De Shangri-La à Litang, l’ascension du plateau

Nous vous invitons pour un petit voyage, en lettres et en images, au cœur du Tibet, du 28 mai au 12 juin:

La découverte des paysages et du climat tibétain

En effet, nous partons enfin pour le coeur du Tibet, que nous espérons moins édulcoré que ce que l’on a vu jusqu’à présent. Non sans une petite appréhension tout de même, car nous devrons franchir des cols longs et hauts, sur des revêtements parfois difficiles, parait-il. Jusqu’à plus de 4700m d’altitude, là où nous n’avons pour l’instant pas dépassé 3900m. Anabelle est un peu stressée par le mal de l’altitude, mais comme nous sommes depuis plusieurs jours à plus de 3000m et depuis plusieurs semaines à plus de 2000m, nous restons confiants.

DSC03704« Même pas peur ! » 😉

Après un passage rapide au marché pour compléter nos provisions (et pour que Lolo prenne des photos^^), nous sortons assez rapidement de la ville. Nous laissons derrière nous les épuisées gris de la ville moderne, qui laissent place aux grosses maisons blanches et carrées, d’abord assez denses, puis de plus en plus espacées, puis ensuite à des vallées, souvent pelées, seule l’herbe arrivant à pousser dans les conditions hostiles du coin. Les arbres n’étant pas aidés non plus dans leur tâche pour pousser, les nombreux troupeaux de yacks, moutons ou chevaux, ainsi que des cochons trop mignons (mais des gros froussards par contre), doivent se régaler des jeunes pousses. Parfois, quelques buissons viennent recouvrir un versant entier des collines arrondies qui forment les vallées par ici, et les colorent d’un vert plus sombre, mais aussi d’une multitude de tâches violettes ou roses grâce à leurs fleurs qui sortent en ce début de printemps. Loris les aime bien et passe du temps à les prendre en photo, même si la lumière engendrée par le ciel nuageux ne l’aide pas vraiment. Encore proche de la ville et des barrages qui permettent son alimentation électrique, une ou deux lignes ternissent le tableau de nos premiers coups de pédales dans cette région peu peuplée de la Chine.

IMG_20170606_181006Les poulains sont encore jeunes (et trop mignons)

DSC03718Les couleurs du printemps au Tibet ne se limitent, heureusement, pas à la grisaille

DSC03721Lolo trouve qu’ils ressemblent aux sangliers dans Astérix

DSC03713Dans la plaine proche de la ville

Partis un peu tard, nous n’avons pas le temps de finir le premier col. Cela nous sera bénéfique pour la suite car nous auront alors la possibilité de faire la plupart des cols importants sur deux jours: on les attaque dans l’après-midi et on les fini le lendemain matin. 🙂 Un peu plus technique pour trouver les coins de bivouac mais mieux pour les cuisses et très sympa le matin d’attaquer par de la montée quand il fait encore froid. En effet, le Tibet est un endroit un peu hostile pour le cyclo-voyageur… A priori, fin mai début juin, il fait souvent ce temps: un peu de pluie tous les jours, avec quelques jours où il pleut toute la journée… Heureusement, comme en Irlande, on a souvent droit à une petite éclaircie quotidienne, qui nous permet d’apercevoir l’astre céleste qui chauffe et surtout sèche notre tente, humide des rosées ou averses matinales. C’est lors d’une de ces pause séchage, le lendemain du départ, que nous repartons en oubliant notre footprint…
Le soir: « – euh Anabelle, tu n’as pas rangé le footprint à sa place habituelle?
– Je sais pas, c’est toi qui l’as rangé.
– Ah… C’est marrant, je n’arrive pas à me re-visualiser ce moment.
– …
– …
– Bon, on tire au sort pour redescendre les 10 bornes de col qu’on viens de monter ?
– Heu…Sinon c’est pas trop grave, on en a une autre de couverture de survie non ?
– Oui ! Faisons comme ça plutôt !  »
Bref, on a fait les boulets.

DSC03764T’es un champion, champion 😉

DSC03773Le symbole du Tibet : le yack !

DSC03760Les arbres poussent mieux à 3900 qu’à 3000

Les vallées et plaines du premier jour deviennent de plus en plus encaissées, les arbres semblent trouver un terrain plus propices à mesure que nous montons en altitude. Les terrains sont plus rocailleux. Le deuxième jour, nous découvrons une petite particularité que nous ont concoctée les ingénieurs chinois : le faux col ! En effet, quasiment à chaque fois qu’on pense arriver en haut, on se tape quelque kilomètres de descente avant de devoir remonter, parfois plus haut que la première fois. Anabelle, ses craintes effacées, est en grande forme pour ces premières ascensions mais elle fait croire à LoLo que c’est lui qui n’avance pas, cette farceuse. Il faut dire que dès qu’il s’arrête prendre une photo il se prend 100m dans la vue. Au sommet du col du deuxième jour, nous mangeons en haut. Et, nous le pensions ;). Dans le creux formé par le faux col, des yack paissent tranquillement. Quand on les aperçoit de loin, ils ressemblent à de gros blaireaux, avec leur poil blanc et noir. Tout au long de cette route fantastique, que chaque vallée est différente de la précédente. Les paysages changent tout le temps. L’architecture des villages aussi. Notre pique-nique terminé, et après avoir fini le vrai col, nous arrivons dans une vallée qui n’est pas sans rappeler les dolomites, avec de nombreuses pointes rocheuses surgissant au milieux des sapins qui forment maintenant une véritable foret. Une constante cependant parmi tout ses changements successifs : les yacks, toujours des yacks et encore des yacks. En divagation au bord de la route, ou bien souvent sur la route. Les premiers jours, nous croisons quelques rares hameaux, sans ravitaillement possible. Ils possèdent les mêmes maisons que dans les plaines de Shangri-La, mais celles-ci ont souvent une grande cour en plus, avec des portes et portails à l’architecture typiquement chinoise, et une grande véranda côté sud. Ces vérandas, immenses (hautes comme les maisons à un étage, et qui occupent toute la façade), permettent de capter et amplifier le pouvoir calorifique du moindre petit rayon de soleil venant taper dessus. Elles sont par contre bien moches.
.DSC03785À chaque vallée, les paysages changent

DSC03796Les nuages menaçants coiffent les pics rocheux qui surgissent de la forêt

DSC03822 Les maisons du coin, imposantes

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DSC03821Drapeaux et inscriptions, sur les falaises, nous accompagnent sur la route

Secousses et chantiers

Au début du 3ème jour, après une petite demi-heure de pédalage, alors que nous attaquons notre premier 4000m du voyage (et de notre vie en fait^^), nous foulons une piste qui va s’avérer éprouvante ! Des pierres dures et compactes constituent le revêtement très désagréable de nos prochains 70km. Vraiment pas très cool. En revanche, il présente un avantage, c’est que lorsqu’il pleut à verse, comme c’est le cas aujourd’hui, la route reste plutôt praticable. Malgré tout, plus l’on approche du sommet, plus c’est boueux. Les semi- remorques, qui empruntent aussi cette route, n’arrangent pas vraiment l’affaire. Le brouillard qui accompagne la pluie devient de plus en plus épais, la pluie redouble d’ intensité, le vent se lève. Nous sommes dégoulinants, on y voit goutte. Il commence à faire froid. Heureusement que la pente reste convenable, un gros avantage de la Chine. Les camions qui nous croisent nous permettent de savoir notre position l’un par rapport à l’autre, car ils ne peuvent s’empêcher de klaxonner (comme des bourrins) quand ils nous croisent (on essaye de trouver une utilité a cette pratique exaspérante ;)). Arrivés en haut, on se réfugie alors dans la cabane de l’antenne relais du col, un peu déçus de ne pas voir la vue du haut de nos 4338m… Nous restons cependant de bonne humeur et tournons une petite vidéo pendant le pique-nique express. Équipés pour le froid, on attaque la descente ! Ça secoue ! C’est ludique, comme se répète Ana, pour ne pas penser qu’elle est morte de trouille. On enchaine quelques montées et descentes, ce qui est éprouvant sur cette piste. Le temps se lève un peu, nous permettant d’être plus enthousiastes pour le bivouac du soir, car bien sûr, il n’y a aucune possibilité de se mettre au sec, le coin est vraiment paumé. On apprend à apprécier chaque petit moment où les nuages s’éclaircissent. On encourage fréquemment le soleil pour qu’il arrive à gagner cette lutte avec les nuages. Cela finit par payer car ça se découvre suffisamment pour qu’on aperçoive les montagnes. Au milieux des nuages bas, elles semblent flotter dans les airs. On trouve un coin fort sympathique dans un virage, avec presque pas de déchets (oui nous sommes bien toujours en Chine …), pour un bivouac à 4200 qui se passe très bien.

DSC03830Ça secoueuh ! Ça mouilleuh ! Mais on est contents quand même 🙂

DSC03842Des couleurs automnales s’invitent au printempsDSC03846… quand le soleil pointe le bout de son nez…

DSC03849… et nous permet de faire sécher la tente :)…

DSC03858… et d’admirer le paysage !

DSC03865On aurait été déçus de ne rien voir !

Le lendemain, on passe un petit col qui, comme tout les cols depuis Shangri-La, est plein de drapeaux de prières. Ici ils ont la particularité d’être tous jaunes contrairement à d’habitude où ils sont plutôt de toutes les couleurs. Puis nous attaquons la descente cahoteuse. Ça secoue, ça vibre, ça saute, ça choc. Ça fatigue. Une activité qu’on te recommande Manu, tu retrouveras les sensations que tu as en manipulant un marteau piqueur. Au détour d’un virage, nous apercevons un de nos premiers village réellement tibétain, niché dans la vallée, au creux des montagnes abruptes qui l’entourent. Une architecture qui semble différente des précédents villages vue d’ici, et qui a l’air joli. Les maisons sont moins imposantes. Nous arrivons en bas de nos 20km de descente exténués, éreintés par les cahots de la route, les bras et le dos endoloris (on recommande chaleureusement à tous les électeur du roi Manu Ier d’essayer, vraiment vous allez kiffer !). Nous sommes donc contents d’arriver sur l’asphalte. On espère alors se restaurer dans un boui-boui, car nous sommes dans le gros bled du coin et que nos réserves de pique-nique s’amenuisent. On nous indique des endroits contradictoires, certain nous assurant qu’ils y a un restaurant, d’autre catégoriques sur le fait qu’il n’y ait rien pour se restaurer. On fait alors le tour du village, ce qui nous fait re-grimper 3km et énerve Anabelle, et nous finissons finalement, un peu dégoutés, à la minuscule supérette au bord de la route principale, où nous étions arrivés, à manger des nouilles instantanées. Nous avons quand même profité de nos 6km de détour inutiles pour visiter ce village fort charmant. Les maisons sont toutes blanches, carrées ou rectangles, à un étage. Le toit est plat et sert de terrasse. Les fenêtres stylisées sont très colorées. Bleues, vertes, rouges, jaunes. Une sorte de trapèze noir est peinte sur le pourtour, ce qui fait encore mieux ressortir ces couleurs. Sur certains portails, on retrouve des faillances bien kitches. Parfois, elles représentent Mao ! Dans ces vallées, on trouve aussi beaucoup de drapeaux chinois, qui accompagnent les drapeaux de prières sur les toit des maisons. Indices laissant penser que sur ce territoire, beaucoup de tibétains semblent apprécier d’être Chinois.

DSC03878Aux cols, les drapeaux nous accueillent systématiquement

DSC0390020km de descente éprouvante, ça fatigue. Heureusement la vue sur les petits villages vaut le coup

DSC03892Les villages sont des ilots de verdure au milieu des montagnes, l’orge y pousse doucement

DSC03911Des stupas jaunes, ça change 😉

DSC03926On s’imagine au coin du poêle dans ces maisons douillettes

DSC03930Les couleurs, plus ou moins vives, ajoutent une note de gaité aux villages blancs et verts

DSC03936Le traditionnel moulin à prières

DSC03948Anabelle, en pleine observation de la partie de dominos des grand pères du village qui gardent leurs petits enfants

La route continue son chemin au fond de vallée, entourées de grandes montagnes. Celles-ci sont très sèches, caillouteuses et arides. Les villages ressortent tels des tâches blanches brillantes et vertes flamboyantes malgré l’absence de soleil. La route est maintenant goudronnée et beaucoup plus fréquentée. Notamment par des motos qui sont dans un pur style tibétain. Leurs passagers nous font beaucoup rire avec leur musique à fond. Quand on nous croise on nous salut enfin en tibétain ! Ça y est, nous y sommes, ça respire le Tibet ici, la culture tibétaine est clairement dominante. Nous sommes ravis. Les travaux sur la route nous rappellent cependant que nous sommes toujours en Chine ici. Nous passons la seule ville du trajet, sans nous arrêter, confiant pour trouver un coin de bivouac plus loin. La pluie arrive cependant. Les chien errants et l’urbanisation importante nous poussent à demander l’hospitalité chez un habitant. Nous voulons planter notre tente dans sa cour mais il insiste pour qu’on dorme dans la maison, ce que nous acceptons volontiers. Ces maisons, qui ont l’air vachement cosy de l’extérieur, doivent être chaleureuse à l’intérieur ! Et bien, en fait, pas du tout… Très austère, aucun confort… On est un peu déçus, mais bien contents d’y passer la nuit au sec. On comprend qu’en plus de petit épicerie, notre hôte fait aussi gérant de « casino » quand il nous emmène à l’étage, dans une pièce qui sert de salle de jeux de mahjong, ou dominos, et qui pue la clope. C’est là que nous dormirons. On monte la tente quand même pour éviter de toucher le sol de la pièce avec nos affaires ^^.

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DSC03934Alors pour votre portail, je peux vous proposer des fleurs, des oiseaux, des fontaines ou… Mao !

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Le lendemain, on attaque le plus haut col de cette partie ! 40 km de route qui doivent nous monter jusqu’à 4700m d’altitude ! (Après 30km de faux plat montant) On est confiant jusqu’au moment où l’on tombe sur notre première ficelle tendue au milieu de la route. Késako ? Pourquoi on peut pas passer ? « C’est les travaux » nous répond-on (enfin répond-on à Anabelle plutôt), il y en a pour 30 minutes. Argh, ça nous coupe un peu dans notre élan. Puis, plus on avance, plus c’est la galère. En effet le terme déplacer des montagnes n’est pas galvaudé en Chine. On ne fait pas les choses à moitié ici. Quand on refait une route, on le fait d’un coup. Des chantiers tout les 2-3 kilomètres, sur 60 ou 70 km. Des milliers de personnes qui y travaillent. Ou qui naviguent entre les différents chantiers, au volant de leur pickups toujours roulant à fond les ballons et klaxonnant à tout va, ou de leur camion-benne afin de déplacer un bout de montagne d’un endroit à un autre. La route est défoncée, c’est l’horreur. Surtout après que des averses aient mouillé le sol qui devient alors parfois un mélange de boue et de goudron émietté, qui reste collé dans nos garde-boues. Lors d’un énième arrêt imposé par une ficelle, qui s’est tendue juste devant nous, alors que le bonhomme nous annonce 1h d’attente (!), Anabelle fait sa tête désespérée, au bord des larmes, lui demande de nous laisser passer car la nuit va arriver et que nous devons camper, et… Miracle ! Il nous laisse passer :). Il faut juste faire attention à la pelleteuse au milieu de la route qui arrache des pans de montagne pour les charger un camion qui ira les déverser dans le fleuve du bas, où il y a besoin de remblais. Un peu énervé, Loris s’égosille sur un pickup qui frôle Anabelle à quelques centimètres, à toute vitesse et en klaxonnant abondamment. Ces hurlements bestiaux, qu’ils ne comprennent pas, les font s’arrêter. Ils ne semblent pas comprendre ce qu’y s’est passé, ils ont l’air un peu penauds et perdus (bon, peut-être qu’ils pensaient avoir arraché un bras à LoLo au vue de la puissance sonore insoupçonnée qu’il a développée). Anabelle leur dit un petit « attention à la sécurité » et ils repartent tout doucement. Comme pour beaucoup de choses qui nous embêtent un peu avec les chinois, il faut comprendre qu’ils ne nous pourrissent pas la vie pour le plaisir, mais juste parce qu’ils ne voient pas où est le mal… On se répète peut-être, mais c’est probablement la culture la plus éloignée de la nôtre qu’on ait rencontrée au cours du voyage. D’ailleurs, nous n’en avons pas discuté avec ceux que l’on a croisés, mais pas sûr que les klaxons systématiques des chauffeurs ne dérangent les cyclos chinoisˆˆ.

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DSC04022Des petits ponts suspendus, que les yacks empruntent, mais que nos canassons ont un peu peur de franchir^^

On passe ensuite dans des gorges, encore une fois, vertigineuses. La diversité des paysages traversés est fascinante. Chaque vallée, chaque col est différent du précédent. Entre ça, les pistes rigolotes et les travaux, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Avec tout les contre-temps de la journée, impossible de finir le col. On fait 25 bornes et on s’en garde 15 pour démarrer le lendemain. On se dégote un petit coins de bivouac bien confort en bord de rivière.

Alors c’est ça qu’on appelle le plateau tibétain ?

Le lendemain on repart pour finir le col. Les travaux se font de plus en plus rares. Quelques petits chantiers seulement accompagnent le creusement du tunnel, qui évitera bientôt aux voitures et camions de passer par les derniers lacets au dessus de 4300 qui ne sont plus goudronnés. Loris oublie son appareil sur le banc d’un village lors d’une pause… Heureusement il s’en rend compte seulement 2km de montée plus loin. Cette fois-ci, pas le choix, un aller-retour s’impose. Quand on n’a pas de tête, on a des cuisses. Les derniers lacets sont éprouvants. Les motos ont maintenant rejoint les yacks sur et au bord des routes. Compagnons jadis fidèles, les chevaux ont maintenant été remplacés par les deux roues dans le coeur des tibétains. Ils y attachent un soin tout particulier. Elles sont souvent arnachées comme des chevaux, c’est à dire avec un tapis de selle et des franges. 🙂

DSC04113Le symbole du Tibet : le yack ! (ah bon, on vous l’a déjà dit ? 😉 )

DSC04108A partir de 4200m, plus d’arbres

Arrivés en haut, nous sommes épuisés. La fatigue accumulée les jours précédents se fait sentir. Les jambes sont lourdes des derniers kilomètres parcourus. Le souffle est un peu court mais nous respirons bien quand même. Le vent souffle fort. Les vélos ont du mal à tenir sur leur béquille. DSC04128Heureusement, nous avons de la chance, le ciel est bien dégagé. La vue est dantesque. Nous voyons à perte de vue des montagnes. Quasiment pas de neige cependant, alors que les sommets, guère plus hauts que nous, doivent dépasser les 5000m. C’est vaste. Sec et caillouteux. Une sensation de plénitude nous envahi. On se sent peu de chose face à cette immensité. La satisfaction d’être arrivés en vélo décuple notre plaisir d’être là, à contempler ce paysage hors du commun. Serait-ce cela que nous appelons le plateau tibétain?

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DSC04132Nous sommes bien

DSC04131La vraie photo (nous sommes en Chine, même les lieux les plus isolés sont pollués par le plastique)

DSC04139On redescend. Comment ça ? C’est pas plat le plateau ?

DSC04153Le pique-nique va faire du bien 😉

Après la pause photos, nous repartons vite car le vent, froid et piquant, nous somme de quitter les lieux. On prend le pique-nique un peu plus bas. Nous devons ensuite redescendre dans une vallée. Comment ça, le plateau n’est pas plat ? Nous arrivons dans un petit village où les pierres ont remplacé la terre pour construire les maisons. Plus de blanc, mais du rose/saumon. Une architecture, encore une fois, qui change en fonction des matériaux disponibles sur place. On assiste à la sortie des classes, où tous les écoliers (en uniforme jogging) se ruent sur les deux épiceries du bled, afin d’acheter des glaces. L’alimentation chinoise qui n’utilisait quasiment pas de sucre jusqu’à il y a peu, se laisse maintenant envahir par cette drogue mondiale. On se laisse tenter comme eux, on y a bien droit après tous ces efforts ˆˆ. Et puis disons que c’est la seule chose que l’on trouve dans ces magasins. Pas de vrai ravitaillement en effet. Les légumes sont rares dans cette partie du monde. Après quelques kilomètres et un stop dans une station service, où nous faisons une petite lessive et remplissons nos gourdes, on se trouve un coin de bivouac idyllique, en bord de rivière. Loris en profite pour une petite baignade, plutôt revigorante.

DSC04172Changement de vallée, changement de style architectural

DSC04174Toujours très coloré

DSC04181Les bivouacs au Tibet, le rêve !

DSC04192Avec cryothérapie offerte 😉

Nous traversons ensuite des champs de pierres. Des cailloux de tous les styles : ronds, carrés, piquants, lisses, sont comme plantés dans de grandes prairies herbeuses. On croise un panneau (à côté duquel ils sont en train de construire d’immenses faux rochers en béton) qui nous indique que c’est le plus grand plateau de pierres du monde. A ben c’est cool, merci pour cette information capitale ;). L’endroit doit souvent être balayé par les vents. Nous l’avons dans le museau, ce qui nous ralentit. Et puis, ce n’est toujours pas plat. Après la prairie qui n’était qu’un long faux plat montant, nous enchainons les cols. Les touristes chinois en gros pick-ups blancs se font plus nombreux. Venant face à nous, ils n’hésitent pas à doubler même si nous sommes là, en ayant le culot de nous klaxonner pour qu’on se foute dans le fossé. Loris fait de la résistance et les oblige à ralentir, cette chose à laquelle ils n’avaient jamais pensé. Quand on les croise à pied, comme au col des oreilles de lapins, nous ne leur accordons pas toujours l’accueil qu’ils espèrent quand ils se jettent sur nous pour faire des selfies (parfois sans nous demander). Mais bon, ils sont toujours très généreux ! Ils proposent systématiquement des cigarettes à Loris (pas à Anabelle, faut pas déconner une fille qui fume c’est pas très distingué quand même), donc on leur en veut pas ;).

DSC04242Un grand champs de pierres

DSC04262« Le plus grand au monde » on vous a dit !

DSC04265Après déblayage

DSC04267Et avant déblayage (il s’agit d’une des inombrables bouteilles d’oxygène, inutiles, jetées un peu partout après usage…)

DSC04272Attention : yacks en divagation

DSC04288C’était pas des conneries !

DSC04286Les nomades sont en tente ici, trop humide pour des yourtes !

DSC04312La montagne des oreils de lapins. Vous ne les voyez pas, tout au fond, cherchez bien. Impressionnant, non ? 😉

DSC04311The green cavalier ! La claaaasse ! 😀

Nous débarquons ensuite dans une plaine magnifique, pour un bivouac de rêve :

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Et puis c’est l’arrivée à Litang. Enfin, non sans avoir monté un dernier petit col, que nous finissons sous la neige. Heureusement, alors qu’ils avaient d’abord été un peu rustres avec nous, les gens du petit boui-boui qui s’y trouve nous autorisent à pique-niquer à l’intérieur. La cuistot qui vient discuter avec nous (enfin comme d’habitude, avec Anabelle ;)) nous dit que nous, les « faguoren », nous sommes grands ! Anabelle rigole et, sûr d’elle, répond : « Non ! Pas plus que vous. » Et pour illustrer ses dires elle se lève… Et dépasse de bien 25cm la dame ! :D. « Ok, on est vachement grand en fait « . On rigole bien. Et on se dit que ces gens ont vraiment un bon fond. Même si de prime abord ils peuvent paraître rustres ou grossiers, c’est juste que la politesse et le savoir-vivre sont des concepts absents de leur culture.

Après 8 jours un peu coupés de ravitaillements et autres conforts de la civilisation, durs donc, bien que nous les ayons beaucoup appréciés, nous sommes contents de retrouver une ville. Surtout qu’il s’agira de notre première « vraie » ville tibétaine !

Litang-Leshan-Litang

À Litang, on se trouve un hôtel rapidement. Chouette! On va pouvoir se mettre au chaud, recharger tout nos appareils, faire une lessive, consulter internet que nous n’avions pas pendant ces 8 jours, prendre une douche bien chaude. Sauf qu’une fois qu’on a investi notre chambre, on s’aperçoit qu’il n’y a pas l’électricité… Rien de tout ce qu’on a prévu ne sera donc possible avant 20h, quand ils branchront un générateur. Zut alors ! A priori ces coupures sont très fréquentes ici, et durent un à trois jours. C’est le deuxième… Espérons que cela revienne demain car nous avons prévu une journée de repos.

On en profite donc pour aller visiter la ville car nous avons le temps, le soleil se couche tard et nous sommes arrivés tôt. On parcourt d’abord la grande avenue de la toute petite ville (presque un village pour la Chine). Récente. Les immeubles, de deux étages au maximum, respectent encore un fois l’architecture locale qui les précédait : murs au teintes roses, encadrement des fenêtres rouge, blanc et noir, frise plus sombre en haut du mur et une petite tour à chaque coin du toit plat, avec un drapeau planté dessus. C’est plutôt réussi, et louable de la part des urbanistes chinois. La rue est très animée et vivante. C’est ce qui fait tout le charme de cette ville. Contrairement à Shangri-La, elle est peuplée de vrais gens qui y vivent normalement :). Et en plus ils sont adorables. La majorité des habitants de Litang sont tibétains. C’est une ambiance très différente des villes que nous avons traversées jusqu’à présent. Les tibétains nous abordent fréquemment dans la rue. Ils sont très curieux et ne manquent pas d’humour. En témoigne ce monsieur qui nous dit, alors qu’on déambule sur l’avenue, qu’Anabelle est très jolie, mais que Loris devrait franchement se raser parceque là, il est moche! On se connait depuis cinq secondes mais je le prends bien quand même ;). Les dames portent une grande jupe, parfois une espèce de tablier blanc, ainsi que la coiffe rouge traditionnelle du Tibet. Les hommes, quant à eux, portent une grande veste longue qui arrive à mi-cuisse, bien rembourrée, avec de grandes manches (qui peuvent être jusqu’à 2 fois plus longues que les bras du porteur !), ainsi que l’indispensable chapeau. Ces yackboys modernes ne se séparent jamais de leur monture motorisée. Une ambiance un peu magique règne ici. Comme si nous avions remonté le temps. Beaucoups sont marqués par la vie, qui reste plutôt rude (neige le 4 juin tout de même). Ils ont les joues rougies par le soleil. Surtout les enfants, ce qui les rends trop mignons, et les vieilles dames. Les jeunes cependant sont plutôt en jean et baskets. On remonte la grande avenue, qui est jalonnée par les boutiques qui vendent, ici, de « vraies choses », utiles pour ces « vrais gens » donc. Elles sont toujours indiquées en chinois (en gros caractères), en tibétain (moyen caractères) et en anglais (dans des traductions parfois hasardeuses). On y trouve des restaurants, des quincailleries pour les nombreux paysans et bergers, des pelles des pioches, des haches, des magasins de vêtements, des réparateurs de motos des boulangeries et… des magasins de beurre ! Beurre de yack bien entendu. La principale ressource du Tibet. La plupart des boutiques possèdent des groupes électrogènes qui bourdonnent dans la rue.

Litang-DegeUn petit peu de beurre ? 3-4 kilos? ^^ Et remarquez, pas besoin de frigo…

Litang-DegeCherchez l’intrus

Litang-DegeLe gang des chapeaux de paille

Litang-DegeLe gang des chapeaux de feutre. (En pleine négociation de « cordyceps », des champignons parasitaires de larves de papillons (glauque) qui ne poussent qu’au Tibet, et auraient des propriétés plus bénéfiques encore que le ginseng. Cela se revend à prix d’or)

Nous passons ensuite dans le vieux village, où les maisons qui remplacent les immeubles, bien rénovées, en pierres, avec enduit rose, sont jolies. Nous nous dirigeons vers la maison où est né le 7ème Dalaï lama et… Ça sent le fromage ! D’où cela peut-il bien venir ? Cela provient en fait d’une poudre qui se consume doucement devant la maison, dans une grande coupe. Ils aiment bien faire cramer des trucs, les bouddhistes tibétains. Des espèces d’autels sont dédiés à cela devant les temples ou les lieux sacrés. On entre dans la maison, qui est devenu un lieu de culte, où se déroule une cérémonie. À la porte, contre toute attente, une dame nous incite à prendre des photos, là où cela est plutôt interdit d’habitude. Làs pour vous, l’appareil n’a plus de batterie à cause du froid, des huit jours de vélo d’affilé et de la panne électrique de la ville. À l’intérieur, la pièce est remplie de fidèles. Au fond, des moines avec une grande coiffe jaune (un peu comme dans Tintin) récitent des prières. Le tout dans une pénombre presque oppressante.

Litang-DegeLa fameuse maison de naissance du 7ème Dalaï lama

Litang-DegeL’intérieur est un peu chargé ^^

Nous nous dirigeons ensuite vers le temple qui domine la ville. Sur la route, tout le monde nous lancent de joyeux « tachidélé ». Alors que nous montons les rues plutôt pentues, c’est l’heure de la rentrée des yacks, qui redescendent des pâturages dans les hauteurs. Ils envahissent les rues par dizaines, suivis de leur bergers. On rentre dans le monastère par une porte dérobée, et nous sommes directement en haut. La vue est sublime ! Dans le bâtiment, une image du 14ème Dalaï Lama, pourtant strictement interdite en Chine, trône sur une estrade, derrière un immense parquet entouré, semble-t-il des chambres des moines. La ville est très fervente. C’est d’ailleurs d’ici qu’étaient parties les contestations qui ont ensuite entrainé l’exil du gouvernement tibétain en Inde en 1959. Ce monastère a failli être rasé plusieurs fois mais est toujours là, et même en extension si l’on en croit les travaux alentours. Nous retrouverons des images du Dalaï Lama un peu partout en ville. On ressort en bas du temple. On contourne alors un grand tas de mantras (prières) gravées sur des pierres, dans le bon sens (celui des aiguilles d’une montre), sinon gare à la guigne comme celle qu’avait attrapé le capitaine Haddock, qui s’était trompé de sens. Quand la nuit tombe, nous trouvons un petit restaurant tibétain, où nous pouvons manger des momos à la patate. Enfin ! Ces raviolis typiques tibétains, à la viande de Yack où à la patate, on les cherche depuis longtemps. Ils ressemblent en fait plus à des petits pains fourrés à la purée et croustillant à souhait. Miam. On en profite aussi pour tester le fameux thé au beurre de yack. Une carafe pour deux. En fait, cela à très peu le goût de thé et beaucoup le goût de beurre et lait de yack… Anabelle n’aime pas trop, ce qui oblige Loris à finir la théière. « Après 5 mois d’abstinence on ne va tout de même pas gâcher du beurre ! ». La nuit lui montrera que les produits laitiers ne sont pas vraiment digestes… Ni bons pour la santé ?

IMG_20170604_181847Les yacks (principal symb…) redescendent des pâturages dans les rues du village

DSC04368La vue depuis le haut du temple est splendide

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Les photos du Dalaï Lama, officieusement acceptées, en échange de l’arrêt des revendications d’autonomie ?

DSC04390Le monastère et ses temples multicolores sont immenses

Le lendemain : grasse matinée et rattrapage de blog, d’écriture de carnet, etc. Et alors que nous partons visiter le temple blanc, nous sommes interpelés par un couple de cyclos francais qui viennent d’arriver. On discute un peu puis on décide de manger ensemble le soir. Le temple blanc est très vivant. Différent des monastères qu’on a visités jusqu’à maintenant. Les fidèles prient et tournent. Tournent. Tournent. Et font tourner. A l’intérieur du temple, un gros moulin à prière et plein de petits, tout autour, qu’il faut faire tourner, tout en faisant le tour du temple, donc. Trois fois pour chaque opération ! C’est que c’est physique d’être bouddhiste ! Certains font aussi tourner leur collier à prière dans leur main libre pendant qu’ils tournent eux-mêmes autour du temple en faisant tourner les moulins à prières (quand on vous dit que ça tourne c’est pas des conneries ;)). Quand on croise un photo du Dalaï lama, il faut joindre les mains et s’incliner 3 fois. Les gens nous invitent à pratiquer et sont très contents lorsque l’on accepte de les suivre. Devant le temple, des planches et des patins pour les mains sont présents. Certains se prosternent et se mettent à plat ventre sur la planche en se faisant glisser à l’aide des patins. On se dit que quand même, le bouddhisme tibétain, c’est marrant. D’un côté c’est très spirituel, mais de l’autre très terre à terre et « matériel » avec tout ces éléments qui envoient des prières dans le ciel.

Litang-DegeLes yackboys sont aussi au temple blanc

Le temple blanc, un lieu tournant:

Le soir, nous mangeons avec Marie-Line et Jérémy avec qui le courant passe tout de suite bien. Ils cherchent à s’installer pour faire du fromage de brebis, et sont sur un coup pour aller à Entremont-le-vieux, en Chartreuse. Un lieu qui nous rappelle des souvenirs ;). Le lendemain nous partons tous les quatre en bus pour aller faire renouveler notre visa.
Klaxon,clope,klaxon,crachat,klaxon,pique-nique,klaxooooooon,vomi,klaxon.

Litang-DegeUne journée magnifique et ensoleillée, qu’on passe enfermés dans un bus…

Litang-DegeLa même photo, avec quelques mètres de recul en plus… O_O

Litang-DegeUne route magnifique ! Que l’on n’aurait pas aimé faire en vélo (contrairement aux dizaines de cyclos chinois, aperçus depuis le bus), tant le trafic y est dense

Litang-DegeArrivée à Chengdu, une des plus grandes villes de Chine, le choc !

Nous voilà arrivés à Chengdu après un peu plus de 12h de bus. Le changement avec le Tibet est énorme. La ville immense et tentaculaire parait cependant plutôt agréable. Mais nous n’y resterons pas car l’extension prend 7 jours ici, alors qu’elle prend 1 jour seulement à Leshan à 2h de bus d’ici. C’est donc là-bas que nous nous rendons, et où nous profitons entre deux visites aujourd’hui au PSB (police security bureau) pour nous reposer et manger des bons plats chinois. Nous n’avons même pas le courage d’aller voir le plus grand Bouddha assis du monde (primé pour ce titre après la destruction des bouddhas de Bamyian, en Afghanistan, par ces ignares de talibans). Deux jours plus tards, retour à Chengdu où l’on dévalise le super marché et trouve quelques trucs à Décathlon (qui est vraiment décevant par rapport à ce que l’on nous avait dit).

Litang-DegeMerci à l’équipe de choc du PSB de Leshan, l’administration la plus gentille et efficace de Chine 😉

Litang-DegeEt à Jérémy et Marie-Line qui ont rendu cette tâche administrative beaucoup plus fun que prévu 🙂

Le lendemain : klaxon,clope,klaxoon,crachat,klaxooon,pique-nique,klaxoooon,vomi,klaxooooooon.
Nous voilà de retour à Litang prêts à repartir pour un mois en Chine, dont 15 jours au Tibet que nous allons continuer à traverser, malgré les gros cols et le temps capricieux, tant nous l’apprécions.

Litang-DegeCa rentre tout dans les sacoches ! On est paré pour affronter la deuxième moitié du Tibet, plus paumée encore !

To be continued…


Si vous n’avez pas eu votre dose malgré les tonnes de photos qu’on vous à mis dans cet article, encore plus de clichés de ce premier bout de Tibet vous attendent sur notre album Flickr qui y est dédié.
Pour Litang en particulier, c’est ici.

Et la video associée à ce bout de route est LA.


4 réflexions sur “De Shangri-La à Litang, l’ascension du plateau

  1. Coucou les loulous….j ai rencontré mamie desroches qui s étonnait de mon silence…mais lorsqu’ on lit tout votre article il nous faut un petit moment….et on est .soit interrompu dans la lecture…soit après…. lorsqu’ on est prêt à laisser un commentaire…et lorsqu’ on y arrive enfin…le temps est passé et notre train train nous semble insignifiant fasse à tout ce que l on partage avec vous…donc on laisse tomber… mais on pense bien à vous….meme en grand décalage de temps…l Iran doit être pas mal aussi…donc ici nous rentrons doucement dans l automne avec un bel été indien jusqu a vendredi…nous avons changé d heure cette nuit…nous allons attendre tranquillement que les jours grandissent à nouveau.en continuant à lire vos aventures…..bisouu

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