Kirghizstan 3 : Fini l’asphalte, on fait des haltes !

Le départ du plateau de Song Köl

Une scène quelque part au Kirghizstan, le 25 Juillet 2017, 3 cyclos grimpent une côte, sur une piste caillouteuse :

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Ils arrivent plus précisément au col qui les fait quitter le plateau du lac Song Köl :

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Voici la vue d’un coté…
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…et de l’autre

LoLo : Bon allez, après cette petite descente, on retrouve une vraie route.

LuLu : Ah bon ?! Chouette ! Mais tu es sûr ?

– Ben oui, tu ne crois quand même pas que toutes les routes du Kirghizstan au Sud du lac Issik Köl sont des pistes,  ?

– Mouais, j’ai des doutes…

– Sur ma carte, c’est le même type de route qu’à Bichkek, dès que nous serons arrivés dans la plaine. Aller, environ 1700 mètres de dénivelé négatif sur 37km, et nous serons tirés d’affaire, ça devrait pas être si dur que ça. Ensuite il nous restera seulement 400km pour atteindre Och, une broutille.

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Une descente qui s’annonce éprouvante !

À quelques mètres de là, les montures qui attendaient tranquillement nos cavaliers optimistes, entendent la conversation :

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Bucéphale :  Pas si dur, pas si dur ! J’aimerais bien t’y voir ! On voit que ce n’est pas toi qui es en contact avec la route.

Éclair : Oui, nos pauvres pneus vont recevoir, encore une fois.

Cisko-Philibert d’Ürümqi : Et encore, vous êtes entrainés et de bonne facture. Alors que moi et ma pauvre carcasse chinoise… J’en ai déjà mal aux rouages rien que d’y penser.

Bucéphale : Oui, pauvre petit Cisko, il faudrait trouver une solution pour les empêcher de continuer leur broutille de 400km, que je sens moyennement être de l’asphalte comme mon cavalier semble le penser, parce que sinon tu vas finir à la casse.

Éclair : Je crois que j’ai une solution.

Cisko : Cool ! Dis-nous vite !

Éclair : Voila ce que nous allons faire… » To be continued

Une descente incroyable

Nous attaquons donc la descente vertigineuse qui va vite nous casser les bras et les jambes. Ça vibre beaucoup ! Et ça dure longtemps. On n’imagine pas les cyclos qui choisissent de faire cette côte dans l’autre sens. Cela doit être horrible. Heureusement, le décor est somptueux, il fait grand beau pour sublimer cela, et on garde la pêche, même si LoLo perd ses sacoches une paire de fois, en cassant une au passage, et qu’Anabelle n’est pas hyper en confiance dans les passages raides plein de graviers (même si elle se débrouille très bien).

Le paysage varie beaucoup au court de cette folle chevauchée descendante. Tout d’abord, nous sommes au milieux des montagnes vertes, mais pelées, comme depuis plusieurs jours. Mais rapidement, après quelques dizaines de mètres descendus, aux alentours de 3000m d’altitude, nous retrouvons des arbres, des espèces de sapins fins et longs. Cette ambiance de forêt, proche de nos forets alpines, nous plait bien. Mais on atteint rapidement une autre couche de végétation, ou il n’y a plus que quelques buissons, puis ensuite des prairies verdoyantes, aussi couvertes de fleurs de différentes couleurs. Les changements de paysages, de flore et de reliefs sont constants. Dans ces prairies, on commence à retrouver des arbres feuillus. Aux abords de la route, on croise quelques camps de yourtes, soit qui accueillent des gens, soit pour quelques nomades qui préfèrent les prairies plus basses aux hauts pâturages du plateau. Puis nous arrivons bientôt dans la plaine. Avec la perte d’altitude, la chaleur remonte très vite, et nous sommes maintenant dans un endroit sec, presque désertique.

Pour vous immerger un peu, voici un résumé en images des ces changements de paysages, en 37km et 2 heures à peine :

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Au départ du col, paysage façon plateau tibétain.
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Puis, dès que l’on bascule, ambiance hautes montagnes alpines…
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..et leurs jolies petites fleurs jaunes.
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La forêt de sapins arrive ensuite rapidement…;
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…avant de laisser place rapidement à des prairies verdoyantes…
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…couvertes de fleurs violettes, et abritant quelques arbustes.
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Quelques feuillus plus conséquents font alors leur apparition.
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Rares et dispersés, ils accueillent parfois quelques nomades…
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…puis se font de plus en plus denses, notamment vers la rivière.
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Les montagnes s’abaissent et deviennent collines.
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Et nous débarquons enfin dans la vaste plaine, ou la végétation se fait très rare…
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…et les villages apparaissent alors comme des îlots de verdures au milieu de cette vaste étendue aride.

Et voici quelques jolies fleurs qui ont défilé lors de notre passage :

 

Arrivés en bas, nous parcourons le minis village de Jangy-Talap, pleins d’espoir pour trouver à manger. Làs, 80% des épiceries sont fermées, et la seule ouverte n’a pas grand chose à nous proposer. Si le village est plutôt sympa, avec ses fontaines à chaque coin de rue (l’eau de source potable arrive dans la rue, plutôt que dans les maisons) et ses enfants qui jouent au milieu des routes, on a du mal à l’apprécier à cause de la faim grandissante qui nous envahit. Heureusement, on nous indique le « Kafeci » à l’entrée du village, seule issue pour nos estomacs affamés. Le gérant met 1h30 (vraiment !) pour nous servir 3 assiettes de riz avec concombre et une tomate coupés en morceau. Bon, ça va qu’en attendant nous pouvions nous allonger dans une yourte pour reposer nos membres usés par la route vibrante et cahoteuse.

Où l’on se demande qui, des vélos ou des cyclos, va avoir le dernier mot

Nous repartons vite après avoir dévoré nos assiettes de riz, car nous avons encore beaucoup de route à faire si l’on veut rejoindre Monique et Pascal à temps à Douchanbé au Tadjikistan. Nous retraversons le village, et alors que l’on fait des courses dans une des épiceries fantôme qui a finalement ouvert, la dame qui nous sert nous indique que la route que l’on voulait prendre n’existe pas et qu’il faut faire demi-tour. Nous, en vieux briscards, on sait qu’à chaque fois qu’on a suivi les conseils des locaux qui voulaient nous faire prendre une route, ça s’est mal passé, et qu’à chaque fois qu’on prenait quand même une route qu’on nous avait formellement déconseillée, ça passait tranquille, donc on se dit qu’on ne va pas l’écouter et suivre la route de notre GPS qui nous fait gagner quelques kilomètres. Sauf que voilà, cette fois-ci, c’est bien notre carte qui n’est pas à jour, et l’on a beau chercher avec acharnement le chemin, pas l’ombre d’un sentier ne pointe le bout de son nez… Bon. Tant pis, nous retournons sur nos pas, retraversant un ruisseau à gué, repassant devants les enfants qui jouent avec les fontaines ou jouent au foot dans la rue, qui nous regardent l’air de dire : « Ils sont un peu bizarres ceux-là quand même ».

Nous voila donc de retour sur notre piste qui, d’après LoLo, devait se transformer rapidement en route asphaltée. Après 5km de cailloux, de trous, de tôle ondulée, de nids de poule, de passages complètement ensablés :

LoLo : Bon… Il se pourrait que je me sois un peu avancé sur l’état du revêtement de la route. Peut-être bien que nous sommes parti pour 300km de piste défoncée…

LuLu : Il me semblait bien aussi !

Anab : Je t’avais déjà parlé de la légère tendance optimiste de Loris ? Non ? Ben voilà !

LoLo : 🙄 🙄 😆

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Effectivement on a connu mieux comme revêtement…

Un moment un peu dur donc. Surtout qu’il fait bien chaud et que l’on a pas jugé utile de faire le plein d’eau au village pour ne pas être trop lourds. On aurait peut-être dû, car avec toutes ces péripéties, on n’a pas franchement avancé, et le prochain village semble maintenant hors d’atteinte pour ce soir, et pas sûr que l’on trouve une rivière dans cette plaine aride…

Alors que l’on monte une petite côte, toujours sur une route traumatisante, Lulu s’arrête épuisée :

– Vous avez la pêche dites donc, je n’arrive plus à vous suivre ! Je donne tout mais pas moyen de raccrocher votre roue.

LoLo (sceptique, car la dernière fois qu’elle nous à fait le coup c’était parce que son frein avant freinait en permanence, ou alors parce qu’elle avait oublié qu’elle avait un petit plateau dans une côte monstrueuse^^) : Ben non, j’avais pas l’impression d’être particulièrement en forme pourtant.

Anab : Moi non plus. Faisons une petite pause goûter ça va nous redonner des forces. »

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Et pendant que nos amis cyclistes regardent le joli paysage des montagnes « plissées » typiques de l’Asie centrale en mangeant de délicieux abricots secs typiques de l’Asie centrale, les montures séditieuses, à quelques pas de là, discutent à voix basse :

Éclair : Ah Ah, bien joué les copains, entre Bucéphale qui casse les sacoches et Cisko qui voile sa roue, ils ne vont plus allez bien loin.

Cisko : Ouiiiiii ! Et j’ai encore des astuces sous le pneu. Niark niark niark ! »

Les cyclos reviennent vers les vélos :

Anab : Bon regardons un peu ce Cisko pour voir si il n’y a pas un problème autre que la (mé)forme de LuLu.

LuLu : Ah ben si, regarde, la roue arrière est voilé de 3 cm minimum… Du coup, ça freine…

LoLo : Oulà, oui, c’est bizarre que cela se soit tant voilé, même avec cette descente traumatisante qu’on a fait.

Anab : Arf on dirait même qu’il y a un rayon de cassé !

LuLu : …

LoLo : …

Anab : …

Bucèph’ : 😛

Eclair : 😀

Cisko : 😈

LoLo : Bon, pas de problème on réparera ce soir ! 😉 »

Malgré tout, des brèches commencent à se former dans l’optimisme de Loris. Toujours pas d’eau, toujours loin d’un village et toujours sur cette piste horrible. Alors que le découragement nous guette, on trouve un mirage sur notre route. Une petite fontaine trône à quelque mètres de la route, dans un petit écrin de verdure. Est-ce vrai ? Oui !!! Ouf, nous allons pouvoir faire le plein d’eau et bivouaquer, mais plus important encore, on va prendre une douche :).

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Pas mal le cadre pour la douche, non ?

En essayant de changer le rayon, car nous en avons un qui devrait faire l’affaire dans notre réserve, on s’aperçoit que c’est impossible car il faut démonter la cassette (et oui il ne pouvait pas être du bon coté…), et que nous n’avons pas le bon outil pour cela… Au passage on regarde le porte-bagage avant d’Anabelle qui tanguait un peu. Verdict : cassé ! Certains diraient que c’est parce que c’est de l’aluminium, trop rigide, qui n’a pas aimé la descente et la piste, nous on commence à se poser des questions sur la mentalité de nos vélos. Mais nous ne perdons pas espoir, on répare le porte-bagages et on se dit que demain on pourra trouver l’outil nécessaire pour réparer la roue de Cisko dans le prochain village. Et nous passons finalement une bonne soirée dans ce décor magnifique.

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Pendant que nous nous endormons dans nos tentes, les vélos récalcitrants complotent :

Bucèph’ : Mais c’est pas possible, ils ne vont pas lâcher l’affaire !

Cisko : T’inquiète pas, demain on les achève 😉

Le lendemain, nous repartons donc sur cette route toujours aussi difficile, Lucile devant faire sans son frein arrière si elle ne veut pas freiner en permanence. Seulement voila, rouler avec une roue voilée, cela a tendance à entrainer des crevaisons à répétition sur ce genre de route. Cisko nous oblige donc à nous arrêter plusieurs fois. En plus, il décide à un moment d’envoyer valser dans le décor LuLu, qui s’écorche le genou… Décidément cette canaille ne nous facilite pas la tâche ! Ce n’est donc toujours pas la grande forme. Après 2h, toujours sur cette piste ardue, dans un environnement sec et sous une chaleur qui nous tombe dessus petit à petit, nous n’avons donc pas beaucoup avancé. Quelque kilomètres plus loin, nous nous trouvons face à une montagne qui ajoute du rouge au jaune et vert de notre paysage admirable. Puis, après une petit côte, qui est une épreuve à cause de ces conditions délicate, nous tombons sur un petit écrin verdoyant. Un plateau de verdure, au milieu des montagne décharnées, cultivé par les habitants du village situé en son centre. Une grande arche, qui rappelle l’aire soviétique du pays, nous accueille, ainsi que… une route goudronnée ! Bon on se doute que ce n’est que sur la longueur du village, comme ils nous la faisaient en Pologne, mais ça nous soulage un peu.

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Des couleurs irréelles pour une matinée difficile
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Un plateau attirant…
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et enfin un village au milieu de cet écrin de verdure !
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Allons y vite, nous pourrons réparer et ravitailler !

Au village, on s’arrête au premier « magazine » (épicerie en russe 😉 ), tout petit bien entendu, ou l’on trouve surtout des biscuits secs vieux et pas bon qu’on ne support plus, et c’est à peu près tout… Bon, heureusement la tenancière, une jeune femme de 20 ans, a la bonne clé pour démonter la cassette. On passe donc une heure à essayer de changer le rayon cassé de Cisko et la sacoche cassée de LoLo, mais il nous manque encore un autre outil. C’est la galère. Pendant qu’on s’acharne à essayer de réparer, Anabelle discute avec le jeune femme qui est très intéressée par notre périple mais se demande quand même ou sont nos enfants, elle-même ayant déjà une fille de 4 ans.

Il règne dans le village une atmosphère un peu bizarre. Les échoppes sont fermées à double tour. Dès qu’elle quitte son comptoir, notre épicière ferme son échoppe avec un énorme cadenas… C’est étrange. Nous demandons si nous pouvons trouver du pain dans le village, mais on nous répond que non. Alors que ça sent vachement bon le pain, et que nous n’en avons pas ! A priori les villageois le font pour leur consommation personnelle mais n’en n’ont pas assez pour nous en vendre… Zut alors ! Nous reprenons donc la route pour essayer de passer quand même le col qui devrait nous amener à Kazarman, une vraie ville plus loin sur la route, mais cela s’annonce quand même compliqué vu l’état de Cisko. Pour se donner du courage, et parce que la chaleur est maintenant presque insupportable, on s’arrête dans la dernière échoppe du village pour s’acheter un bout de fromage (pour le courage) et une boisson fraiche (pour la chaleur). Malheureusement, nous nous faisons berner par la couleur et les jolis dessins de poires accompagnés du logo « 100% » sur la bouteille. Ce n’est pas un simple jus. Il s’agit en faite de la fameuse boisson pétillante au goût de chewing-gum qui est au jus de poire ce Gérard Colomb est à la bienveillance et l’humanité. Nous sommes donc un peu dégoûtés.

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Un joli petit village, qui pourrait tout aussi bien se trouver en Slovaquie, en Pologne ou en Sibérie.

Dès que nous sortons du village nous reperdons l’asphalte pour des cailloux. Et puis cela se remet à grimper. Après seulement 5-6 km, nous cherchons des yeux de l’ombre pour la pause pique-nique (qui s’annonce un peu maigre) car nous n’en pouvons plus. Au loin, nous apercevons une ligne d’arbres qui doivent border une rivière. C’est encore un peu loin mais l’on fait tirer malgré notre motivation en berne suite à nos nombreuses galères. Après un virage, de manière totalement inattendue nous tombons sur une jolie table, abritée sous un kiosque sommaire, à coté d’une petite maison en torchi sur laquelle nous pouvons lire : « Ochkhona », soit Auberge en français. Génial, nous fonçons pour voir si l’on pourrait y manger !

Le dénouement

Youpi ! C’est possible ! Ni une ni deux, on s’installe à la table et on commande de belles assiettes de très bons mantis (espèce de gros raviolis), du pain et du thé, que l’on accompagne de la salade initialement prévue pour notre pique-nique. Pendant le repas nous discutons de l’avenir de notre chevauchée fantastique, car nous n’avons pas fait un quart de la distance prévue initialement dans la journée.

Nos canassons rebelles qui entendent la conversion depuis l’herbe où ils sont garés réagissent :

 » Eclair : J’ai comme l’impression qu’on tient le bon bout.

Bucéph’ : Oui, mais on ne sait jamais avec ces loustics, ils pourraient choisir de continuer quand même.

Cisko : Ne vous inquiétez pas je vais bientôt leur donner le coup de grâce, hi hi hi. »

Pendant ce temps là, à la table :

LuLu : Moi je dois pouvoir continuer, même si j’ai un peu mal au genou.

LoLo : Après, là, on va attaquer un col de 30 bornes en piste caillouteuse qui, même en pleine forme et avec des vélos en parfait état, serait compliqué.

Anab : En même temps, je ne sais pas trop si on a le choix, on a dû voir 5 voitures à tout casser sur cette route depuis hier midi, et pas une qui pouvait embarquer nos 3 vélos… »

C’est alors que on entend un bruit qui vient de nos vélos. Ça fait un truc comme ça :  » Pok! Pssssssssssiiiiiiiiiiiiiitttttttttt…

Cisko vient de crever. À l’arrêt… On se regarde.

Anab, LoLo et LuLu (en chœur) : Ok on fait du stop ou on trouve un taxi !

Bucéph’ : Youhouuuuuuuuu ! Trop fort, le coup de la crevaison à l’arrêt, Cisko.

Éclair : Oui, moi même je n’y aurait pas pensé, petit filou va ! Youpiiiiii !

Cisko : Hi hi hi hi, et vous avez vu leur tête quand il ont compris ce que j’ai. Ahah, ouh, j’en ai mal au cadre à force de rire »

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Le petit coin au frais qui nous a sauvés 🙂

La décision prise, il faut maintenant trouver un véhicule, ce qui ne s’annonce pas être une mince affaire dans cet endroit reculé et très très peu fréquenté. On va tenter le stop même si nous n’avons croisé que quelques voitures qui empruntent cette piste, et dans le pire des cas, nous pourrons planter notre tente ici et retenter demain. En plus, difficile de trouver de la place pour nous 3 plus nos 3 vélos. Rapidement, deux gros camions aménagés orange s’arrêtent prendre le thé. Malheureusement pour nous, il ne vont pas dans la bonne direction.  Après un moment, nous allons demander à la famille qui tient l’auberge s’ils sauraient où nous pourrions trouver un moyen de transport, en espérant secrètement qu’ils nous proposent de nous emmener avec leur vieille Audi. Au début, ils ne savent pas, mais se rappellent par la suite que nous sommes le jour du « bus » hebdomadaire qui arrive de Bichkek qui devrait passer en fin d’après-midi. Cool ! La chance serait-elle enfin avec nous ? Nous continuons donc à faire du stop, au cas ou, mais en sachant que nous pourrons probablement compter sur le bus si nous ne partons pas.

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LuLu blessée au genou qui répare cette canaille de Cisko 😉

Pour faire du stop, nous sommes à l’ombre des arbres, près d’un petit ruisseau, dans un endroit fort agréable, ce qui est indispensable par cette chaleur. Nous sommes rejoints par un auto-stoppeur polonnais. La plupart du temps, les voitures qui passent, des taxis collectifs, s’arrêtent ici pour remplir leur gourde, où pour faire une pause thé/toilettes à l’auberge. Nous sommes alors l’attraction et les gens nous demandent qu’on se prennent en photos avec eux. Pas avec leur smartphone comme en Chine, mais avec notre appareil photo :). Anabelle et Lucile sympathisent même avec un des passagers qui nous invite à dormir chez lui ce soir à Kazarman ! Sympa !

 

Après une longue attente, deux « Splinter », comme ils disent ici (grosse fourgonnette qui ne ressemble pas à Maitre Splinter, mais au modèle Sprinter de la marque Ford) arrivent. Youhou, cela doit être ça qu’ils appellent le bus. On demande au premier s’il a de la place. Pas de problème, plein de place dans le coffre, et ils ne sont que 6 pour 5 place donc on peut monter après avoir négocié le prix^^. On embarque aussi l’auto-stoppeur polonais qui, lui, n’ayant pas payé, doit se contenter d’une roue de secours par-terre en guise de siège, sans voir la route ni une fenêtre. La conduite est sportive, sur ce col en piste poussiéreuse et caillouteuse. Même si nous sommes contents de le faire en voiture vu la difficulté qu’il représente, nous sommes à la fois un peu déçus de ne pas pouvoir profiter plus de ce paysage admirable qui se prêterait parfaitement au bivouac. Heureusement, notre conducteur est sympa, et lorsque l’on s’époustoufle de la vue qui s’offre à nous, arrivés en haut du col, il s’arrête pour que l’on puisse admirer un peu plus longtemps.

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Après une petite séance photo obligatoire, on en profite pour discuter avec eux, car il sont bien bavards. Ils nous demandent ce que l’on pense du pays (comme d’habitude, ils y attachent beaucoup d’importance). Bien sûr, on leur répond que l’on adore, tellement le Kirghizstan nous enchante depuis que nous y sommes (malgré les galères comme aujourd’hui 😉 ). Et comme bien souvent aussi, ils nous vantent les qualités du pays, mais surtout nous annoncent que c’est bien mieux que les autres pays de la région. Que le Tadjikistan et l’Ouzbékistan c’est moche et qu’il n’y a que des cailloux. Bon même si on les trouve un peu chauvins, et qu’on se doute qu’ils nous diront la même chose du Kirghizstan quand on sera au Tadjikistan, on s’apercevra par la suite qu’il faut quand même avouer que le Kirghizstan est le plus vert des pays d’Asie centrale :D.

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Avec notre chauffeur de choc et la fine équipe du « Splinter ».

Nous repartons et il y a une bonne ambiance dans le Splinter, comme on est serré c’est convivial. Surtout que à un moment, le chauffeur sort une bouteille de bière (1l dans une bouteille en plastique), et la fait tourner dans le bus. On essaye d’en boire plein pour qu’il ne lui en reste pas trop ;). Bon, heureusement il est raisonnable et n’en bois pas plus de deux ou trois gorgées. Une fois la bouteille finie, malgré la veine tentative de notre auto-stoppeur polonais pour la garder, ils la balancent par la fenêtre. C’est rageant ! Si les pays d’Asie centrale sont encore assez préservés de la pollution par les déchets de consommation, avec le tourisme grandissant et l’élévation du niveau de vie, il y a fort à parier que les déchets dans la nature vont se multiplier. Il faudrait vraiment des programmes d’éducation et de ramassage des déchets, au risque de voir l’Asie Centrale devenir aussi catastrophique de ce point de vue là que l’Asie du Sud-Est.

À un moment, on nous demande de chanter des chansons en français, et ils reprendront même avec nous quelques phrases de « La vie en rose » ou « Aux champs Élysés ». Bref, on se marre bien. On s’arrête dans un village de l’autre coté du col, afin de livrer un colis (cela fait bus et poste en même temps), c’est un peu l’événement de la semaine et beaucoup de personnes de pressent près du fourgon. Le soleil n’est pas loin de se coucher, et les habitants rentrent des champs où ils faisait les moissons. Nous repartons alors que le soleil se cache tout juste derrière l’horizon.

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On finit notre route qui devient encore plus flippante maintenant que la nuit est tombée. Nous arrivons finalement à Kazarman, petit village avant la venue des russes, transformé en ville typiquement soviétique afin de loger la main-d’œuvre nécessaire à la mine qu’ils avaient creusée. Notre chauffeur nous disant que la route qui relie Kazarman à Jalal-Abad est dans le même état que celle-ci, on se demande comment ils ont fait pour acheminer tant de choses, nécessaire à la construction d’une ville, dans cet endroit isolé au creux des montagnes. Ils n’avaient peur de rien ces Russes quand même pour aller cherchez des minerais.

Arrivés sur la place principale de la ville, on nous fait comprendre que nous devons descendre ici. Le monsieur qui nous avait invité chez lui nous avait donné son numéro et notre chauffeur l’a appelé, il doit venir nous chercher. Nous sommes en fait au pied de son immeuble, et nous pouvons mettre nos vélos à la cave, alors que les enfants jouent dehors autours de nos sacoches. Puis nous montons dans son appartement. Assez sommaire, et un peu délabré (ça doit être d’époque), mais nous avons un grand salon spacieux pour poser nos matelas. Et même une douche ! Tout ce dont nous avons besoin quoi ! Après nous être décrassé, nous passons à table avec notre sympathique hôte, qui ne parle pas un mot d’anglais, et connait en français le mot « Madame » uniquement. Mais bon, on est maintenant habitués et nous arrivons quand même à communiquer :). Et puis il a quelque notions d’Allemand et Anabelle peut donc se rappeler ses cours de collège :). On apprend plein de trucs sur lui, il aime nous raconter sa vie, nous parler de ses enfants qui habitent à Bichkek. Ils nous les passera d’ailleurs au téléphone pour qu’on puisse leur parler anglais ( ils aiment bien faire ça 🙂 ). Ils nous montre aussi son carnet de  photo de son service militaire, qu’il a lui même réalisé et « customisé » avec de jolis dessins (un précurseur du scrapbooking ^^). Il en est très fier de nous montrer ses photos d’Allemagne, où il était pour son service, car en URSS il fallait le faire le plus loin possible de chez soi. On partage de la nourriture pour notre repas, mais il tient absolument à nous offrir les rares victuailles qu’il lui reste dans son frigo, car il rentre de plusieurs  jours à Bichkek. Et c’est alors qu’il nous sort du… Salo ! Sans mauvais jeux de mots, c’est pas très cool de sa part ;). Mais qu’est-ce donc que ce truc me direz vous, et bien voici la description faite par Constouche (un blogueuse qui habite en Russie dont nous suivons le blog), dans cet article (très instructif sur la cuisine russe) :

Alors ça c’est vraiment un produit slave et qui apparemment est très consommé en Ukraine. Souvent on en mange en accompagnement de la vodka, avec de l’oignon et de l’ail crus. C’est de la graisse de porc, parfois fumée, parfois avec des herbes. On la coupe en tranches plutôt fines.

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Là on a piqué la photo sur internet, et le photographe met bien en valeur ce mets typique, mais nous, ça avait moins de gueule. (Diantre, que de « mè »)

Donc, en gros, c’est du lard, mais sans la partie viande. Donc c’est du gras. Le nôtre étant « nature », c’est juste du gras de porc. Et bien sûr, il n’a pas oublié de nous sortir les oignons et l’ail crus qui vont avec :). Impossible de contrarier notre hôte qui se plie en quatre pour nous. Lucile et Loris se sacrifient donc. Heureusement, après le Xinjiang, mâcher une gousse d’ail crue ne nous fait plus peur. Limite on apprécie. Limite. ;). L’ensemble n’est pas si pire que ça. On va se coucher pour un repos bien mérité, après une journée qui finit bien mieux que ce qu’elle n’avait commencé.

Le lendemain, après le petit dèj, on prend des photos avec notre gentil hôte qui tient à ce qu’on les lui renvoie par la poste quand on sera rentrés ! Il nous montre les courrier de Slovène et d’Autrichiens qui sont déjà venus chez lui. Ce qui est assez fou quand même, car peu de touristes doivent venir dans cette ville. Ils doit vraiment demander à chaque fois qu’il croise un étranger s’il veut venir passer un soirée et une nuit chez lui ^^. L’hospitalité kirghize ne s’arrête donc pas aux nomades, cette tradition est encore ancrée chez les citadins. Après avoir bien recopié son adresse en cyrillique, nous nous quittons.

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On n’avait pas compris qu’il fallait se mettre au garde à vous 😉

Après un petit passage au bazar, où l’on s’aperçoit vite que l’on ne retrouvera pas de quoi réparer Cisko, on refuse un taxi qui ne nous inspire pas confiance car on devrait mettre les vélos sur le toit, puis on part se chercher le meilleur spot de stop pour rallier Jalal-Abad et passer le col encore plus long et haut que celui de la veille, toujours en piste rocailleuse, en voiture. On se place à la sortie de la ville sur la bonne route. A 10h le soleil tape déjà très fort, mais pas le choix, le meilleur spot est au soleil, et l’on se fabrique un petit abri pour celui qui lève le pouce (enfin plutôt qui baisse la main comme cela se pratique ici),pendant que les deux autres vont attendre à l’ombre d’un arbuste à quelques mètres de la route.

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10h

Quelques voitures passent, mais il n’y a pas foule. La plupart du temps, soit ils n’ont pas assez de places, soit ils ne vont pas dans la bonne direction, soit il veulent nous faire payer un prix bien plus élevé que notre estimation déjà un peu large. Nous sommes ensuite rejoints par l’auto-stoppeur polonais de la veille, qui n’a pas trop de mal à partir, tout seul, avec son petit sac à dos. Surtout qu’il n’hésite pas à nous passer devant quand une voiture s’arrête, le bougre ! Le temps commence à paraitre long. Et il fait de plus en plus chaud.

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12h

Après deux heures infructueuses, on perd espoir et l’on commence à plier bagage pour retourner en ville et voir si quelqu’un pourrait nous trouver un taxi, ou nous informer sur un bus. Alors que l’on remonte sur nos vélos, un grand monospace passe devant nous, puis fait demi-tour, et s’arrête à notre hauteur. Le chauffeur, tout seul dans cette grande voiture, nous demande la route ! Il va à Jalal-Abad, notre destination ! Grâce à notre GPS on lui indique la route puis on lui demande si il peut nous emmener en proposant un petit prix (car, en fait, le stop n’est jamais vraiment gratuit en Asie Centrale) et il accepte ! Youpi !!! On charge nos canassons boiteux dans le coffre et il nous reste une petite place. C’est parti pour cette route de folie.

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Ça secoue un peu, mais toujours moins qu’en vélo. Encore une fois, le paysage est magistral et cela aurait été cool de le  faire en vélo. Mais cela aurait été plus qu’éprouvant. On croise d’ailleurs un couple de cyclos arrêté au bord de la route, les vélos jetés dans le tariot. Ils ont vraiment l’air épuisés, la fille a même l’air d’être en pleurs…  Effectivement, cela doit être vraiment très dur. À un moment on recroise notre auto-stoppeur sans scrupule qui demande à monter dans notre voiture. Heureusement notre chauffeur plein de bon sens lui explique qu’il n’y a pas de place et nous continuons. Malgré la conduite sportive de notre chauffeur, nous sommes bercés par les cahots de la route et la musique Kirghize du CD qui tourne en boucle sur l’autoradio. On croise des animaux sauvages comme des vautours (qui se nourrissent des reste des automobilistes tombés en panne dans le coin ? ;)), des troupeaux de chevaux, des camps de nomades, d’autres automobilistes. On s’arrête à une cascade pour boire un coup et remplir nos gourdes. Deux autres automobiliste y sont arrêtés et notre chauffeur va leur serrer la main pour leur dire bonjour, comme s’il les connaissait depuis longtemps, alors qu’ils viennent de se rencontrer. C’est que dans des coins comme ça, on est heureux de voir du monde ;). Ces deux hommes souhaitent vite que LoLo se prenne en photo avec eux!

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A travers les vitres de notre carrosse, nous admirons le pays et malgré les vibrations de la route, essayons de prendre des photos

 

On ne s’ennuie pas sur cette route !

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Sans blague ! Ça tourne ?

Après quelques heures de route, alors que l’on voit un camp de nomades en contre-bas, notre chauffeur s’arrête, puis va leur demander quelque chose en criant. Il nous invite à le suivre pour descendre les voir. On nous paye alors la « chorba » (soupe) et le koumis, dont on voit qu’il est conservé ou confectionné dans une espèce de poche en cuir (à priori de cheval), et que l’on refuse poliment sans que cela n’offense personne. (Ouf !) Toute une petite famille vit ici pour l’été avec son troupeau de chevaux. Nous sommes conquis par leur gentillesse, et leur quatre adorables petites filles.

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« Tiens, des nomades, allons les voir, j’ai envie de koumis »

 

Une pause enrichissante et revigorante

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La vue pour manger la soupe, pas mal non ?
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Nous pouvons apercevoir les virages que nous venons d’escalader avec notre fourgon.

Nous repartons, puis, après une longue descente, qui nous aura encore bien secoués, nous arrivons enfin dans Jalal-Abad, troisième ville du pays. Notre chauffeur nous dépose au bazar et, après avoir rempli notre bouteille à la citerne de kvas, nous filons chercher à manger pour ce soir et une nouvelle roue pour Cisco. Après avoir traversé les deux tiers du bazar, on trouve enfin le vendeur/réparateur de vélo. Heureusement, comme Cisko est aux standards asiatiques et pas européens « haut de gamme » comme Bucèph’ et Éclair, il a tout ce qu’il faut pour réparer/remplacer. Il nous propose une roue de bien meilleure facture que celle d’origine et nous la monte en deux temps trois mouvements. On se permet même de lui acheter l’outil nécessaire pour démonter la cassette au cas où l’idée viendrait à Cisko de se péter un rayon.

Eclair : Eh ben mon vieux, avec ça, plus moyen de faire les feignasses !

Cisko : Oui, mais on a quand même passé le plus dur :).

Bucéphale : Oui, nous n’avons plus qu’à rouler. Mais le Pamir, ça va être chouette !  »

On se trouve ensuite un petit coin pour bivouaquer plus ou moins dans la banlieue, ce qui nous vaudra une visite d’un voisin au petit matin.

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Le mec chelou qui vient te voir, sans chercher à communiquer, et qui te suit partout, quand tu plies le camps ou que tu vas aux toilettes

On retrouve enfin l’asphalte qui ne nous quittera plus jusqu’à Och et deux jours plus tard nous arrivons à la TES guesthouse, véritable repaire de cyclos, où nous pouvons planter notre tente dans le jardin. Nous y faisons une halte revigorante nécessaire avant de repartir pour la mythique Pamir Highway !

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Sur la route, un lac artificiel coupé en deux (barrage compris) entre l’Ouzbékistan et le Kirghizstan !
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Le petit oiseau bleu vif que l’on croise souvent dans la région.

6 réflexions sur “Kirghizstan 3 : Fini l’asphalte, on fait des haltes !

  1. Ah je me suis bien marrée à la lecture des dialogues des vélos! Vous êtes trop forts ! M’enfin ils n’avaient sans doute pas tort ça avait l’air costaud !!!

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  2. Quelle aventure!!
    On se rend bien compte grâce à vos récits que la vie sur un vélo n’est pas toujours simple et que la beauté des paysages ne compense pas tout !!! Il faut un gros moral !!!

    Bises

    Christophe

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  3. Super article! j’ai bien ri !
    Tout ça a du vous rendre bien fous pour imaginer les vélos comploter contre vous ^^ mais ça fait un super récit du coup.
    Bon comme d’hab (la fille blasée) les paysages sont ouf .
    On a hâte de vous revoir. finissez bien votre voyage ^^

    Aimé par 1 personne

  4. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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  5. Quand même ce Cisko, vous avez bien fait de vous en débarrasser, même si Lucile l’aurait bien embarqué dans l’avion!
    le Kirghizistan, ça fait envie. Que de paysages grandioses!

    Aimé par 1 personne

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