Brève d’Iran : Les tapis d’orient

Si il y a une chose qui est typique de la route de la soie, de l’Orient et du Moyen-Orient, c’est les tapis ! Et si il y a un endroit parmi ces endroits où ces tapis sont encore plus fameux, c’est bien l’Iran. Loris les appréciant particulièrement, il est aux anges dans les bazars qui regorgent des ces biens précieux. Les tapis d’Iran sont réputés dans le monde entier et ce n’est pas pour rien. Et ils sont vraiment utilisés par les Iraniens. Notamment pour manger et prendre le thé (on y met alors un petit tapis lavable comme table 😉 ) :

Peu, ou pas, de meubles, mais des tapis. (Lors d’une invitation à diner dans la campagne vers Jolfa)
Dans les mosquées, élément indispensable pour la prière

Lors de notre visite d’Isfahan, on se laisse tenter et on entre dans une boutique de marchants, afin de mieux observer certaines pièces. Et aussi, il faut l’avouer, pour boire le thé, car un des vendeurs est venu nous aguicher sous les arcades, juste après le repas ;). Il faut savoir que la vente de tapis, c’est toute une cérémonie qui mérite d’être vécue. Si vous passer dans le coin, n’hésitez pas à vous engouffrer dans ces cavernes d’Ali Baba, même si vous n’avez pas l’intention d’acheter. Attention toutefois, comme nous, vous pourriez alors vous laisser tenter ;). Dans ces petites boutiques de la place de l’imam, dont la valeur a pris 300% en 20 ans, la surface est limitée et c’est bien souvent sur des tapis que l’on s’assoit. L’un des vendeurs vous apporte alors du thé, souvent au safran. Entre ce thé épicé et les tapis sur les murs, le sol, partout, on se croit vite au milieu du désert dans une tente de nomade. Une ambiance assez merveilleuse, il faut l’avouer. On cherche Abou aux milieux de tout ces tapis (volants).

Cherchez bien, il n’y a pas que des tapis sur cette photo 😉

L’un des vendeurs se fera alors un plaisir de vous sortir ses tapis les uns après les autres, en les étalant les uns à coté des autres, donnant les caractéristiques de chacun, les comparant, etc. Un moment sympathique, quoi qu’il arrive.

Hamid nous présente un kilim, dans sa caverne d’Ali Baba

Si vous avez l’intention d’acheter un tapis, voici quelques conseils :

  • Prenez votre temps. Ne soyer pas gêné de demander à revoir des tapis qui se retrouvent sous une pile. C’est le travail du vendeur de vous les ressortir.
  • N’acheter pas directement. N’hésitez pas à sortir faire un tour pour réfléchir, voire à revenir le lendemain.
  • Visiter plusieurs boutiques pour comparer. Le feeling avec le vendeur peut beaucoup varier et peser dans votre décisions. En plus, le style des tapis change beaucoup d’un magasin à l’autre, vous trouverez ainsi le style que vous appréciez le mieux.
  • Enfin, essayer de connaitre un peu la marchandise avant de débarquer, pour éviter de vous faire rouler dans la farine ;). Par exemple renseignez vous bien dans une boutique et aller dans une seconde pour faire vos emplettes.
  • N’hésitez pas alors à bien observer la marchandise pour vérifier les dires du vendeur. Et surtout testez ! C’est-à-dire posez vos pieds nus sur le tapis. C’est ce qui vous permettra de l’adopter,et de faire la différence entre deux carpettes qui vous plaisent :).

Et allez, comme on est trop sympas, on vous livre tout ce qu’on a appris sur le sujet !

La première chose à savoir, c’est que l’on distingue 2 familles : Les kilims et les tapis.

Les premiers sont tissés. Ils sont donc plutôt fins, pas forcément très doux. Ils présentent souvent des formes géométriques et des symboles tribaux. En effet, les kilims sont plutôt fabriqués par les tribus nomades, ou semi nomades.

Un joli kilim

Les tapis quant à eux sont noués. Sur des fils bien solides, on vient faire des nœuds de différentes couleurs qui donneront les différents motifs. Une fois le tapis fini, on coupe tout les nœuds à la même hauteur avec une grande scie super aiguisée. Le tapis est alors plus ou moins épais suivant l’épaisseur qu’on laisse. Là encore, pour l’approvisionnement, nos marchands de tapis peuvent aller voir les tribus nomades des campagnes, ou les villageois. Ou alors ils achètent aux fabriques dans les villes.

Les tapis de nomades sont souvent majoritairement en laine (mouton, ou même chameau), très rarement en coton (plutôt ceux des tribus du nord Est de l’Iran, là ou il pousse). À noter, l’astuce qui tue, sur les bords, ils y a toujours une bande en laine de chèvre. Pourquoi donc ? Parce qu’elle repousse les insectes, pas à cause de son odeur, mais grâce à sa micro structure que les petites bêtes n’aiment pas fouler, au risque de s’y prendre les pattes ! Exit ainsi scorpions, fourmis et autres mille-pattes lorsque l’on y prend le thé, ou qu’un bébé y dort. Ces tapis présentent des motifs géométriques, souvent de style zoroastriens (la religion qui précédait l’islam en perse), et différents symboles, souvent typiques de la tribu qui l’a fait. On retrouve des coqs, des tortues, des chèvres, des chevaux, des canaux d’irrigation, des arbres de vie… Le tout souvent stylisé. Pour les couleurs, ce sont plutôt des tons rouges, jaunes, ocres, beiges et marrons. Les couleurs que l’on retrouve dans la nature sur les lieux de confection des teintures. Très peu de vert (oui, c’est le désert, pas comme chez nous). Un peu de bleu. Les tapis nomades ne sont pas neufs ! Leurs fabriquants les utilisent et, parfois, si ils en ont fait un nouveau, quand un marchand de tapis vient les voir, ou qu’ils passe par une ville, ils se séparent de l’ancien. Certain trouvent que c’est de l’occasion. Nous on trouve que ça rajoute du charme au tapis, qu’il ait déjà eue une vie, dans un village, ou dans une tente, que des personnes aient déjà mangé ou pris le thé dessus nous fait encore plus rêver. Plus il a été utilisé, plus ses poils seront usés, et donc plus il sera fin. On peut aussi juger de l’âge du tapis grâce aux tresses qui dépassent des deux cotés de celui-ci (ce sont les fils de la structure sur lesquels on fait les noeuds), qui sont plus ou moins usées. Quand un tapis a été beaucoup utilisé, les marchands recoupent carrément ces tresses car elles ne sont plus présentables. Les tapis sont bien sur confectionnés à la main. Cependant, les nomades se faisant de plus en plus rares, certains font de la fabrication de tapis leur métier et ne font que vendre des tapis. La qualité est toujours au rendez-vous mais cela perd quand même un peu de charme. Alors, si ça vous intéresse, foncez acheter les derniers tapis authentiquement nomades qui ont déjà été foulés par des centaines de verres à thé.

La représentation d’un canal d’irrigation (« qanat »)

Les tapis de fabriques, confectionnés dans les villes, sont dits de style traditionnel. Ils sont aussi fait à la main, mais par des employés dans des usines, pour une qualité toute aussi bonne. Ils sont en laine, coton ou soie. Parfois un mélange laine/soie. La soie, brillante, permettant d’affirmer les détails. Ils présentent des motifs traditionnels aux formes plutôt arrondies. Ils sont toujours vendu neufs. Chaque ville a son style caractéristique. Les plus fameux sont 100% soie et se vendent à des prix astronomiques. Mais ils sont d’une douceur et d’une finesse incomparable.

Un tapis traditionnel, caractéristique du style de la ville de Tabriz

Les couleurs sont traditionnellement données par des teintures naturelle, mais il arrive, pour faire des produits plus abordables, d’avoir des couleurs synthétiques.

Qu’est-ce qui fait donc la valeur du tapis ?

  1. Le nombre de nœuds au cm carré, de 10 à 60-70. C’est la résolution du tapis. 30 est une bonne qualité pour un prix raisonnable. Au delà la différence visuelle est très subtile et les prix s’envolent vite.
  2. Le matériau. Par ordre croissant : synthétique, coton, laine, soie.
  3. La teinture : naturelle plus cher que le synthétique. Et plus les couleurs utilisées sont issues de pigments difficiles à trouver sur le lieu de confection, plus c’est cher, of course.
  4. Son ancienneté, pour les tapis nomades.
  5. Et enfin, évidemment (!), la taille du tapis. N’oubliez pas que pour un tapis noué 1m carré peu vite prendre un mois de travail !

Cela donne donc des prix allants de 50-60euros le mètre carré pour un kilim ou un tapis en laine, jusqu’à 750 euro pour un pure soie.

On n’ose pas imaginer le pris de ce tapis, brillant et fin, pourtant « seulement » 50% soie

Notre visite du musée des tapis de Téhéran. Pas folichon mais quelque belles pièces anciennes :

Voilà pour les produits « de luxe ». Après on trouve des tapis fait à la machine. Ils sont assez reconnaissable car ce sont de « faux nœuds ». Ils sont collés, et on peut donc voir sur le dessous du tapis une couche de colle épaisse. Ils sont toujours pliés « à l’envers » car sinon cela peut casser cette couche de colle et donc le tapis (les tapis noués seront toujours pliés « à l’endroit »). La plupart du temps, ils sont faits avec des matériaux et des couleurs synthétiques (du plastique quoi).

Des tapis indus’, pliés à l’envers, au bazar de Tabriz

Certains tapis sont encadrés et sont comme des tableaux ! Souvent dans un style très kitch. Ils sont parfois en relief. On en trouve de toute sorte au bazar de Tabriz qui vaut le détour.

Pour notre petite histoire, nous avons été tentés d’acheter dans une boutique où l’un des vendeurs avait sa femme sur Lyon, et nous proposait donc une livraison gratuite (vous ne croyiez tout de même pas qu’on allait se ramener le tapis en vélo ?! 😉 ). Mais on a finalement préféré les tapis et l’ambiance d’une autre boutique, où nous avons acheté un joli petit tapis nomade, confectionné par dans une tribu turkmène. Nous avons par contre dû payer la livraison^^.

Une fois la transaction passée, on mange avec nos gentils vendeurs, sur un tapis bien sûr !

Vous n’vez plus qu’à attendre notre retour pour venir le tester et prendre le thé dans notre yourte (bon OK, il faudra aussi attendre la fabrication de la yourte 😉 )


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