De Litang à Yushu, dans le Tibet jusqu’au cou !

Du 12 au 27 juin 2017, suite et fin de nos aventures tibétaines

Lundi 12 juin, nous renfourchons nos montures pour environ 15 jours de vélo. Nous avons décidé de pédaler à 4, avec nos nouveaux amis, qui nous ont convaincus de prendre la même route qu’eux, bien qu’elle comprenne un col à presque 5000m sur une route en mauvais état. Sommes-nous masochistes ? fous ? inconscients ? L’avenir nous le dira. Ce qu’ils nous ont promis, paysages grandioses et routes peu fréquentées, nous a séduits.
Nous voulons partir assez tôt, car il y a encore pas mal de cols sur la route. Mais la « crêpes party » au réchaud d’hier soir s’est révélée un petit fiasco, et on ne s’est donc pas couché tôt. On décolle aux alentours de 9h30.
Le temps est plutôt beau aujourd’hui, on est contents de pédaler de nouveau, et même si ça commence à monter doucement, on ne le sent pas trop. Les grandes étendues vertes entourées de montagnes au blanc sommet nous ravissent l’oeil, et la matinée passe très vite. C’est sympa de se retrouver à plusieurs, même si « les Pierre qui roulent », comme nos compagnons se surnomment, sont plus rapides avec leurs grands vélos. Aux alentours de midi, le temps se couvre et on essuie de petites averses. On est abrité dans la tente d’un épicier à l’allure noble et fière. Ses amis font les malins en déclamant des « I love you » aux filles. On trouve vraiment les tibétains très beaux, avec leurs habits traditionnels adaptés au rude climat de leur région : grosses vestes chaudes à longues manches, bottes et chapeaux. Ils semblent tout droit sortis du passé. Après une petite bosse, on déboule dans une plaine magnifique. L’herbe y est verdoyante, une rivière trace ses méandres au milieu, les montagnes qui l’entourent semblent la préserver des méfaits du progrès souvent visible en Chine. Les sommets enneigés sont annonciateurs des paysages pour les jours suivants. Les marmottes gambadent ici avec les yaks. On attaque ensuite le col du jour, pendant lequel une averse nous tombe dessus et nous rappelle que la météo n’est jamais très fiable par ici (un tibétain vient de nous dire qu’il ne pleuvra pas). Alors qu’elle semble s’éloigner, la nature se donne en spectacle et fait apparaitre le plus beau double arc-en-ciel qu’il nous ait été donné de voir. On descend de selle et s’offre quelques minutes de contemplation.

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Litang-DegeSur la route, nous croisons des cyclos Chinois qui vont à Lhassa. En 25 jours depuis Chengdu, c’est la règle a priori, comme ils le marquent sur leurs sacoches

Litang-DegeLes grandes étendues vertes caractéristiques du plateau

Litang-DegeEtre avec des copains, c’est pratique pour les photos à deux sur les vélos 😉

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Litang-DegeLa nature se donne en spectacle comme rarement !

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Ce soir-là, on ne trouve pas beaucoup d’emplacements plats et on décide de demander à une famille de bergers si on peut camper sur leur terrain. Ils acceptent sans problème, et c’est alors l’occasion d’échanger un peu, surtout avec les fils les plus âgés. Marie-Line et Jérémy vont se reconvertir dans la fabrication de fromages à leur retour, et sont particulièrement intéressés par les techniques d’élevage, de récolte et de transformation du lait chez les différentes populations tout au long de leur trajet. Ici, il y a un très gros troupeau de yaks, c’est impressionnant de s’installer juste à côté d’eux. On a l’impression qu’ils les attachent pour la nuit, mais on n’a pas trop compris si toutes les bêtes ou seules les femelles étaient attachées. Leur maison, qui semble bien douillette de l’extérieur, ne l’est pas tant : seulement quelques tapis et coussins, et un poêle auprès duquel, emmailloté dans une couverture, est allongé… un bébé yak ! 🙂

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Le lendemain matin, on loupe la traite mais on assiste au ramassage des bouses par les filles qui les attrapent à l’aide d’une tige de fer équipée d’un crochet et les font habilement tomber dans leur sac à dos-panier. Après quelques photos et remerciements, on se met en route et on parcourt assez vite les 13 km qui nous séparent de Qudeng, toujours sur cette route mignonne. Le soleil est sorti et on a même chaud. Dans ce petit bourg, on met les tentes à sécher sur un muret pendant qu’on fait quelques courses. Enfin… Marie-Line et Jérémy, parce que nous, nous avons dans nos sacoches de la nourriture pour 5-6 jours, de peur de ne pas en trouver sur la route, ce qui les fait bien rire ! On se fait alors aborder par un moine qui nous entraine avec lui dans le champ d’à côté. Des tentes y sont dressées, qui abritent d’autres moines, à genou sur des tapis, en train de dessiner des motifs à la poudre sur des sortes de plateaux. Mandalas et entrelacs colorés à l’aide de pigments fabriqués par leurs soins seront ensuite imprimés sur des tissus. C’est inattendu, et très joli !
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On repart guillerets, sous le soleil. Très vite, la route devient une piste. Beaucoup moins roulant, mais beaucoup plus beau, d’après Jérémy. Nous, à vélo, on aime bien l’asphalte quand même. C’est vrai que le paysage est sublime : vallée aux verts pâturages parsemés de troupeaux de yaks, collines aux dos bien ronds et montagnes aux sommets enneigés au fond. De l’écrire près de six mois après, on le revit les yeux brillants. On croise pas mal de tibétains à moto, qui nous gratifient à chaque fois de joyeux « Tachidélé », et nous demandent (en chinois) où nous allons. Bientôt, notre piste devient impraticable. On s’en écarte alors pour prendre un chemin qui la longe plus ou moins dans la prairie, où on a repéré des traces. Ça devient alors carrément idyllique, on se croit en rando à pied, en montagne. Que c’est grisant ! On apprécie tellement qu’on décide de s’arrêter pour le pique-nique ici, même s’il est encore tôt. On prend nos aises et on se paie le luxe d’un thé au biolite, alors qu’en général on ne le sort que le soir. Il faut quand même repartir. Il ne reste que 13 km avant le col, on est confiant. On croise parfois une ou deux tentes abritant une famille nomade, mais on est la plupart du temps les seuls humains dans cette immensité. On est si bien qu’on ne peut s’empêcher de s’arrêter à tout bout de champ, pour prendre une photo, une vidéo, ou tout simplement contempler. Des ennuis techniques (crevaison pour Jérémy, problèmes de porte-bagage pour Loris) nous imposent des pauses réparation, mais qu’importe, ce ne sont que des occasions de plus de s’arrêter. Cependant, la piste devient de plus en plus incertaine, et finalement disparait. On décide de prendre tout droit, dans ce qu’on imagine être la direction du col, mais on est gênés par des bosses et des trous d’eau un peu partout. On est obligés de continuer à pied pour les éviter. C’est vraiment galère, et on laisse les vélos un moment pour chercher le chemin. Qu’on retrouve, puis reperd. On progresse vraiment lentement, mais sans se démotiver, car le cadre est toujours fabuleux. Enfin, on atteint le col ! Ouf, c’était éprouvant, cette rando en poussant des vélos ! Après quelques mètres de descente cahoteuse, on se trouve un superbe emplacement un peu au dessus d’un rivière, à 4600 mètres d’altitude. La douche à la rivière est un peu fraiche. On cuisine de délicieuses nouilles aux légumes qu’on mange sous le ciel étoilé.

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Au réveil, surprise : la tente est sèche. Cool, pas besoin de s’arrêter pour la faire sécher à la première éclaircie ! Les jours suivants, le temps est ainsi : une succession de soleil, de nuages et de pluie, qu’on pourrait décliner selon toutes ses variations : ondées, bruine, averses,… Comme l’écrit si bien Floriane, qui l’a vécu avec sa petite famille sur les routes anglaises, c’est en étant dehors qu’on se rend le mieux compte de toutes les nuances du temps, et qu’on apprécie alors la moindre éclaircie, le plus petit changement, qui nous offrent des vues toujours différentes sur les paysages qui nous entourent.
A Yarchengar, un immense monastère d’abord clandestin, puis autorisé, a fait pousser une ville au milieu des montagnes. Elle est peuplée à 90% de nonnes et de moines, vivant dans de minuscules cahutes de part et d’autre de la rivière. Des conditions de vie rudes, à une telle altitude. Les baraques faites de bric et de broc ne disposent d’aucun espace sanitaire, et les seuls toilettes qui existent sont regroupées dans un bâtiment en béton dans lequel des petites cloisons séparent des trous qui donnent tous sur la même fausse. On a du mal à s’imaginer que ces gens puissent vivre ici toute l’année, mais c’est pourtant le cas. On les admire, mais ne les envie pas. Ici, on se fait héberger dans un hangar où des gens vivent dans de petites loges sur les côtés. Au centre se trouve une rangée d’une dizaine de poêles. Ça nous intrigue, car l’espace étant presque complètement clos, s’ils sont utilisés, ça doit être irrespirable. On s’installe quand même, ils ne doivent pas être utilisés. Làs, à l’heure du diner, tous sont mis en route les uns après les autres, souvent avec du carton plastifié. Ce grand espace devient alors un immense fumoir, dont nous sommes les jambons… Du coup, le lendemain, malgré la pluie battante, on ne s’imagine pas rester ici, et on se met en route sous les regards incrédules de nos colocataires. Ils nous remplissent les thermos d’eau chaude et insistent pour qu’on mange de leur « tsampa », sorte de bouillie d’orge, qui ressemble beaucoup aux flocons d’avoine qu’on se prépare tous les matins. Finalement, on a raison de s’entêter car la pluie ne dure pas – du moins, pas toute la journée – et on peut encore une fois profiter de quelques rayons de soleil. Un gros col nous attend encore, que l’on gravit sous une alternance de pluie et d’éclaircies. Jérémy, arrivé près d’une heure avant nous, a dressé une table dans la petite cabane qui se trouve au sommet, et l’on rit de ce décor de table d’hôte improvisé. Après une descente glaçante, on aimerait bien dormir au chaud et au sec, mais le village où on s’est arrêté n’a pas d’hôtel. Une voiture de flics stationne à son entrée. On décide alors de lui demander s’il n’y aurait pas moyen de dormir dans le commissariat tout neuf qui se dresse au bord de la route. Après un coup de téléphone à son supérieur, et non sans avoir contrôlé nos passeports (on commence à avoir l’habitude, c’est la 3ème fois qu’on se fait contrôler en 2 jours), il nous ouvre les lieux ! Youpi ! On cumule les hébergements insolites, ces temps ! Jérémy, en bon décorateur d’intérieur, aménage ce bâtiment froid en sympathique coloc’ avec salon-cuisine, garage et chambre à coucher. 🙂 Bon, il vaut mieux ne pas visiter toutes les pièces, car on risque de tomber sur des objets étranges, comme… un fauteuil d’interrogatoire avec lanières pour bras et jambes. Brrrr !

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Le lendemain, on a encore une longue descente jusqu’à la prochaine ville (Baiyu), et l’on parcourt donc 70 km dans la matinée. Pendant le repas, un moine vient nous parler et nous montre des photos du Dalai Lama sur son téléphone. Ce rebel a facebook et un VPN. Ayaaaah ! On comprend que les flics soient méfiants, par ici ! 😉 En réalité, c’est qu’on s’approche de plus en plus de la province autonome du Tibet (Xizang en chinois). Et que pour nous étranger, c’est strictement interdit d’y entrer sans permis spécial et guide. D’ailleurs, on arrive bientôt le long d’une rivière qui fait office de frontière entre le Sichuan (où nous sommes) et le Xizang. On est presque tentés de traverser un pont pour y mettre les pieds. Jusqu’à la ville de Dege, on longera ce fleuve, remontant sa vallée aux falaises escarpées. La végétation a changé, on trouve ici beaucoup plus d’arbres. On n’arrête pas de ce dire que c’est encore plus beau de l’autre côté du fleuve. L’attrait de l’interdit… Au poste frontière qui permet de rentrer au Tibet, on croise un backpacker chinois qui s’y rend et nous demande, comme nombre de ses concitoyens, si c’est également notre route. Ils nous énervent, à nous narguer comme ça ! Mais en réalité, même si ça nous fait envie maintenant qu’on est tout près, on est largement satisfaits de parcourir ce Tibet-ci, celui où l’on est à peu près libre d’aller où l’on veut sans être suivis partout (bien que l’on soit probablement suivi à la trace grâces aux fréquents contrôles). Et on a entendu dire que la province autonome a tellement été colonisée par les chinois Han qu’elle est aujourd’hui beaucoup moins authentique que la région historique du Kham où l’on est.

Les contrôles, malgré la sympathie de la plupart des flics, sont parfois bien agaçants. Comme ce jour où, à la sortie d’un village, le téléphone de Loris bippe et nous fait repérer par un agent qui devait roupiller à moitié. Il nous somme alors de nous arrêter et veut, comme d’hab, prendre en photo nos passeports. Sauf qu’il n’a plus de batterie sur son téléphone. Son collègue non plus. Et il n’y a pas d’électricité aujourd’hui (malgré les deux lignes haute tension qui passent dans la vallée…). Bon, ben, c’est pas grave, les gars, vous avez qu’à recopier les infos importantes et nous laisser partir, non? (Il est midi passé, on a super faim, et on aimerait bien profiter de la fenêtre de soleil pour faire sécher la tente.) Ben non, ils veulent ABSOLUMENT prendre cette foutue photo. Donc ils vont chercher une voiture qu’ils démarrent pour charger le portable. Bien sûr, la batterie étant bien à plat, ça prend des plombes. Grrrr ! Heureusement, la fenêtre de soleil est plutôt large ce jour-là, et on peut donc prendre notre pique-nique au chaud.

https//flic.kr/p/VZAWLv
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En face, le Tibet « interdit » !
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Dege, son monastère, son imprimerie et sa gastronomie

A Dege, difficile de trouver un hôtel dans nos prix (habituellement, en Chine, on arrive à se loger pour 70-80 yuans pour 2, c’est-à-dire 10€). Il faut dire que la ville est classée car possède une des 3 dernières imprimeries de textes sacrés tibétains, et qu’elle se situe juste avant la fameuse entrée sur la province autonome du Tibet (là où on est passé hier). Il y a donc plein d’hôtels très au dessus de notre budget. Après s’être fait aidé par un local pour en dégoter un correct, on va manger dans un resto à l’ambiance tradi où l’on déguste un plat bien du coin, et bien rassasiant, après une journée de vélo : une sorte de miche de pain fourrée aux patates et aux champignons (ou à la viande pour les copains).

Le lendemain, c’est journée de repos et de visite de cette « cultural town », comme la présentent les panneaux touristiques. La principale attraction de la ville, qui est célèbre dans le monde entier tout le Tibet pour cela, c’est son imprimerie. Un ancien temple du XVIème siècle reconverti dans l’impression des mantras. A l’intérieur, des milliers, des dizaines de milliers même, de tablettes en bois gravées de prières, rangées et classées sur des étagères. Comme le bâtiment en lui même, qui est sacré (et dont on fait donc trois fois le tour dans le bon sens), les tablettes sont « vénérées » par les fidèles qui les touchent toutes en passant, lustrant ainsi les manches en bois. Ce qui est bien ici, c’est que le temple est ancien et donc plus joli (avec moins de béton et de plâtre) que les nombreux temples récents que nous avons vus jusque là. Les sols sont de beaux parquets en bois, on y navigue entre les étages par de grinçantes échelles. On s’y croirait. Au deuxième étage, des gens à la dextérité impressionnante s’activent à tout vitesse pour imprimer un maximum de prières. Ils sont deux par poste. L’un enlève l’ancienne prière, l’autre trempe le pinceau dans l’encre. Puis l’un attrape le nouveau papier vierge, l’autre enduit la tablette d’encre. L’un maintient le papier, l’autre appuie dessus pour bien imprimer. Le tout en à peine 5 secondes. Et on recommence. A faire passer les ouvriers des usines Ford de la belle époque pour des amateurs ;). Depuis le toit, la vue sur la vieille ville est parfaite. On peut admirer les maisons en rondins, peintes en bordeau, comme toute la ville. On se fait cependant vite chasser, car c’est l’heure de la pause méridienne. Il faut pointer, on déconne pas avec les heures sup’.

On se dirige ensuite vers le « vrai temple » de la ville. Carré, blanc, imposant. Classique! A l’intérieur c’est l’heure de « la messe » (comment on dit en bouddhisme ? ^^) pour les moines. Ils sont environ 150, assis en tailleur, à psalmodier et faire du bruit avec tout un tas d’instruments étranges. Ambiance mystérieuse. On profite à fond de ces moments qu’on ne revivra sans doute jamais. Nous partons ensuite pour quelques foulées dans la vieille ville où l’on tombe sur un autre temple, tout petit mais charmant, où l’officine est cette fois tout juste terminé. Alors qu’un des moine range son « coquillage flûte », il est attiré par notre entrée et viens nous parler. Il est très intrigué la barbe de Loris et va même jusqu’à la lui caresser tellement il trouve cela étrange !

Nous ne sommes pas déçus de cette halte dans cette petite ville charmante, et, reposés, nous pouvons repartir pour finir notre traversée du Tibet.

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L’ascension de Chola Pass

Nous repartons sans nos copains, qui décident de se reposer une journée de plus à Dege. Une montagne nous attend, au sens propre, comme au figuré : sur notre route se trouve le mont Chola, et le col qu’elle emprunte culmine à près de 5000m d’altitude. D’après les infos qu’on a glanées auprès des locaux, la route qui y monte est en très mauvais état. Ca nous stresse un peu (surtout Anabelle), mais on décide de prendre notre temps, et que ça le fera ! D’abord, il nous faut remonter une vallée, et la pente est très correcte. Nous passons dans des gorges surmontées par d’immenses falaises. Bonne nouvelle : les trois bosses ultra raides annoncées par le GPS n’existent pas, c’est simplement qu’il n’arrivait pas à se repérer dans ces gorges ! On vient de gagner au moins deux heures ! On croise des gens vêtus de gilets fluos chargés de balayer la route ! On se dit qu’il y a certes peu de chômage en Chine, mais il y a quand même des boulots bien inutiles. On attaque ensuite la route du col à proprement parler, et la pente se raidit, mais la route est toujours asphaltée, donc tout se passe bien. Après plusieurs longues épingles, elle se transforme alors en piste alors qu’un tunnel en construction permettra bientôt d’éviter cette dernière partie. On décide qu’on en a assez fait pour aujourd’hui et on bivouaque un peu en contrebas, dans un paysage grandiose que même les klaxons des camions qui avancent laborieusement dans le col ne peuvent gâcher.
Dege-Yushu
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Le lendemain, on entre dans le vif du sujet : 14 kilomètres de piste nous attendent pour atteindre notre objectif. Heureusement, la pente est régulière et pas trop raide, et la piste plutôt carrossable. Par contre, c’est vraiment étroit et vertigineux par endroits, et on comprend que les camions usent du klaxon. On n’aimerait pas être à leur place ! C’est fou de faire passer une route ici (pour les connaisseurs, imaginez le « pas du frou », sans asphalte, avec des semis remorques qui se croisent). Parfois, la montagne a été littéralement coupée pour la faire passer. Nous croisons de temps en temps des voitures dont les occupants, impressionnés de nous trouver ici, nous félicitent et offrent même à Loris de multiples victuailles (une canette de Red Bull, une bouteille d’eau et un sachet de 32 barres de céréales !). Le temps se maintient mais reste nuageux. Pas top pour les photos (ce qui n’empêche pas Lolo d’en faire toutes les 30 secondes), mais impressionnant pour les yeux. Au sommet, on est un peu tout foufous d’être là, d’y être arrivés, 4910 mètres quand même! On n’est pas peu fiers. Le temps nous rappelle à la réalité : il se met à grêler. Mais heureusement, il change très vite par ici, et un grand trou de ciel bleu s’ouvre quelques secondes plus tard et nous fait découvrir un paysage grandiose ! Les pics enneigés et les falaises découpées se succèdent. Une montagne plus grosse que les autres, et moins taillée à la hâche, plus ronde, qui supporte un énorme glacier dont on peut voir les cassures, est renommée par nos soins « le Mont Blanc ». 🙂 C’est dans ce décor somptueux que nous prenons notre pique-nique !
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C’est ensuite l’heure de la descente, d’abord sur piste, et il faut rester vigilant malgré la vue qui happe nos regards enchantés. Chaque virage apporte une nouvelle vue, toujours différente, toujours aussi sublime. Au bout d’une vingtaine de kilomètres, on retrouve la route, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Le chemin, ça casse un peu. On débouche ensuite sur un lac dans lequel viennent se jeter d’imposantes montagnes, toutes de gris et de blanc vêtues. On aimerait bien aller camper par là-bas, mais c’était sans compter sur la machine économique chinoise, qui privatise le moindre site naturel (même perdu) et rend son accès payant. On hallucine de devoir payer pour poser notre tente sur un bout de prairie, parce que la business team de Xi Jinping a décidé qu’elle pourrait profiter de ce soin paradisiaque pour grapiller quelques yuans. On repart donc un peu saoulés, mais ravis quand même de rouler dans ce cadre magnifique. On se posera quelques kilomètres plus loin, au bord d’une rivière. Pas mal non plus.
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Les jours suivants, pluie, nuages, et éclaircies se succèdent. On râle un peu quand il pleut, mais l’avantage, c’est qu’il y a toujours un moment dans la journée (plus ou moins long) où le soleil sort et où l’on peut alors se réchauffer. Un jour, notamment, on essuie une formidable averse dans une descente, on est alors glacé et on se réfugie dans une tente abandonnée pour s’abriter. Quelques minutes plus tard, ça se calme, le soleil sort, et l’on peut pique-niquer dehors et faire sécher toutes nos affaires.

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Il y a toujours des cols, toujours à plus de 4000m, mais on a passé le plus dur. Les suivants sont maintenant moins longs. Le paysage est encore magnifique, et bien sûr embelli quand le temps est dégagé. Dans les vallées, on longe des prairies remplies d’étranges petites souris aux oreilles rondes qui sont souvent au bord de la route et fuient vers leurs trous sur notre passage. On s’inquiète parfois de poser notre tente au milieu de leur territoire, mais elles ne s’approchent jamais de nous, grosses bêtes effrayantes. Les tibétains que l’on croise sont à la fois curieux et timides, pour certains, qui nous observent depuis leur moto en roulant à notre vitesse, sans nous parler. D’autres nous invitent à boire le thé, ou nous offrent des cadeaux en haut d’un col. On croise aussi un chinois en voiture, qui profite de sa semaine de vacances pour faire 3000 kilomètres dans son pays. Curieusement, au col, ce n’est pas la vue qu’il photographie, mais le panneau indiquant l’altitude !
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Tous les jours, on se demande si et quand Marie-Line et Jérémy vont nous rattraper. Ils sont plus rapides que nous, on s’attend donc à les revoir à tout moment. Et ça se produit un midi, alors qu’on est attablé au restaurant. Ils ont vu nos vélos au dehors et nous rejoignent. Joie de se revoir, et plaisir de se narrer nos péripéties respectuelles. Eux vont finalement faire un aller-retour express en France pour des raisons professionnelles et essaient de rejoindre Yushu le plus vite possible, en stop. Au cours du repas, des clients amusés par ces étrangers qui parlent aussi fort qu’eux (pour une fois !) viennent nous parler et nous expliquent en rigolant qu’ils trouvent que Loris, avec sa grosse barbe, ressemble à Karl Marx (« Makesi » en chinois). On se marre (même si il aurait préféré Boukanine ou Proudhon ;)).
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« Coucou les copains, profitez bien de votre taxi *** »

Cet après-midi est dantesque. Après un petit col, gravi sous le soleil, on a la désagréable surprise de voir que le ciel est tout sombre, pile dans la direction dans laquelle on va. On se lance malgré tout dans la descente, mais arrivé sur le « plat », on hésite à continuer : ça sent vraiment l’orage, là-bas ! En même temps, on se dit qu’il faut bien avancer, et que même si on plante la tente par ici, il y a peu de chance que le mauvais temps n’arrive pas jusqu’à nous. On continue donc, contre toute logique. C’est de plus en plus noir, au fond, et de plus en plus près de nous. Anabelle peine à avancer, car elle a l’impression d’aller se jeter dans la gueule du loup. On voit une ville au loin, à 5-6 kilomètres peut-être, et on espère l’atteindre pour aller se mettre à l’abri. Hélas, le vent est maintenant de face, et d’une violence incroyable. On n’avance pas. A la première goutte, on s’arrête pour s’équiper, et ranger toutes nos affaires qui séchaient sur les sacoches. Mais voilà qu’une énième bourrasque nous apporte une tempête de grêle comme on en n’a rarement – voire jamais – vue. Des grêlons d’un centimètre de diamètre s’abattent sur nous et nos canassons. On n’a pas le temps de finir de ranger, il nous faut nous mettre à l’abri. Loris crie : « Mets-toi en boule derrière ton vélo »; et nous voilà tous deux accroupis à deux mètres l’un de l’autre sans pouvoir se voir ou se parler, essayant d’exposer le moins possible notre corps à cette pluie de cailloux qui tape sans répit. A un moment, on est pris d’un fou-rire tant la situation est dingue, puis on se reconcentre sur l’essentiel : se protéger. Car si l’on relâche un peu notre attention et expose quelques centimètres carrés de peau, vlan ! On est frappé violemment par ces boules de glaces que le vent projette presque horizontalement. Heureusement qu’on a un casque ! Le sol est maintenant tout blanc, et ça ne s’arrête pas. On se demande si une voiture va finir par s’arrêter pour nous proposer un abri, mais le peu de gens qui passent continuent leur route. Il fait maintenant très froid : on est passé de 20 à 4 degrés en quelques minutes. Tout à coup, Lolo crie : « Anab, vient te mettre à l’abri ! ». Une voiture s’est arrêtée. On y monte en trombe ! Dedans, il faut chaud. Ouf ! On ne peut pas trop communiquer avec nos sauveurs (une famille tibétaine), mais on leur répète une dizaine de fois « merci ».

Quand ça se calme enfin, on sort et on se rend compte du carnage : les vélos sont tombés, Eclair est même au fond du fossé trois mètres plus bas, les sacoches sont tombées et les vêtements qu’on n’a pas eu le temps de ranger sont trempés. Nos sauveurs nous aident à les remettre debout puis nous quittent, et on se retrouve tous seuls sous la pluie et le vent.
Dege-Yushu
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Il nous faut alors tout notre courage pour nous remettre en selle et parcourir les derniers kilomètres qui nous séparent de la ville. L’épopée n’est pas terminée, car on a beau quadriller les rues, demander aux gens, ouvrir grands les yeux, impossible de trouver un hôtel. On nous en indique finalement un plus loin, après le grand monastère à la sortie de la ville. Cela semble être un complexe construit pour les touristes venus visiter la Chine au moment des JO de Pékin. Moderne, aguicheur… désert ! On essaie d’entrer, c’est ouvert, mais il n’y a pas un chat. Et pas d’électricité non plus. Bizarre. Après une interminable attente, on décide d’aller demander à des gens aux alentours si l’endroit est bien ouvert, et on nous assure que oui. Ben, oui, mais nous, on vous assure qu’il n’y a personne ! Finalement, un moine arrive du monastère d’à côté, et réveille un autre moine qui pionçait dans le bâtiment adjaçant ! C’est lui le gestionnaire, apparemment. Il nous montre les chambres, hors de prix et plutôt délabrées, et sans élec par dessus le marché (il semblerait que la coupure soit généralisée à toute la ville). Donc, pas moyen de se faire bouillir de l’eau pour se réchauffer. Dans ces conditions, on préfère notre tente, dont la propreté est moins douteuse, d’autant que la pluie s’est arrêtée. On se pose alors sur une colline qui domine le monastère et on a droit à la visite de moinillons, à cheval, curieux de ces cyclos qui campent alors qu’il y a un hôtel juste à côté. On se couche épuisés par les émotions de cette journée.
Dege-Yushu
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Le jour suivant, on passe un dernier col (qui marque la limite entre provinces du Sichuan et du Qinghai) puis on entame une longue descente qui nous emmène pour la première fois sous les 4000m depuis Dege. Le paysage change pas mal, il y a plus d’arbres. Plus de chiens en liberté aussi (au Sichuan, la législation devait les obliger à les attacher), et c’est un peu flippant, car leurs crocs semblent bien acérés. Heureusement qu’on descent ! On campe une nouvelle fois sous la pluie. Le climat tibétain commence vraiment à nous peser. Heureusement, le lendemain, on atteint Yushu ! Youhou !
Dege-Yushu
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C’est la fin de notre périple au Tibet. Au revoir grandes étendues, calme et montagnes majestueuses. Bonjour civilisation, bruit, et enseignes lumineuses. Qu’est-ce qu’on l’a aimé, et qu’est-ce qu’on est soulagés, aussi, de le quitter. On est impressionnés par la force de ces gens qui y vivent toute l’année, nous qui, en plein mois de juin, avons rarement quitté les vestes et les pantalons de pluie, avons plus souvent mis les doudounes que les lunettes de soleil. Mais on ne peut que comprendre leur attachement à cette terre magnifique, à la culture toujours mythique. On le quitte épuisés et heureux, toujours plus conscients de la chance qu’on a de vivre ses moments forts et enrichissants.


Pour la vidéo de ce bout de route c’est ici.

Quant aux photos, si vous en voulez encore plus c’est et .


6 réflexions sur “De Litang à Yushu, dans le Tibet jusqu’au cou !

  1. Coucou
    Quel bel article, ca n’a pas été facile cette traversée du Tibet.
    Quelle épreuve la grêle sans refuge!
    La photo des arcs en ciel est magnifique, presque irréelle, la montagne est comme sous une cloche de lumière.
    Nous attendons pour l’instant
    la traversée des pays en stan!
    Bisous

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  2. Super chouette ! Au début je me suis dit « ben ça ressemble à la chartreuse ! » et puis les photos de la fin me font plutôt penser aux hautes alpes!
    D’ailleurs niveaux routes vertigineuses on a trouvé mieux que le pas du frou : la route du col du galibier ! Flippant surtout quand tu es du coté du vide et que tu croises un car ! (bon je pense toute de même que ça vaut pas la piste tibétaine).
    Bisous les loulous.
    Ps: jspr que vous avez pas eu trop de bleus à cause des grêlons.

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  3. Merci pour ce super bel article qui nous fait voyager depuis notre salon. Je ne pense pas pouvoir un jour avoir la condition physique pour aller là où vous êtes, mais vous lire est déjà un vrai bonheur pour moi. Continuez bien votre route, je lirai la suite avec plaisir.

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