De Hpa-An à Bago, au fil (de la fête) de l’eau

Arrivés de notre folle épopée sudiste, pas le temps de souffler, nous quittons Mawlamyine pour nous diriger vers Hpa-An, a priori un incontournable. On a hâte car on vu sur d’autres blogs que le coin était sublime, plein de montagnes karstiques (un peu redondant me direz-vous, mais on ne s’en lasse toujours pas ^^) et de grottes transformées en temples bouddhistes (déjà plus original, car on n’a pas vu celles du Laos). On part tôt pour éviter les grosses chaleurs toujours bien présentes, et parce qu’on a une grosse journée qui nous attend. En effet on souhaite parcourir au plus vite la cinquantaine de kilomètres qui nous séparent des premières grottes à visiter. Malgré l’heure matinale, nous sommes tout de suite frappés par l’importance du trafic. Probablement que les vacances du nouvel an bouddhiste ont déjà commencé ! En fait, on s’apercevra par la suite que c’est toute la région qui est en effervescence, à cause des nombreux lieux de cultes qui sont prisés par les Birmans à cette période. Nous sommes donc noyés dans un flot de voitures et tuktuks remplis à craquer (littéralement !) de « touristes » locaux. C’est bruyant ! Cela nous change un peu de nos jours passés dans le Sud. La fatigue des jours précédents, le monde, le bruit, et la chaleur fissurent nos barrières de bonne humeur… Et oui, malgré les apparences, nous ne sommes que de simples humains^^. On ne profite donc pas tant que ça des premiers kilomètres. On apprend à nos dépends que il faut savoir se reposer de temps en temps, car sinon le plaisir de pédaler disparait. Bon ok, on le savait déjà, mais on apprend qu’il faut mettre en application ce que tu sais ^^. Heureusement, une petite pause nous requinque et aux premières montagnes, nous sommes de nouveau prêts à nous émerveiller de ce pays fantastique (vous aurez surement remarqué que l’on ne tarit pas de superlatifs pour décrire la Birmanie, mais c’est que c’est tellement bien, vraiment on n’en fait pas trop 😉 ).

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Toute la région est en effervescence ! Les tuk-tuks débordent !

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Hpa-An* sur le chemin pour visiter les grottes

Sur le chemin, on commence à apercevoir les premières montagnes. Elles sont effectivement magnifiques. Au sommet de certaines trône parfois un temple ou un stupa. On se demande alors comment ils ont pu faire pour construire cela dans ces endroits vraiment inaccessibles… Sur les bords de la route, on peut apercevoir ça et là quelques rangées de statues de moines. La première grotte que l’on visite est celle de Sadat, qu’on rejoint par une piste bien poussiéreuse. Il fait super chaud, et voilà qu’au détour d’une maison, on est aspergés par quelque gamins qui nous balancent des seaux d’eau dessus. Ben, merci, ça rafraichit 🙂 (et tant pis s’ils sont en avance sur la fête de l’eau qui commence dans 3 jours seulement). Ca surprend aussi un peu mais on se familiarisera vite avec le concept. A la grotte, il y a beaucoup de monde, essentiellement des touristes birmans. On enlève ses chaussures à l’entrée, car c’est un sanctuaire bouddhiste, et on marche d’abord sur des tapis posés sur le sol sur toute la surface de la « grande pièce » principale, qui fait penser à une cathédrale, avec ses parois sculptées naturellement par l’eau et ses décors apportés par l’homme. Ici, des centaines de statues de bouddhas, petits et grands, illuminés et décorés de façon très kitche, sont éparpillés partout dans la grotte, profitant parfois de niches naturelles dans les parois rocheuses. D’autres sont gravés dans la roche et forment des dessins : une grenouille, un moine, un éléphant, un stupa…

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Qui a dit qu’on était chargés ?!?

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…les suivants, on les attend avec impatience pour nous rafraichir ! 🙂
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Et un sceau d’eau sur la tronche ! 😉 Le premier surprend…

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Grenouilles et éléphants transportent des stupas, le tout fait en petits bouddha sculptés dans la paroi
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Devant chaque bouddha, des pèlerins birmans prient, allument des bougies ou se prosternent. La ferveur religieuse est impressionnante.

On peut ensuite continuer à marcher dans une sorte de couloir, parfois très étroit et bas de plafond. Par endroits, des ponts ont même été aménagés pour qu’on puisse traverser jusqu’à la sortie. On commence à entendre des couinements qui deviennent de plus en plus forts à mesure qu’on avance. Sous nos pieds, le sol devient un peu poisseux et une odeur désagréable arrive à nos narines : nous sommes dans la maison (ou plutôt devrait-on dire sous la maison) de milliers de chauve-souris que l’on peut maintenant apercevoir au plafond de la grotte, plusieurs mètres plus tôt. Pouah ! Pas des plus râgoutants.

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Difficile de photographier ces sculptures naturelles dans la pénombre, mais on apprécie leur contemplation
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Heureusement, quand il fait tout noir, le bouddhiste a toujours une guirlande multicolore pour t’indiquer le chemin 😉
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De l’autre côté de la grotte

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Après cette première grotte, on décide d’aller en voir une autre située à 16 kilomètres d’ici, par la piste. Le paysage environnant est splendide, avec ses rizières jaunes et plates d’où émergent de temps à autre des blocs de rochers. Ca nous rappelle beaucoup le Laos. On prend un tout petit chemin tellement jonché de déchets en tous genres qu’on ne voit même plus le sol. C’est fou, ce contraste entre la vue tout autour de nous, et la réalité du premier plan. On arrive à la rivière, mais au moment de traverser, il y a comme un léger problème : le pont est composé de 2 uniques bambous. A pieds, à la rigueur, on aurait peut-être éventuellement envisagé un instant la possibilité infime de s’y aventurer, mais avec des vélos, hors de question. On rebrousse donc chemin, et on gagne 10 kilomètres de détour ! C’est à ce moment-là que Bucéph’ choisit de nous faire une de ses spécialités : la « crevaison inopportune » ! Vous nous direz, la crevaison, c’est rarement une partie de plaisir, mais nous (et on ne sait pas si c’est pareil pour les autres cyclos), elle survient toujours dans des moments où on est un peu justes, et on est déjà en train de faire tirer pour arriver à temps ! Pour sa décharge, il faut dire que le pneu de Bucéph’ était déjà bien abimé, on le remplace donc, après environ 8000 kilomètres. On décide de ne pas se laisser abattre et de quand même aller voir notre 2ème grotte, même s’il commence à être tard. On fait bien, car la grotte de Kawt Ka Thaung, petite et simple, nous plait bien car l’atmosphère qui y règne est relaxante. L’heure tardive permet aussi d’être plus tranquille probablement. Arrivés à Hpa-An, on va se boire une bière bien méritée après cette rude journée. En effet, un des autres atouts de ce sublime pays  : ils ont de la bière pression ! 🙂 Bon ok, leur blonde est assez classique du coin, c’est à dire sans trop de gout, mais en pression ça passe bien, et ils ont aussi… une « dark » ! Goûtue et bien nourrissante, comme on les aime, avec un arrière gout de café !

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Une rivière nous barre la route ! Ah, un pont sur la carte, allons-y. Euh… C’est le petit truc en bambou là ?

 

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Les dénominations des vêtements interdits nous font beaucoup rire
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Encore des milliers de bouddhas gravés dans la roche
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Les petits bouddhas sculptés dans les parois, un travail de longue haleine quand on voit leur nombre impressionnant
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Certaines statues sont très raffinées
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Des gardiens Elfes !
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Sculpteur de statues, un métier qui ne connait pas la crise en Birmanie 😉
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Les birmans veulent toujours se prendre en photo avec nous, c’est souvent un plaisir 🙂

A Hpa-An, nous prenons un jour de repos qui commence par un excellent petit déj à notre hôtel. 🙂 On se balade dans la ville, on va manger au resto typique conseillé par pas mal de voyageurs, on va se boire un café glacé pour se rafraichir (il faut bien trouver des excuses à cette addiction nouvelle), on achète plein de fruits au marché, et on se fait un super gouter sur le toit de l’hôtel, en regardant le coucher de soleil. Et Anabelle en profite pour s’acheter un longyi.

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Vue sur Hpa-An, depuis le toit de notre hôtel
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Le soir, on assiste à un spectacle de danse pour la fête de l’eau. La guirlande de noël en guise de collier fait réellement parti du costume traditionnel…

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Puis nous continuons notre route en direction de Yangon, l’ancienne capitale, avec un premier stop prévu à Thaton. C’est toujours l’effervescence dans toute la région Sur la route pour Thaton, nous passons voir la grotte de Bayin Nyi, qui a la particularité d’accueillir un « vrai » temple ainsi qu’un monastère contre la falaise qui mène à l’entrée de la grotte. Les statues qui le décorent sont un peu glauques, certaines représentant par exemple des démons armés qui fouettent des gens…

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Quelques singes font le show à l’entrée de la grotte !
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Ouf ces vilains démons sont bien enfermés derrière des grilles

La Fête de l’eau, c’est rigolo…

A Thaton, on se promène un moment dans la ville après manger. On sent que quelque chose se prépare. Il y a de l’animation, beaucoup de restos éphémères dans la rue. Demain, la fête commence ! Loris profite que les commerces soient encore ouverts pour s’acheter un longyi, ça fait un moment qu’il attendait ça !

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Ils ne l’avoueront pas tous, mais tous les gars qui passent par là sont trop contents de pouvoir se maquiller et porter la jupette !

Le lendemain, dès les premières heures du jour, on entend des cris venant de la rue : des dames passent avec de grandes corbeilles dans les bras. Elles vendent des feuilles et des fleurs pour décorer les maisons. On décolle à 7h30, et tout de suite, on constate que ça s’affaire en tout sens. Sur les côtés de la route, devant les maisons, les gens sont en train d’installer des sortes de pergolas faites de bambous et de feuilles de cocotier pliées de différentes manières (coeurs, boucles,…). C’est très joli. Cela va servir à abriter les sonos géantes ! Comme il fait déjà bien chaud, on est contents de recevoir nos premiers seaux d’eau sur la tronche ! Loris est au début un peu jaloux car il n’en reçoit pas beaucoup, mais ça va vite s’arranger. Il décide donc de ranger son téléphone à l’abri et… il l’échappe. Aie aie aie ! L’écran tactile ne fonctionne plus (alors que le téléphone si). Rhaaaa, la galère, ça nous casse le moral. Heureusement, la bonne humeur des gens qui nous arrosent nous font sourire à nouveau. On est maintenant trempés de la tête aux pieds ! Tout l’après-midi, on s’en prend plein la figure, on est rarement tranquille plus de 2 minutes, et parfois, les seaux d’eau claquent. En arrivant à la ville, c’est vraiment l’effervescence : musique à fond et jeunes (et moins jeunes) se déhanchant à tous les coins de rues. On est contents de se mettre à l’abri à la guest house pour le reste de l’après-midi !

Le lendemain, Anabelle se dit que ce sera peut-être un peu moins la folie, la première journée passée. Et bien, que nenni ! C’est même plutôt pire, en réalité ! On n’arrive à peine à avancer car on est stoppé tous les 50 mètres par les foules déchainées qui – tout à la fois – nous versent des seaux d’eau dessus, nous étalent du tanaka sur toutes les parties du corps découvertes, nous aspergent de parfum ou nous vaporisent dessus le contenu de bombes bizarres (mousse à raser, gel, teinture). Pas moyen de les éviter, ils sont des dizaines et maintiennent les vélos arrêtés le temps de nous administrer leurs « cadeaux », nous criant « happy new year » ou « I love you ». Les 2 ou 3 premières fois, ça nous fait marrer, mais quand, au bout d’une heure, on n’a pas dépassé 10 kilomètres, ça commence à nous peser un peu. Surtout qu’on a choisi de prendre les petits chemins pour éviter les gens saouls sur la grande route, mais que du coup on se perd, et on ne peut pas sortir la tablette n’importe quand – oui, le téléphone est toujours hors service – de peur qu’elle finisse dans le même état. Nous qui pensions arriver à Bago ce soir, ça va être rapé. On est bientôt complètement perdu, les gens ne sont pas foutus de nous indiquer la route, qui est d’ailleurs un chemin tout sableux (mais au moins, il n’y a plus de fêtards), et il se met à pleuvoir. Pour couronner le tout, Lolo se met à avoir mal au ventre… Surement une boisson offerte sur la route, impossible à refuser, qui n’était pas très nette. On échoue finalement dans un monastère plein à craquer (notamment d’enfants moines). On passera une nuit horrible, entre les moustiques, le générateur et les bruits incessants des moines qui discutent ou qui meumeument des prières (vu qu’il y en a une centaine, ça fait du bruit). Ca fait un peu ingrat, dit comme ça, mais ils n’étaient pas très sympas, dans ce monastère, et on suppose qu’ils nous ont uniquement accueillis par devoir. Pour l’anecdote, on découvre qu’après la prière du soir, ils ont rassemblé tous les gamins dans la grande pièce pour les mettre devant un film d’action américain dans lequel ça pétarade et s’entretue à tout bout d’champ. Bizarre, dans un monastère bouddhiste… Ca nous laisse un peu perplexes.

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Prêt à accueillir la sono et les seaux d’eau
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Une sono 5000 watts et 5000 litres d’eau juste à coté qu’on va balancer un peu partout pendant la journée. Bien sûr que les normes de sécurité sont respectées 😉
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On prend les petites pistes… avec quelques obstacles, mais ca sera plus tranquille…
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Ah ben non en fait ! :=)

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Vaut mieux être bien luné pour la fête de l’eau !
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Pas de chichi, tous les véhicules y passent, tuk-tuks, scooters ou vélos
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On ne le voit pas très bien sur la photo, mais Anabelle est non seulement trempée, mais aussi pleine de tanaka et de parfum que les fêtards nous étalent dessus à chaque arrêt

3 jours plus tard, on en a marre

Le lendemain, Lolo est tout malade et en plus, il a un pneu à plat. La journée commence bien ! On a environ 35 bornes pour atteindre Bago où on compte se terrer dans un hôtel en attendant que ça passe ! Surtout, il faut que Loris se repose. En passant dans le premier village, on se fait évidemment détremper, alors qu’on les suppliaient de ne pas nous mouiller. Surtout qu’aujourd’hui, pour la 1ère fois depuis qu’on est en Birmanie, il fait frais ! C’est donc beaucoup moins agréable de se ramasser des seaux d’eau dans la tronche à longueur de journée… Dans les villes, c’est toujours la folie et on se fait une raison : pas la peine d’essayer d’éviter quoi que ce soit, donc on sourit et on se laisse faire. Sur la grande route qui mène à Bago, c’est un cortège ininterrompu de scooters, camions, et tuktuks pleins à craquer de gens qui hurlent et dansent. On arrive enfin et on se terre dans la chambre, qui, hélas, donne sur la rue et sur une sono poussée à fond. Anabelle a chopé la migraine, et Lolo ne va pas mieux. Heureusement, à partir de 18h, la fête est finie. Ouf, on peut souffler et se reposer un peu. On décide que demain, pour aller à Yangon, on prendra le train, seul moyen de transport disponible pendant la fête.

Le train, c’est encore une aventure au Myanmar ! Une vitesse de pointe de folie d’environ… 15 km/h, qui te secoue pourtant plus que les auto-tamponneuses quand 4 voitures lancées à pleine vitesse te rentrent dedans en même temps, le tout dans un état de propreté aléatoire. Mais c’est donné (moins de 2 euros pour 120 km, pour 2 personnes et 2 vélos !) et on y rencontre des birmans sympas. Bref, 2 heures plus tard on arrive sains et saufs à Yangon, l’ancienne capitale, sans s’être fait asperger, contrairement à nos voisins de derrière qui n’avait pas fermé leur fenêtre :), et sans avoir déraillé (contrairement à d’autres^^).

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La gare, un peu rustique
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Ne pas vomir, ne pas vomir… Ils sont gentils mais bon c’est pire que le grand huit leur truc ;). Ah zut et nous qui pensions nous rouler des grosses pelles peinards, c’est rapé ! ^^
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Ca seeecccouuuue ! Difficile de faire une photo nette…

 


On a encore quelques clichés intéressants de cette partie. C’est par là

Et pour toutes nos photos du Myanmar, c’est ici.


*panne, pour ceux qui l’auraient pas compris 🙂


8 réflexions sur “De Hpa-An à Bago, au fil (de la fête) de l’eau

  1. Encore un régal avec votre article, mais dites donc les p’tits loups, ne vous laisseriez vous pas un peu aller ?
    aucune explication sur le pourquoi de la fête de l’eau, je suis un peu déçu; la documentation serait-elle manquante ? 😉
    bises

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    1. Plus que vent même ! C’est pour cela que l’on a hésité à y aller… Cf. Intro de notre premier article sur la Birmanie, ainsi que tout les liens qui vont avec.
      Sur place, on n’en a pas entendu parler par contre. Un peu plus des tensions vers la frontière chinoise, car nous étions dans le coin.
      Pour quelque mises à jours sur le sujet des rohingyas :
      https://www.franceculture.fr/emissions/journal-de-8-h/lexode-force-des-rohingyas-en-birmanie

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      1. Oui je voulais dire une fois sur place bien sûr…nous sommes loin et avons des infos mais qui sont quelques fois différentes entre elles. !!Bisou les loulous….

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