Retour en Chine, de Dali à Lijiang : en route vers le Tibet

du 12 au 20 mai 2017

Le passage de la frontière de Boten (Laos) – Mohan (Chine) se passe comme sur des roulettes, à part la pluie qui nous surprend côté Laos alors qu’on plie le camp (posé à moins d’un kilomètre de la frontière). Heureusement, malgré sa violence, elle ne dure pas et une fois les formalités faites, nous ressortons du poste frontière sous le soleil et séchons rapidement. Nous sommes contents de retrouver la Chine quittée en ce même endroit cinq mois plus tôt, notamment pour sa cuisine exceptionnelle – même si la cuisine thaie la « challenge » (comme on dit, maintenant que la France est une star-up), et parce qu’Anabelle a hâte de parler à nouveau chinois ˆˆ. Nous prenons une série de bus et de train pour rejoindre Dali (dans le Nord de la province du Yunnan), d’où nous recommencerons à pédaler. Un trajet un peu éprouvant, surtout qu’à Kunming, on se trompe de gare et on fait 20 bornes de détour dans la ville pour rien. Heureusement, on en profite pour s’arrêter une nuit à Pu’er, ville célèbre dans toute la Chine et même au delà, car on produit dans ses environs une grande partie du thé chinois. Si vous êtes amateur, vous avez d’ailleurs peut-être déjà gouté du thé de Pu’er. On profite donc de cette escale pour refaire nos stocks de cette précieuse herbe, et pour un prix dérisoire.

En arrivant à Dali, Anabelle est malade. Elle a probablement mal digéré un des nombreux mantou ou baozi qu’on a achetés la veille, trop contents de retrouver ces snacks de rue un peu partout. Ou elle a pris froid en négociant sous une pluie battante le prix du transport des vélos de Kunming à Dali. En plus, pas moyen d’aller à l’hôtel maintenant, il nous faut attendre quelques heures que nos vélos arrivent. Loris mange tout seul sa soupe de nouilles typique du coin. De toute façon, Anabelle n’est pas fan. Les canassons récupérés, on traverse la ville moderne pour se rendre dans la vieille ville où se situe notre hôtel. Dali-sneyland (comme LoLo se plait à la renommer, très fier de lui) est une ville ultra touristique, située à 2000m d’altitude, au bord d’un grand lac et entourée de montagnes. Plus rien d’authentique car elle à été rénovée « à la chinoise », c’est à dire très subtilement, en rasant tout et en reconstruisant par dessus ! En essayant de reproduire le style ancien tout de même. On y croit pas franchement, mais les touristes chinois néo-bobos-écolos en raffolent. On les voit se promener en ponchos en laine colorés, des tresses de couleur accrochées dans les cheveux (on ne sait pas trop comment appeler ce truc qui était à la mode chez nous quand on était gamins, fait de fils enroulés autour d’une mèche de cheveux), au milieu des boutiques de bracelets en argent, devant lesquels les faux artisans tapent sur du métal pour faire plus authentique, de celles de tissus, foulards et ponchos, d’instruments de musique (notamment plein de djembés !) aux couleurs de la Jamaique. Mais attendez un peu, on a écrit « écolos » pour qualifier des chinois ?!? Oui, vous aussi ça a dû vous choquer. Le seul geste écolo de la ville c’est d’avoir des poubelles de tri (non feintes, comme à Pékin). Faut pas déconner quand même, en Chine, quand on est vraiment écolo, malgré la propagande et le greenwashing du gouvernement, on a toutes les chances de finir en prison.

De Mohan aux gorges du tigre
Les immanquables à Dali : la superbe vue sur le lac…
De Mohan aux gorges du tigre
…et sur les montagnes environnantes !
De Mohan aux gorges du tigre
De la nourriture montagnarde (ognons, champignons, patates) : parfait par ce temps
De Mohan aux gorges du tigre
Par contre, les patates cuites à la chinoises (presque crues), c’est moyen pour la digestion. Ils ont même un plat de patates crues râpées! Comme quoi, on n’a vraiment pas le même système digestif!
De Mohan aux gorges du tigre
La pluie en comble certains ! (Notez au passage l’uniforme survêtement pour toutes les écoles chinoises, héritage de l’ère maoïste)

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre
Pas mal, ce photographe ! Il arrive à faire croire qu’il fait soleil ! 😉
De Mohan aux gorges du tigre
Quand on vous dit que c’est branché : on trouve ici des oeuvres d’art affichant le nom de la plus belle ville du monde (selon certains)

En sortant de Dali, on fait plein de provisions au marché (peut-être le seul endroit encore authentique de la ville), que Loris apprécie tout particulièrement car il peut observer les gens. 🙂 Les clients ont tous leur panier-sac à dos tressé, beaucoup de dames ont des coiffes traditionnelles locales. Différentes coiffes cohabitent ici. Un stand attire beaucoup de monde : celui qui vend des fleurs et des bâtons de papier à brûler devant les hôtels (pour les défunts ? des dieux ?).

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre
Les scooters aussi ont leur petit ciré
De Mohan aux gorges du tigre
Il n’y a pas qu’en Asie du Sud Est qu’ils sont utilisés pour transporter environ 6 fois leur poids

QNotre route passe le long du lac, mais s’avère un peu décevante : la vue sur celui-là n’est pas toujours dégagée, et sans asphalte, en travaux parfois, suite à la pluie des ces derniers jours, c’est parfois très boueux. Un point d’intérêt cependant : les jeunes mariés qui font la queue pour se faire prendre en photo en des endroits stratégiques (au bord du lac, même si on ne le voit pas, au milieu des champs de fleurs, dans des fausses fermes reconstituées, au milieu de la route (WTF !)…). On croise aussi des touristes qui font le tour du lac dans des mini-voitures de location. Ils galèrent autant que nous dans la boue ! A midi, on a la surprise de découvrir que tous les restaurants sont fermés aujourd’hui, mais on n’a toujours pas élucidé pourquoi. Du coup, la gérante d’un hôtel à qui on a demandé de l’aide nous propose de nous faire à manger, et ne nous fait pas payer.

De Mohan aux gorges du tigre
Aaaah, la gadoue!
De Mohan aux gorges du tigre
Mais on ne perd pas notre bonne humeur

Dans la petite ville de Shaxi, où l’on arrive 2 jours plus tard, on a la chance d’assister encore au marché qui ne se tient que le vendredi. Il est immense et les gens semblent venus de tous les bleds alentours pour y faire leurs emplettes. Les tenues ici sont moins bariolées : chemise avec pull sans manche, pantalon avec tablier, et une casquette-béret sur la tête. Un style typiquement chinois. Tout le monde, en revanche, transporte ses courses dans la fameuse hotte en osier. Il y a un peu de street food, mais Anabelle, toujours malade, est écoeurée par tout ce qui fait chinois. Dommage, pour une fan de leur cuisine comme elle ! La vieille ville est ici moins reconstruite et semble plus « vraie ». Certes elle à été refaite en partie, et même agrandie, mais il faut reconnaître que cela a été plutôt bien fait. Du vieux avec du neuf, avec gout. Dingue ! 😉 La place du centre est très charmante, et on trouve même de vrais habitants en plein coeur du village. Les maisons ont un toit caractéristique sur lequel de l’herbe pousse parfois. On loge au coeur du village, dans une ancienne écurie (la chambre est un box à poneyˆˆ), et pour réconcilier l’estomac d’Anabelle avec la nourriture, on va manger des pates façon italienne ! Tellement bon qu’on s’y croirait (en Italie) :).

De Mohan aux gorges du tigre
Depuis la splendide route qui mène à Shaxi

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre
Le village de Shaxi, encore vivant et sympathique

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre

Tout le long de cette route jusqu’à Lijiang, on découvre une Chine qu’on ne connait pas encore, très différente de celle du Sud-Est du Yunnan où on était en décembre-janvier derniers. Ceci est probablement dû à l’époque de l’année, mais il y a beaucoup plus de gens dans les champs, qui travaillent sans relâche jusqu’au soir. On assiste notamment à des étapes de la culture du riz : labour, mais surtout repiquage. Cette tâche est surtout effectuée par les femmes, souvent penchées à 90° ou accroupies. Première étape : arracher les plants, dans les petites parcelles où le riz a poussé très serré, et les lier en petits fagots de 10 cm de diamètre environ. Deuxième étape : repiquer ces plants un à un dans de grands champs, plus espacés, bien alignés les uns à côté des autres. Pour cette étape, les paysans travaillent à plusieurs, en ligne, plantant tous en même temps et s’aidant d’une ficelle qu’ils déplacent en même temps qu’eux pour bien respecter l’alignement. Sacré travail ! Le soir, on voit souvent des paysans ramener leur bête à la maison, et on est surpris de constater que souvent, il n’y a qu’une vache par famille. Pas de troupeau ici. En montant, la végétation change : forêts des résineux, puis buissons, puis plus rien quand on est vraiment haut. Nos repères européens sont bousculés : ici, à 2700m, il y a encore des pins ! Ca sent le midi, ce qui ne nous déplait pas !

De Mohan aux gorges du tigre
« 1, 2, 3, on repique ! 1, 2,3, on repique !… »
De Mohan aux gorges du tigre
Les pouponnières pour jeunes plans de riz, tous serrés

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre
Des cactus à 1500m
De Mohan aux gorges du tigre
Des pins à 2000m, on est chamboulés

Nous sommes ravis d’être entourés de montagnes, et quand nous apercevons les premiers sommets enneigés, nous poussons des cris de joie. On ne vous raconte pas ce qu’il en est ensuite quand on découvre le Mont Enneigé du Dragon de Jade… Loris a le souffle coupé, et Ana lance des « Wahou ! » à n’en plus finir.

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre

Quant à la route… Sur cette portion, elle est tantôt en parfait état, tantôt en travaux, et complètement dévastée. Les chauffeurs ont le don de nous énerver car ils semblent penser qu’ils sont toujours prioritaires et que c’est à nous de nous pousser quand la partie située de leur côté est en plus mauvais état.

De Mohan aux gorges du tigre
Euh, c’est-à-dire, comment qu’on fait pour accéder à notre hôtel, là-bas?

Le soir, on se dégote des bivouacs bien sympas. C’est agréable de ne pas chercher pendant trop longtemps et d’avoir de l’herbe fraiche et même souvent une rivière à portée de tente. Une fois, cependant, on s’arrête fatigués de notre journée juste après un village, et on a droit à la visite du poivrot du coin, qui passe la soirée avec nous. Sympa au début, mais un peu pesant sur la fin, surtout quand il chasse les autres villageois qui veulent aussi venir nous voir… Il n’arrête pas de parler à Loris pendant qu’il fait à manger, le nommant « faguo pengyou » (ami français), sans se rendre compte qu’il ne comprend rien. Anabelle, qui monte le camp pendant ce temps, se marre bien.

De Mohan aux gorges du tigre
Là, on va etre pas mal

De Mohan aux gorges du tigre

A Lijiang, on n’ira pas dans la vieille ville, dont l’accès est payant (80 yuans quand même !). On se contente de se promener dans la rue de notre hôtel et de prendre en photo les enseignes des magasins, écrites en chinois et en.. naxi (un peuple vivant dans la région). Cette écriture constituée de pictogrammes plutôt explicites nous fait beaucoup rire, même si on ne sait pas trop si elle est encore utilisée pour de vrai, ou si c’est juste une des nombreuses techniques des chinois pour embobiner les touristes avec des trucs « pittoresques ».

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre

De Mohan aux gorges du tigre
Coucher de soleil sur Lijiang, devant le mont enneigé du dragon de jade

Ces 5 premiers jours de pédalage dans les hauteurs chinoises nous ont permis de mettre au point une technique pour monter les cols sans se décourager. On fait des pauses-gouter tous les 5 kilomètres. Comme on monte à peu près à 5 km/h (un poil plus si ce n’est pas trop raide), ça fait en moyenne un pause par heure. On a même l’impression qu’on progresse au bout de 2 ou 3 cols, et on décide que dans les prochains jours, on repoussera à 6, puis à 7km. Ca nous motive, surtout quand le prochain gouter inclut une barre chocolatée dont nous tairons le nom… 🙂

Peu après Lijiang, nous arrivons en terres tibétaines… Mais ceci sera raconté dans un prochain article !


Toutes nos photos de Dali à Shaxi : ICI

Et de Shaxi à Lijiang : LA


Une réflexion sur “Retour en Chine, de Dali à Lijiang : en route vers le Tibet

  1. Super article comme d’hab. Vous imaginer à 5km/h nous donne le vertige car on se demande à quelle vitesse on pourrait aller ! En fait on pourrait pas… 😐 On se doute que vos vélos et bagages sont pas en plume, mais dans notre imaginaire ça l’atteindrait presque !!! En tout cas, chapeau pour ces nouvelles aventures montagnardes ! Nous on passe des cols en Bretagne, c’est de la haute montagne ! 😉 Grosses bises et vive les goûters !

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