensuite au puits du village faire le plein d’eau, car on nous a dit qu’il n’y en aurait plus sur 55 kilomètres. Il y a en effet plusieurs lacs, mais ils sont tous salés. Il nous faut donc le stock pour ce soir. Sur la route, ça sent d’ailleurs un peu la mer !

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On fait avec les ressource que l’on a. La terre reste une des matériaux les plus faciles à mettre en œuvre pour construire une maison. Efficace et écologique même !
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Le sel se dépose même sur les bords de route

Bientôt, on arrive au fameux croisement : à droite, la « Pamir Highway » continue sur de l’asphalte plus ou moins régulier jusqu’à Khorog, à gauche, la route que nous avons choisie de suivre : celle du corridor du Wakhan.

Il nous reste encore 400 km environ pour atteindre Khorog, la moitié, quoi… Nous ne sommes pas au bout de nos peines. 😉 La suite, au prochain épisode !

 


Si vous voulez encore plus de photos de cet endroit de la terre phénoménal c’est ICI.

* Depuis que nous sommes rentré, on s’est un peu documenté sur le schmilblick et on comprend un peu mieux pourquoi il y a du monde ici. En fait, en toute logique, il y avait d’abord uniquement des nomades, car ces terres ne permettaient pas de fournir assez de ressources pour une installation sédentaire. Même pendant la période du « grand jeu » qui a vue « s’affronter » dans la région les empires Russe et Britannique, s’il y a eu des troupes par moments, ils ne se sont pas installés de manière pérenne. Il a fallut attendre l’URSS pour que la route sur laquelle nous avons roulé, la M41, soit créée, et que des villages apparaissent et se peuplent, alors ravitaillés par l’armée russe et toute la logistique qui va avec.  Après la chute de l’URSS, personne pour combler les manques, comme cela a pu se faire en Europe. Ce changement radical a été, pour l’Asie centrale, économiquement, plus violent encore que la crise des années 30 aux États-Unis… La guerre civile qui a suivi au Tadjikistan a encore accentué les mouvements de population vers cette région. Voilà donc pourquoi il y a des gens ici.

Ce petit documentaire de l’ONU (qui date un peu) nous montre bien les problématiques qui ont suivi la chute de l’URSS qui ne semblent pas encore vraiment résolues (même si l’arrivée récente des chinois devrait changer la donne) et aussi la rude vie des pamiris.

Avec la description et un article : https://ourworld.unu.edu/en/highland-people-struggle-to-fuel-their-lives

**Vous pouvez remarquer, dans le doc,  le camion bleu qui transporte les petits buissons de tersken, et qui en laisse souvent tomber aux bords des routes. On pouvait donc s’empresser de les récupérer. On comprend aussi toute la problématique de surconsommation de cette mince ressource qui augmente la désertification de la région.


2 réflexions sur “La route du Pamir, des soupirs et des souvenirs

  1. Quelles conditions! cela semblait plus dur qu’au Tibet. Cela a du aider d’être à 3 plutôt que 2, surtout avec une ‘mule’ en plus. Enfin, mule, pas tant que ça, puisqu’elle a joué aussi au ‘french doctor’.
    Le documentaire aussi est superbe.!
    A bientôt (?) pour la suite…

    Aimé par 1 personne

    1. Cette partie n’était en faite pas si dur que ça. Je dirais que le Tibet était plus dur ! Par contre, la vallée de la Whakan qui va suivre, c’est une autre histoire !
      C’était quand même cool d’avoir une bourrique de plus pour affronter ces montagnes 😉
      Et puis, les vélos avaient arrêté de comploter contre nous ^^

      Aimé par 1 personne

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