« L’enfer du Nord » : Thailande et Laos (2ème passage)

Voici dans cet article le début de notre chemin du retour, avec notre 2ème passage en Thailande et au Laos, où, bien que connaissant ces deux pays, nous avons expérimenté de nouvelles choses, comme le stop avec les vélos, le bivouac dans une cour d’école, ou 4 jours de route dans la campagne lao, sans filtre à eau…

Nouvelle expérience (1) : le vélo-stop

La frontière Myawaddy – Mae Sot avec le Myanmar passée, nous nous lançons pour la 1ère fois dans l’expérience un peu osée de faire du stop avec nos vélos (et nos 11 sacoches). Un peu osée, à première vue seulement, car beaucoup de cyclos que nous avons croisés depuis l’Europe nous ont dit avoir fait du stop sur certaines portions de leur voyage, sans trop de difficulté. On avait d’ailleurs hésité plusieurs fois à tester, quand les conditions météos trop mauvaises nous empêchaient de pédaler ou quand les distances trop importantes nous forçaient à prendre des bus, faisant augmenter significativement notre budget. Mais à chaque fois, on s’était débiné. Or, le stop, si on ne connait pas bien personnellement, c’est aussi un moyen de voyager qui nous attire : rencontres, économies, aventure, tout ça nous plait. En plus, on en a tellement entendu parler par Amélie qu’on ne peut que partir sereins. Et puis, la Thailande, c’est un peu le pays idéal pour faire du stop (presque plus que pour le vélo) : réseau routier ultra-développé, plein de voitures, et surtout -ce qui nous intéresse particulièrement – beaucoup de pick-ups (Anabelle s’est amusée à compter : parfois, près d’une voiture sur deux est un pickup !).

Super excités, un peu tendus quand même, mais plutôt confiants, on s’éloigne donc un peu du poste frontière pour rejoindre une grosse route où on espère avoir le plus de chances d’être pris. On gare les vélos sur le bas-côté, puis Anabelle s’affaire à confectionner une pancarte « Tath », la plus lisible et jolie possible, suivant les conseils d’Amélie. Il fait chaud et on est en plein cagnard. On hésite donc à se déplacer pour se mettre à l’ombre, puis on renonce, car l’endroit sera moins pratique pour que les voitures se garent. On regarde l’heure, et c’est parti : on commence à lever le pouce. A ce moment-là, on entend des coups de klaxons derrière nous : un énorme pick-up s’est arrêté sur le bas côté ! Dire qu’on ne l’avait pas vu ! Youhou ! On n’aura donc pas eu le temps de déclencher le chrono pour cette première tentative.

FILE201

On se hâte de faire rentrer les vélos dans le coffre du pick-up (pas si facile que ça, bien qu’il soit énoooooorme, car c’est un pick-up avec coffre fermé), de bourrer les sacoches, et nous voilà partis ! On fait connaissance avec notre chauffeur et sa femme, mais la discussion ne va pas très loin, car ils ne parlent pas bien mieux anglais que nous thai… On comprend juste qu’il est sergent – ce dont il est très fier (il nous montre ses médailles) ; et cela s’avère très utile pour passer rapidement les multiples barrages militaires qui jalonent la route près de la frontière. Après notre nuit de bus épuisante, nous n’arrivons pas à retenir notre sommeil, ce qui est gênant car bon, en stop, c’est quand même mieux de rester éveiller pour honorer ses ??????(comment appeler les gens qui nous prennent en stop? Chauffeur, conducteur, ça fait un peu taxi, ou chauffeur privé, non?). En descendant, on offre un pliage en origami à la dame (idée petit cadeau encore piquée à Amélie, c’est qu’elle est inspirante, cette fille !), et celle-ci, super émue, nous prend dans ses bras pour un long câlin, puis nous remet une photo d’elle quand elle était jeune ! Décidément, on n’aura pas beaucoup échangé, mais on aura fait forte impression à nos « drivers » (parfois, l’anglais passe mieux…) !

Nos 2 autres trajets en stop jusqu’à Chiangmai ressemblent à celui-ci : gros pick-up, chauffeur super sympa et prévenant (un peu trop ?), exerçant une profession dans la sécurité, et avec qui la discussion est quand même limitée par la barrière de la langue. Pourquoi un peu trop prévenant, vous demandez-vous ? Et bien parce que notre 2ème conducteur, au moment de nous poser au crépuscule, fait un détour de 15 bornes pour nous déposer devant un hôtel qui se situe sur la route pour le lendemain. Sympa, sauf que nous, on veut bivouaquer ! Ça suffit les dépenses, on n’a pas arrêté de dormir en hôtel en Birmanie, et puis on n’a plus trop de baht, et puis on aime le bivouac ! Du coup, on doit ruser pour qu’il parte avant qu’on soit rentré dans l’hôtel, en prétextant de prendre en photo sa beeeellllle voiture ! Hihihihi ! (Parce que le bougre était allé jusqu’à demander les prix à la réception, et à nous proposer de payer pour nous si on n’avait pas assez. Dur quand votre bienfaiteur est trop généreux…)

FILE195
Le pickup de notre trop généreux « conducteur »

FILE186

Pause à Chiangmai : visa chinois et temple thai

La principale raison de notre passage à Chiangmai, c’est qu’il y a là-bas un consulat chinois, et qu’il y est facile, parait-il, d’obtenir le Visa. C’est donc notre principale mission là-bas. Principale, car comme souvent lors des arrêts-de-vélo, on a une liste de 257 trucs à faire, parmi lesquels planifier notre itinéraire, trouver un réparateur de téléphone, acheter un pneu et une chambre à air, faire une lessive, manger de l’excellente nourriture thai, et, s’il reste du temps, visiter un peu. Du coup, les visites « culturelles » passent souvent à la trappe, mais on se console facilement en se disant qu’on visite beaucoup à vélo, en se promenant près des monuments ou dans les petits quartiers sympas de manière aléatoire, et qu’on saisit alors des ambiances et des instants qui rassasient au moins autant notre appétit de découvertes que les musts culturels. Cela étant dit, à Chiangmai, on visite quand même LE temple le plus famous, qui se situe sur une montagne à environ 17 km au dessus de la ville. La route qui y mène est interminable, 12 km de montée par 38°, en plein midi, en se faisant doubler toutes les 5 minutes par un tuktuk chargé de touristes qui nous narguent de leurs encouragements. Grrrr. Une fois en haut, on est quand même bien contents de nous, et les marches qui montent au temple nous paraissent dérisoires à côté de ce qu’on vient de faire.

FILE249
Il y a du monde

FILE224

FILE225
Des Bouddhas barbus et en robe léopard : on aura tout vu ! 🙂
FILE242
Ce spot fait rêver, n’est-ce-pas ? O_O
FILE205
Au détour d’une ruelle au coeur de Chiangmai
FILE212
Un petit temple caché dans la vieille ville

A part cette visite, on remplit donc les prinicipaux objectifs qu’on s’est fixé, à savoir le visa, l’achat du pneu, et la réparation de téléphone. On ne vous racontera en détail que l’histoire du visa, car elle pourra peut-être servir à d’autres voyageurs.

On sait que pour obtenir un visa chinois, il faut pleiiiiiiiin de papiers. En plus, nous, on aimerait avoir une visa de 3 mois, pour pouvoir pédaler le plus possible dans ce grand et beau pays (Xi Jinping, si tu nous lis, n’oublie pas qu’on kiffe ta patrie). Du coup, on passe une soirée entière à réserver 7 hôtels sur un circuit qu’on estime faisable à vélo et sur une durée de 3 mois : 10 jours à Shanghai, 3 jours à Suzhou, 3 jours à Canton… Après un premier échec dans une agence de voyage, dont la devanture affichait : « help for chinese visa », qui faisait aussi salon de tatouage, et où la ladyboy qui s’occupait de nous finira par nous dire qu’elle ne peut rien pour nous, on en trouve une vraie, qui nous fait une réservation de billets d’avion (3 mois séparant l’arrivée et le départ) qu’elle se chargera d’annuler (contre environ 5 euros). On joint aussi un relevé de banque, où on s’est chargé de virer une partie de notre épargne pour qu’ils voient qu’on a plein de thunes, notre assurance,… Bref : notre dossier est blindé. Au consulat, on décide de demander le VISA en 2 jours (50€ contre 30 pour le délai normal de 4-5 jours « travaillés »), pour éviter de rester bloqués à Chiangmai une semaine. Le lendemain, verdict… On est un peu stressés. Le ventre serré, on s’avance au guichet. Résultat : visa obtenu, mais un mois seulement. Bon, c’est déjà ça, mais on est déçu de s’être donné tout ce mal pour rien. Pour obtenir 1 mois, une réservation d’hôtel et de billets d’avion auraient suffi. Conséquence : il faudra qu’on fasse renouveler notre VISA quand on sera en Chine, pour espérer avoir quand même 2 mois pour la traverser. Il semble que la technique pour obtenir le fameux sésame de 3 mois serait d’avoir une lettre d’invitation et un itinéraire encore plus détaillé que le nôtre , en restant bien entendu dans les provinces les plus tranquilles de la Chine (c’est à dire pas du tout celles que l’on veut traverser).

A Chiangmai, lors de nos multiples traversées de la ville à vélo pour régler toutes nos petites affaires, on croise plusieurs autres voyageurs à vélo. L’un d’eux, Jens, nous parle d’un groupe whatsapp de voyageurs à vélo (Cycle the world), auquel il nous ajoute. Un super plan, car le groupe compte plus de 200 cyclos hyper réactifs, et les questions et réponses fusent !

Nouvelle expérience (2) : des pentes indécentes

Après Chiangmai, nous nous dirigeons vers Chiang Khong – Houei Sai, frontière avec le Laos. Notre itinéraire passe par les montagnes du Nord de la Thailande, aux paysages superbes, habitées par les différentes minorités présentes dans cette région. Souvent, à l’entrée des villages, on passe sous un portique, héritage de vieilles traditions qui permet de nous laver des esprits de la forêt avant de pénétrer dans le village. Cela ressemble moins à la Thailande qu’on connait qu’au Laos. Les gens vivent dans des maisons assez sommaires, en bambou ou en béton, souvent avec des toits en tôle. Un midi (enfin, plutôt aux alentours de 15h), on s’arrête chez des gens qui semblent tenir un bouiboui. Comme cela arrive parfois, ils disent ne pas avoir de nourriture végétarienne. Dans ce genre de situation (surtout quand on a trèèèès faim), on insiste un peu en montrant du riz, des oeufs, et des légumes si on en voit. Ici, ils n’ont pas de riz ! Un comble en Thailande, 1er producteur mondial de riz, qui est à la base de la plupart des repas ! Du coup, devant notre mine défaite – c’est qu’on a faim est carrément affamé !, ni une ni deux : une des filles de la famille enfourche son scooter et part nous en chercher. On mangera donc le « riz-omelette » classique des jours où il n’y pas de légumes dans le garde-manger. La famille est assez fan de nous. Le papa surtout, bien que Loris ait refusé son whisky, n’arrête pas de nous serrer la main, de montrer son coeur, et de nous dire « welcome to Thailand ». Il insiste ensuite pour nous offrir un dessert à base de jus chimique (rose poour Anab, orange pour Lolo – dommage pour elle, le orange est vachement moins pire…) et de glace pilée. A la fin du repas, on prend donc une photo tous ensemble pour garder un souvenir de ce moment partagé.

Notre trajet de 5 jours depuis Chiang Mai est surtout marqué par :

  • Notre premier orage depuis le début du voyage. Bon, c’est vrai, on a vu des éclairs de temps en temps, voire même entendu un orage au loin une ou deux fois. Mais cette fois, rien à voir. Il est LA ! Juste au dessus de notre tente, dans laquelle on essaie tant bien que mal de rester serein. Même Loris, qui se préoccupe, au début, plus de la pluie qui s’invite dans notre maison (c’est officiel, la tente n’est plus étanche), devient pâle quand il sent qu’il est vraiment près. Faut dire qu’on est en montagne, et que ça pétarade ! Et qu’on a laissé les vélos juste à côté, alors qu’on sait que par temps d’orage, il faut s’éloigner du métal… Cette fois-ci, quand même, on ne sort pas de la tente sous la pluie, recroquevillés sur un matelas pour nous isoler du sol, comme on l’avait fait lors d’un autre voyage à vélo. On a gagné en expérience, depuis. (On sait surtout que ça s’était soldé par un échec total puisqu’on avait été tellement détrempés que ça ne servait plus à rien, et on avait pourri un matelas dans l’affaire) (LoLo n’assume pas cette partie) 🙂 Bref, une grosse frayeur, et surtout une impossibilité de dormir pendant deux heures…
  • De nombreux cols à passer, avec des pentes parfois vertigineuses, comme le jour où nous avons passé les 10000 kilomètres. Ce jour-là, on s’est dit qu’on avait battu pour la première fois, et de loin, la difficulté rencontrée au début du voyage, en quittant Salzbourg. Et que certainement qu’on ne retrouverait pas de telles pentes de si tôt. Eh bien on peut vous affirmer qu’on en a retrouvé, pas plus tard que 2 jours plus tard ! Des pentes à plus de 15% sous un soleil de plomb, mais heureusement, cette fois, sur du goudron. Ce jour-là, on apprend à connaitre notre limite : 10%. Jusqu’à une telle pente, on en bave, on avance à peu près à la vitesse de deux escargots en plein désert, mais on avance. Et si l’on doit s’arrêter pour souffler un peu, on peut remonter sur le vélo sans risquer de s’étaler comme une crêpe au premier coup de pédale raté. Allez, soyons fous, on arrive même à tenir du 12% sur une courte distance. Plus, non. Alors maintenant, les ingénieurs des ponts et chaussées, soyez-en avertis : si vous ne voulez pas être maudis jusqu’à la 30ème génération, faites-nous des routes correctes, crévindiou ! (Quand y’aura plus d’pétrole et qu’vous serez obligés de pédaler vous aussi, vous verrez c’que c’est !)

IMG_20170511_144311>

DSC02866

FILE343

FILE257

FILE260
L’animal s’était installé sur la sacoche de guidon de Loris…
FILE265
10000 km !!! (Quand on vous dit que c’est raide et qu’il fait chaud ;))

Après ce trajet hardu, on a bien mérité une petite pause réconfortante. Ca tombe bien, car on arrive chez Tian et Nisa, chez qui l’on est accueilli comme… euh, comment dire ? Une pancarte « Welcome Anabelle and Loris » nous attend à l’entrée. Le portail franchi, nos hôtes descendent l’escalier de leur maison en bois traditionnelle pour nous escorter jusqu’à elle, puis nous invitent à boire un coup avant d’aller nous doucher. Le coup à boire, c’est en fait un gros gouter, composé de fruits frais, de petits gâteaux, et agrémenté de thé glacé ! Miam ! Ils nous emmènent ensuite dans notre bungalow, qui est en fait une autre maison en bois surélevée (miniature), avec tout le confort possible, et vue sur le Mékong (à travers la jungle de leur jardin). Fou ! On choisit de s’arrêter un jour ici, et on aurait pu rester une semaine, si on n’avait pas rendez-vous (encore) avec une voyageuse en sac à dos dans quelques jours. Les repas cuisinés par Nisa sont un délice, et d’une profusion… Pour des gourmands comme nous, c’est dur de s’arrêter quand on a assez mangé, tant tout est délicieux. Le repas fini, on en est déjà à imaginer le suivant… Non, en fait, c’est bien qu’on ne soit resté que 2 nuits !

DSC02875
notre petit nid douillet
DSC02874
Au resto avec Tian et Nisa
DSC02871
le Mékong sépare Thailande et Laos

Nouvelle expérience (3) : la privation d’eau

Après cette courte mais fort agréable pause, nous nous dirigeons vers le Laos que nous retrouvons 3 mois après l’avoir quitté. Nous sommes un peu excités, comme quand on retrouve un copain qu’on n’a pas vu depuis un moment ! Le passage de la frontière se passe comme sur des roulettes, ou plutôt, comme dans un bus, puisqu’on nous oblige à monter dedans (moyennant 20 bahts/personne, 100/vélo!!!) pour traverser le pont sur le Mékong. A part ce léger désagrément, pas de souci, on n’a pas à se plaindre de corruption cette fois-ci.

On s’arrête à Houei Sai côté Laos pour capter internet et manger un phô, puis c’est parti pour le premier col de la route qui nous emmène à Louang Namtha. Nous rallierons cette ville dans 4 jours.

DSC02882
On retrouve avec plaisir les Sabaidii !

DSC02890

DSC02885
Les pentes sont raides ici aussi (mais un peu moins pire qu’en Thailande :))

DSC02894

En attendant, nous allons devoir trouver des solutions pour nous ravitailller en eau. En effet, depuis 1 mois et demi environ, notre filtre est cassé. Nous avons pu nous faire renvoyer la pièce défectueuse chez nos hôtes Thais (merci Katadyn !) mais entre temps, la cartouche filtrante s’est bouchée… Au Myanmar et en Thailande, cela ne posait pas de problème de ne pas avoir de filtre, car dans le premier cas, les gens nous donnaient toujours de l’eau purifiée de leurs gros bidons, ou de l’eau des puits, dans le second, il y a partout en Thailande des distributeurs d’eau potable (à 1Baht le litre max). On avait donc pu éviter d’acheter de l’eau en bouteille, ce qui nous aurait vraiment fait ch….. (pas uniquement pour le prix, vous l’aurez compris). Ici, au Laos, c’est une autre paire de manche. Dans les campagnes, les gens ne semblent pas toujours avoir des bombonnes d’eau potable, et lors de notre premier passage, il était parfois difficile d’obtenir même de l’eau non filtrée. On va donc voir comment ça va se passer.

1er jour, on arrive de Thailande avec les gourdes quasi pleines, on n’est donc pas inquiet. Cependant, un col long et pentu nous attend, nous forçant à puiser dans les réserves. On a encore de l’eau, mais c’est bientôt l’heure du bivouac, et on aime bien avoir au moins 7 litres pour cuisiner, se laver, laver les affaires, et avoir un peu pour le lendemain matin. Anabelle se dit alors qu’elle va essayer d’en demander à un restaurant. Il y a plus de chances qu’ils aient des réserves. Elle s’approche avec 2 gourdes, « Sabaidii, nam ? (eau) », mais se voit gratifier d’un « No » sec et presque furieux ! Ah. Ok. Ca va être plus compliqué qu’on le pensait. Au moment où elle repart, cependant, un jeune homme (qui doit être le fils de la grincheuse) lui propose de prendre quand même un litre. Bon, c’est mieux que rien. Ce soir-là, il n’y aura donc ni douche ni lessive au bivouac.

Le deuxième jour, on achète des bouteilles dans un village. Puis, plus loin, on retente l’expérience de demander à un bouiboui. Devant la mine un peu embêtée de la propriétaire, on lui propose de payer l’eau qu’on prend à la bombonne. Elle accepte, mais nous fait payer le même prix que si on avait acheté une bouteille ! (Dire qu’en Birmanie, quand on faisait ça, ils refusaient systématiquement de nous faire payer…) On se dit alors que l’eau (potable, en tout cas) est une ressource plus rare au Laos, et qu’il va falloir s’y faire. Vivement qu’on retrouve notre filtre* ! Ce jour-là, on achète pas mal d’eau (il y a encore des cols, bien sûr !), et un chauffeur de poids lourd thai nous offre 2 bouteilles fraiches alors qu’on prenait notre pique nique au milieu d’un col. Cool !

Les jours suivants, on se débrouille un peu pareil, en achetant et en faisant la vaisselle au resto. On se dit que pour la vaisselle et la douche, on peut demander de l’eau non filtrée, qui nous sera donnée plus facilement. On remplit donc la poche à eau, qui peut aussi faire douche, en prévision du bivouac. Et là…

… Nouvelle expérience 4 : bivouaquer dans une école

C’est en s’achetant une beerlao qu’on la repère. Des voyageurs croisés sur la route nous ont dit qu’il était très facile de dormir dans les écoles au Laos. Tentons ! Le problème, c’est qu’on est dimanche, et que l’école est déserte. On retourne demander au gérant du magasin où on a acheté notre bière, s’aidant de notre « Gépalémo » (petit imagier du voyageur, qu’on utilise principalement quand on veut demander à camper :)), si on peut dormir dans la cour. Oui oui, pas de problème, nous répond-il. Tout contents, on file s’installer au fond de la cour, près des toilettes et d’une salle de classe-prison.

DSC02898

DSC02902
l’école prison !

On commence à déballer nos affaires, on savoure notre bière. On va être bien, ici. Par contre, tranquille, moins. En effet, après les deux enfants et leur maman qui habitent juste à côté et nous observent du coin de l’oeil en faisant plusieurs aller-retours devant la tente, toute une tribu arrive. Des adolescents qui vont disputer une partie de foot sur le terrain devant nous, et des enfants qui, la curiosité pour les falangs passée, vont jouer à chat une bonne partie de la soirée. Quelques mamans sont venues aussi. Elles discutent pendant que les vaches broutent l’herbe du terrain de foot. Bref, cette cour d’école, c’est un peu la place du village, en fait.

Loris, qui a un petit coup de barre, pique un roupillon, et c’est alors Anabelle qui gère la cuisine ce soir. Elle s’applique bien, prépare tous ses ingrédients et ustensiles, découpe le bois à la bonne taille (c’est que cuisiner au biolite, ça demande pas mal de logistique, surtout quand on est tout seul). Au moment d’allumer, petit coup de stress : c’est le départ qui est le plus difficile, et Ana et un briquet, ça fait 3. En plus, il y a maintenant du public : les gamins, qui ont vu que quelque chose d’intéressant se tramait, ont arrêté leurs jeux et se sont approchés. Suspense… On enflamme d’abord le papier, puis les petites branchettes. Ouf ! Le feu prend, on va pouvoir cuisiner. Loris qui émerge de sa sieste vient donner un coup de main. L’assistance est là jusqu’à la fin. Mais dès que le repas est prêt (et le feu éteint), tous disparaissent comme par magie !

Le lendemain, nous arrivons à Louang Namtha, où nous retrouvons Lulu et … notre nouvelle cartouche de filtre !

DSC02958

DSC02924
balade à vélo dans les alentours de Louang Namtha

On reste quelques jours dans le coin pour se reposer avant la Chine qui promet d’être éprouvante (à cause du visa, court pour un si grand pays, et puis… Parce que c’est la Chine tout simplement). Heureusement on s’est quand même un peu réhabitué à la Chine, car le nord du Laos c’est un peu une colonie chinoise… Les routiers chinois sur la route qui relie la Chine à la Thailande, sont indiqués uniquement en chinois, on y parle chinois uniquement (plus pratique pour Anabelleˆˆ, par contre ils ne connaissait pas les noms des bleds en lao…) et on y paye en yuans. Mais malheureusement, ce sont surtout les mauvais cotés chinois que l’on peut apercevoir … Les champs d’hévéa, et plus encore de bananiers, cultivés de manières intensives. En effet, les chinois qu’y s’expatrient pour monter un buisness (et le garder pendant 5ans), touchent des subventions du gouvernement chinois (pouvant aller jusqu’à 100 000 dollars !). Au Laos l’accès à la propriété pour les étrangers étant impossible, ils obtiennent des baux longues durées (10, 15 ou 20 ans) sur des parcelles qu’ils exploitent à grand renfort de pesticides pour que leur bananiers poussent bien vite, et laissent des terres dévastées à la fin du bail (abimant du même coup la santé des habitants des villages alentours…). La route entre Luang Namtha et la frontière est totalement défigurée par les carrières, nous roulons dans des nuages de poussières rouge, au milieu du ballet incessant des camions remplis de terre et de pierre. Utilisés pour la construction de la ville frontière côté Laos, qui a vu pousser des dizaines d’immeubles depuis notre dernier passage, il y a 4 mois à peine ?

De Mohan aux gorges du tigre

Les photos de notre 2ème pasage en Thailande ici, celles de notre 2ème passage au Laos !


3 réflexions sur “« L’enfer du Nord » : Thailande et Laos (2ème passage)

  1. Quel enfer effectivement cette vie de cyclo-routards!
    Nous sommes tous vraiment contents d’être restés là à bosser dans la pollution et la parano ambiante, pendant que vous galérez à trouver un peu d’eau potable et des conducteurs ou des hôtes compréhensifs, au milieu d’une végétation hostile, avec des animaux préhistoriques!

    J'aime

    1. Et puis bon, comme le terme entre guillemets du titre était utilisé pour caractériser une course cycliste où des guignols en combinaisons moulantes, avec des vélos de 4kg, aidés par des injections en intraveineuse de powerade, accessoirement encouragés par des naïfs qui pensent que le cyclisme professionnel est encore du sport, doivent rouler sur 3 pavés sur une route toute plate et droite, on s’est dit qu’on pouvait se permettre de l’utiliser pour décrire des montées sur des pentes à 15%, sur des pistes pourries, au milieu d’orages tropicaux ou par 35° à l’ombre, avec des vélos de 50kg et des scorpions plein les sacoches ! 🙂

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s