Le Myanmar à vélo, et au triple galop !

Après notre éprouvante arrivée dans le pays, on décide de rester une journée à Myeik afin de se reposer et de le découvrir un peu mieux. Une chose est sûre, c’est que la Birmanie est vraiment différente des autres pays traversés en Asie du sud-est. Même si l’on y retrouve quelques constantes du coin comme : les scooters surchargés, les petits bouibouis à foison et pas chers, la pub à outrance qui s’invite de partout, les bâtiments en béton décrépi, les marchés, l’agitation dès les premières heures du jour, les bananes et autres fruits exotiques qui s’entassent sur les étals, les smartphones dernier cri qui priment sur tout le reste. La Birmanie, officiellement renommée « Union du Myanmar », pour mieux prendre en compte le caractère multi-ethnique du territoire, est de ses pays qui exercent une fascination sur nous, entourée d’une ora, pleine de mystères, et l’on a hâte de l’explorer.

On a beaucoup hésité avant de venir en Birmanie. En effet, vous connaissez notre aversion pour donner de l’argent à des salauds, et une partie des dirigeants birmans en fait encore partie malheureusement. En effet, malgré l’élection, non officielle, de la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, à la présidence du pays, les institutions sont toujours régies par une constitution, sur laquelle une partie de la population n’a pas pu s’exprimer, dont le résultat du référendum de validation a été truqué. Cette constitution donne toujours à l’armée presque les pleins pouvoirs[1], cette dernière possédant 25% des sièges à l’assemblée, ce qui constitue une majorité de blocage pour toute réforme qui ne lui conviendrait pas.

DSC02257
Aung San Suu Kyi et son père, en photo partout dans le pays, icônes de la LND (Ligue Nationale pour la Démocratie), signe de l’ouverture du pays, qui reste relative

Quand on a appris le génocide perpétré par l’armée contre la minorité Rohingya[2], sans que le gouvernement proteste[3], on a même pensé à ne plus venir ici. Par nos frais de visa, les taxes (exorbitantes) sur les hébergements, ou les droits d’entrée des lieux touristiques, on participe, et donc quelque part, on cautionne… Ça nous retournait rien que d’y penser, et puis on a relativisé un peu, car c’est un peu une constante de notre voyage, la traversée de pays dictatoriaux, autocratiques, où les droit de l’homme et la démocratie sont bafoués. Et puisque certains nous offrent quand même la possibilité de venir voir sur place comment cela se passe, on ne se prive pas. Certes, il nous faut rester bien sages, ne pas aller dans les endroits qu’on ne veut pas nous montrer, ne pas faire de vagues, nos libertés de mouvements sont limitées afin d’éviter trop d’échange avec la population, mais c’est toujours plus efficace et enrichissant de se rendre compte par soit même qu’à travers les filtres des médias (même si cela est complémentaire). Comme bien souvent, les peuples opprimés ou qui l’ont été sont d’une gentillesse inimaginable, et nous offrent un accueil incroyable, et déjà nous ne regrettons pas notre choix de venir quand même. Nous sommes ravis de pouvoir discuter, échanger et partager avec ces gens à la réalité si éloignée de la nôtre.

Myeik , comme les autres villes du sud de la Birmanie, possède deux noms, celui en birman, et « l’ancien » nom, donné par les premiers colons européens débarqués ici, et popularisé alors que le pays faisait parti de l’Empire de Sa Majesté au sein des Indes britanniques : Mergui. L’influence ne s’arrête pas à la dénomination des villes, l’architecture garde des traces de cette histoire, comme le traditionnel Big Ben miniature, souvent en bois, qui trône fièrement sur les places principales, ou les rues en quadrillage bien régulier. Le tourisme est ici à peine développé si ce n’est 2 hôtels acceptant les étrangers et un ou deux restaurants, aux tarifs bien supérieurs à notre budget, possédant une carte en anglais. Les presque 70 ans qui nous séparent de l’indépendance (et quasiment autant de dictature), ont donc aussi effacé la langue impériale du coin, sans que le tourisme ou les affaires ne la fasse revenir. Heureusement, l’adorable réceptionniste de notre hôtel nous apprend les bases pour communiquer dans sa langue, et nous sommes donc parés pour aller arpenter la ville à vélo. Après quelque essais à différents ATM, on arrive finalement à retirer (détail qui aura son importance, vous verrez). La ville est très agréable, notamment parce qu’elle est ombragée par d’énormes arbres que permet le climat local. Les maisons en planches de tek, peintes en bordeaux ou en bleu, sont charmantes, et côtoient quelques bâtiments en béton qui sont couverts de moisissures et de champignons.

Birmanie

Birmanie

Mais, comme on vous l’a déjà dit, ce qui frappe tout de suite quand on observe la Birmanie, c’est ses habitants, leur look et leur coutumes ! C’est un véritable tableau vivant, envoûtant, que l’on pourrait rester observer pendant des heures et des heures. Un tableau ou s’entremêlent une myriade de couleurs toutes plus vives, plus attirantes, plus élégantes les unes que les autres. On l’avait lu ailleurs, on trouvait ce genre d’affirmation un peu naïve, mais il faut l’avouer, les femmes birmanes sont d’une rare beauté. Une grâce et un élégance naturelle, mises en valeur par les longyis, le vêtement national incontournable (il s’agit d’un sarong ou morceau de tissu noué autour de la taille), et par le Tanaka. C’est une pâte/pommade fabriquée à base d’un bois local (le Tanaka, pardi 😉 ), aux avantages multiples : à la fois bon pour la peau, rafraichissant et protecteur du soleil, il est aussi très esthétique, d’une couleur allant du jaune au brun claire. Tout comme le longyi, il n’est pas réservé aux femmes, et certains hommes aussi s’en mettent sur le visage (même si ils accordent souvent moins d’importance aux finitions, dirait-on ). Les birmans, c’est aussi un incroyable contraste entre tradition et « modernité ». Chez les jeunes branchés, les longyis cohabitent parfaitement avec les jeans et T-shirt troués; le Tanaka avec les casquettes, les cheveux décolorés et les écouteurs.

wp-image--979976505

Birmanie
Après les levers de soleil, sur le golf de Thaïlande, on retrouve les couchers de soleil sur le golf du Bengale qui les valent bien 🙂

La ville est très hétéroclite et l’on trouve toutes les religions bien représentées. Les temples bouddhistes côtoient les mosquées, les églises et même une synagogue. Musulmans et bouddhistes, majoritaires, semblent cohabiter parfaitement ici, loin des exactions du Nord du pays.

Après deux jours de repos, on reprend la route comme on l’aime, c’est à dire à bicyclette, avec quelques appréhensions tout de même, car on sait que l’on devra faire de grosses étapes pour atteindre les seuls hébergements autorisés à accueillir des étrangers.

Birmanie
Encore un peu de bitume aux alentours de la ville, qui disparaitra vite à la première route secondaire
Birmanie
Maison sur pilotis. A la campagne, le tek laisse place aux murs en bambou tressé.

En quittant Myeik, on découvre très vite une particularité du pays : la ferveur des bouddhistes! Vraiment plus développée encore que dans les autres pays d’ASE traversés, poussée à la limite de l’extrême. En tout cas, une aubaine (ou un arrangement ?) pour les producteurs de ciment locaux (souvent des entreprises gouvernementales), les innombrables statues de bouddhas ou les stuppas nécessitant beaucoup de cette précieuse ressource. Remarquons par contre que les temples, plus nombreux encore qu’ailleurs, souvent avec des parties en bois, sont beaucoup plus modestes.

Birmanie
Perdu au milieu de la jungle, en quittant Myeik, des dizaines de bouddhas, bien alignés chacun dans une position différente, toujours avec son ombrelle et son arbre…
Birmanie
Un temple birman, moins pompeux qu’en Thailande, Laos ou Cambodge

On rejoint alors la route numéro 8, qui est un peu passante dans le coin, mais heureusement, nous pouvons vite prendre l’ancienne route qui l’est beaucoup moins. Il nous faut alors traverser un fleuve en prenant le bateau. C’est un peu folklo car contrairement au Laos, il n’y a pas de rampe pour monter dans la frêle pirogue, et nous sommes donc obligé de porter les vélos. Heureusement tous les passagers et bateliers nous filent un coup de main et cela va donc tout seul ! :).

Très vite, on se laisse envoûter par ce pays où tout le monde sourit malgré des conditions de vie difficiles (60 ans de dictature et de fermeture au monde ont fait passer le pays du stade de plus riche d’Asie du Sud, à l’un des plus pauvres [4]). Ce n’est plus seulement les enfants, mais chaque personne croisée, ou presque, qui nous lance de joyeux « Mingalaba! » ou « Tata ». C’est très agréable, cela nous rappelle le Laos. C’est pourtant dur ! On enchaine les étapes à plus de 90 km (on explose même notre record en dépassant les 100 km sur une étape), sur des routes qui font les montagnes russes, sous de fortes chaleurs, sur un revêtement en état aléatoire, en piste dès que l’on quitte l’axe principal pour l’une des rares routes secondaires. Mais l’ambiance reste au beau fixe grâce à la bonne humeur qui émane de chaque personne croisée. Si le Sud de la Birmanie s’est ouvert au tourisme (avec pas mal de retard sur le Nord du pays), ont sent qu’en dehors des villes, à part quelques cyclo-touristes, il n’y a pas trop d’étrangers qui passent par là. Les gens sont donc toujours très curieux et nous invitent souvent à nous arrêter, ce qui est frustrant car, avec l’obligation d’atteindre les hébergements, nous sommes pressés et l’on ne peut que rarement répondre favorablement à leurs appels.

Birmanie
Ce gentil monsieur en scooter que l’on a croisé ira jusqu’à faire demi-tour et arrêter Loris, lancé à pleine vitesse dans une descente, dans le seul but de « discuter » un peu avec nous et bien sur faire un selfie !
Birmanie
Regardez cette sérénité en passant sur le petit pont en planches branlantes 😉

Pour toute cette partie, nous suivons les conseils d’Alice et Benoit (on vous recommande d’ailleurs la lecture de leur dernier article contant leur retour en France, drôle, comme d’habitude, et en même temps à la fois émouvant), passés là juste avant nous, et c’est super chouette ! Nous ne nous posons pas trop de questions sur l’itinéraire ou les guesthouses où nous pouvons dormir, tout est déjà indiqué sur notre carte. Cela rend la partie un peu plus facile malgré les difficultés. Un grand merci à La Transat’ Cyclo Agency donc ;). Le premier soir, nous atteignons la bourgade de Palau après 93 bornes. Alors que LoLo rédige le poisson d’avril auquel nous avons pensé en roulant (hihi), Anabelle trafique sont vélo devant la guesthouse. Elle est observée par plusieurs gars un peu louches qui semblent avoir les chicots ensanglantés ! On découvre en fait une autre tradition birmane ancestrale qui nous avait échappé jusque là : le Bétel. Ici, la cigarette n’est pas la drogue la plus représentée, c’est le Bétel, qui est chiqué à longueur de journée. Il s’agit de feuilles de Bétel (une plante grimpante du coin) [5] , à l’intérieur desquelles on met :

  1. de la noix d’Arec [6] rappée, le fruit de l’aréquier aussi appelé… palmier à Bétel [7] (oui c’est compliqué il faut bien s’accrocher pour comprendre ^^), c’est ce qui donne la couleur rouge et fait saliver,
  2. du tabac (ajouté depuis la période coloniale), histoire de rendre accroc,
  3. et… de la chaux !!! Ouais ouais, on n’a peur de rien ici, on bouffe cette poudre blanche qui nous pique les mains si on la touche… Cela permettrait de faire saliver encore plus et d’accélérer les effets de ce cocktail de folie !

Le tout aurait un effet grisant, stimulant, anti-douleur, voir même antiseptique (plus besoin de se brosser les dents !). Mais aussi, vous vous en doutez, terriblement addictif et cancérigène [8]… Bref, nos deux loustics, aux dents rouges orangées, qui crachent régulièrement d’immenses filets de bave rougeâtre, sont un peu flippants quand même. Ils demandent à Anabelle où l’on compte aller demain car ils veulent l’indiquer à la police de l’immigration… L’un d’eux est en fait le second gérant de la GH. Pas des plus rassurants, surtout que demain, on a prévu de bivouaquer, bravant l’interdiction nationale. Mais bon, l’avantage, c’est que cela ne les choque pas du tout quand on leur dit qu’on a prévu une étape de plus de 200 km pour le lendemain ! Et ouais, avec notre physique impressionnant, cela leur parait tout à fait possible ;).

Le lendemain on décolle tôt pour être crédible ! La route est en « up and down » dès le début, ce qui nous fatigue assez vite. Il fait déjà super chaud. Heureusement, avant de partir, on a rempli nos gourdes au bidon de 20 litres. Vers midi, on s’arrête manger dans un vrai resto (avec menu en birman) à Palau. On se régale d’assiettes de nouilles aux légumes, deux différentes: « ma ma jaw » et un autre truc « jaw » (sauté). on repart vite, mais, avec cette chaleur, on s’arrête faire une sieste dans un champ d’hévéa qui permettra aussi de couper la crête les cheveux de Lolo. On repart après 30 minutes, mais Loris n’est toujours pas au mieux de sa forme. L’après-midi est en outre un peu monotone, les champs d’hévéas succédant aux champs d’hévéas, et de palmiers à huile… On s’arrête dans un village pour acheter des bananes qu’on ne nous fait pas payer (!), et quand on demande à remplir nos 7 gourdes à la bombonne d’eau potable (notre filtre est cassé…), on ne nous autorise pas non plus à les dédommager. Généreux, les birmans 🙂 On s’arrête ensuite pour boire une boisson fraiche et sucrée (astuce pour redonner des forces à un Lolo fatigué), mais ça ne lui file pas la pêche pour autant. Comme quoi, ça ne marche pas à tous les coups ! Anabelle, quant à elle, commence à avoir mal à la tête. Et une montée approche… Heureusement, elle prend son courage à deux pieds et sort la corde pour tirer Lolo quand sa langue commence à trainer par terre, dans la dernière difficulté du jour. Ca permet de passer. Ouf ! Il est bientôt temps de trouver un emplacement pour la nuit. Or, avec le règlement « anti-bivouaqueur », on n’est pas hyper sereins. Chaque personne croisée devient un délateur potentiel (on sait qu’il sont obligés de dénoncer à la police s’ils ont vu quelqu’un camper, pour ne pas risquer de gros ennuis), même si en réalité, beaucoup nous sourient, lèvent le pouce ou même applaudissent quand ils nous voient. Invariablement, les gens qu’on croise nous demandent « Where you go ? » et ne sont pas du tout choqués si, après 17h, on leur indique une ville située 50 km plus loin ! Physique de brutes, on vous dit ! Du coup, au moment d’étudier un endroit (Y a-t-il une surface plane pour la tente ? Du bois ? Est-ce abrité de la route ? Agréable ?), si quelqu’un passe par là, on fait toujours semblant de s’être arrêté juste pour boire un coup ;). Après plusieurs échecs, on trouve finalement un coin bien planqué dans la jungle; sur un sentier, avec juste un petit espace suffisamment grand pour la tente, les vélos seront quelques mètres plus loin. La nuit se passent bien, même si quelques éléphants embêtent Ana quand ils s’approchent un peu près de la tente. 😉

Lundi 2 avril, on roule bien dès le matin, ce qui nous permet d’atteindre 50 kilomètres avant midi. On se pose dans un bouiboui pour manger, et arrive alors le moment tant attendu de consulter le blog pour voir les réactions des gens suite à notre poisson d’avril. Et là, nous sommes comblés : ils ont marché à fond, les gars ! 🙂 La palme revient quand même à Nadine et Philippe qui ont commencé à lever des fonds dans toute la France pour nous racheter des vélos ! On repart boosté et rigolant encore en pensant à leur tête, qu’on imagine assez bien ! On est quand même un peu embêtés, on pensait pas prendre autant de monde dans nos filets ! Comme quoi, on voit l’importance de cliquer sur les liens 🙂 On arrive à Dawei en milieu d’après-midi, par une petite route sympathique.

Nous vous compterons nos aventures sur la péninsule de Dawei dans un prochain article, en attendant, continuons notre remontée du Pays jusqu’à Mawlamyine (que les British ont prénommée Moulmein après de nombreux cas de langues bloquées dans d’étranges positions).

Jeudi 6 avril, nous nous apprêtons à quitter Dawei. Petit coup d’œil à nos comptes en banque avant de partir (on ne disposera peut-être plus trop d’internet dans les prochains jours). Gloups ! Pourquoi nous a-t-on prélevé deux fois 200€ la semaine dernière ? On comprend vite que lors de notre retrait à Myeik, on a été débité deux fois ! Oh la la ! Comment va-t-on faire ? S’en suit un paquet de va-et-vient dans la ville, de l’agence de location de scooters à la banque, puis au café pour avoir internet et essayer de démêler cette histoire. Au final, on quitte la ville sans rien avoir réglé du tout, en espérant téléphoner à notre banque en France un peu plus tard, quand les bureaux seront ouverts (il y a 5h30 de décalage horaire). On a perdu bien 3h à cause de ça, mais on a aussi fait une expérience hors du commun : pénétrer dans une banque birmane. On y est avant l’ouverture, un peu avant 9h donc, et on est loin d’être les seuls : une trentaine de personnes sont déjà entassées devant les portes. Oh la la, dans combien de temps va-t-on être reçus ? Les employés, chemises blanches et longyis au couleurs de la banque repassés et tirés à quatre épingles, arrivent au compte-gouttes, les minutes s’égrainent, et finalement, à 9h25, ça ouvre ! Les gens s’engouffrent alors dans le bâtiment, dévoilant d’énormes liasses de billets (on n’aurait pas pu soupçonner avant qu’ils avaient tout ça dans leurs sacs) qu’ils donnent aux employés afin, semble-t-il, qu’ils versent cet argent sur leur compte. Impressionnant ! En effet, la valeur de la monnaie birmane est très faible (1€ = 1600 Kyats) et il a peu de gros billets en circulation, les plus courants sont les billets de 1000… Des piles de billets super hautes passent de mains mains. Certaines atteignent bien 50 cm de hauteur ! Nous n’avons jamais vu autant de billets d’un coup. Les rappeurs ricains qui posent devant leurs billets pour leurs clips feraient pale figure comparé au directeur de la banque posant dans le coffre fort ;). Il règne comme une petite ambiance de FarWest mais heureusement nous sommes en Birmanie et donc personne n’aurait l’idée de dérober le moindre Kyat.

Le directeur de la banque pendant ses weekends !
Quand tu fais des économies en Birmanie

En tout cas, on s’est inquiété pour rien, il y a tellement d’employés là dedans qu’on en trouve tout de suite deux pour s’occuper de notre cas. On nous fait ensuite attendre sur des chaises en plastiques, au milieu de tout un tas de personnes venues pour autre chose que déposer de l’argent, et on nous sert le thé, accompagné de bonbons en libre service. Marrant. A part ça, ce passage à la banque ne nous permet nullement de régler notre problème, on ne peut rien faire pour nous, il faut qu’on contacte notre banque.

On quitte la ville un peu assommés d’avoir perdu tout ce temps pour rien, et un peu stressés de ne pas savoir si on pourra récupérer notre argent. Sur ce, on s’aperçoit que le pneu arrière de Loris a 2 sévères boursoufflures ! Il nous faut nous arrêter pour les panser au plus vite, avant de faire une réparation plus sérieuse, voire un changement de pneu, plus tard. Mais d’abord, il nous faut rouler. Rouler, rouler, facile à dire, mais la chaleur est écrasante à plus de midi, et nos estomacs commencent à crier famine. On s’arrête donc dans un petit resto thaï en bord de route afin de reprendre des forces et on profite de cette pause pour appeler la banque. D’ailleurs, en parlant d’appeler en France : astuce-de-ouf-de-guedin-qui-peut-vous-faire-économiser-des-centaines-d’euros-de-hors-forfait-en-cas-d’appel-d’urgence-à-passer-depuis-l’étranger, et à laquelle on avait pas pensé jusque là (merci au gars de passage à l’agence de location de scooters !) : on peut acheter du crédit skype (par tranches de 10€) qui permet ensuite d’appeler les numéros de téléphone ordinaires partout dans le monde, pour quasi rien ! Nous, par exemple, on a dépensé moins de 50 centimes pour appeler plus de 10 minutes en France. Ca vaut le coup, non ? Bon, par contre, il faut disposer d’une connexion internet. (Ok, c’est vieux comme tout, c’est même pour cet usage d’abord que skype a été inventé, mais on y avait pas pensé.)

Nos estomacs rassasiés, nous pouvons enfin repartir à vive allure. La route s’y prête bien : elle est plutôt plate et roulante, à part quelques endroits en travaux. Mais au bout de 20 km, nouveau coup dur : le GPS nous annonce 20 km de plus que prévu pour atteindre l’hôtel ! Grrrr ! Aux alentours de 17h30, on n’a fait que 60 km, mais on n’est pas franchement motivés pour rouler beaucoup plus, et un monastère apparait comme par hasard sur notre droite – on ne peut quand même pas l’ignorer – donc on se décide à demander l’hospitalité. L’unique moine est d’accord, youpi ! Le poste de police le plus proche doit être à 50 bornes, pas sûr qu’ils nous aient signalés à l’immigration. Le monastère est le plus rustique que l’on a vu jusque là : pas d’électricité, et juste un bassin en béton pour l’eau, qui ne doit pas être renouvelée bien souvent (eau verdâtre avec plein de trucs qui flottent^^). Mais ça nous convient très bien : quand on bivouaque, on n’a pas mieux. Et puis, l’avantage, c’est qu’on peut s’endormir rapidement, bercés par le chant du moine, sans micro et amplis poussés à bloc, pour une fois !

Birmanie
La douche façon moine ! 2 en 1 : douche et lessive à la fois
Birmanie
Loris nous concocte un repas dans la cuisine du monastère, assez similaire à notre cuisine de bivouac

Le lendemain, les villageois qui nourrissent le moine ont prévu large et nous avons droit à un véritable festin. Miam Miam Miam (même si les odeurs de curry de poisson au réveil c’est un peu violent^^) . La grande route est encore une fois un peu monotone : champ d’hévéas à droite, champ d’hévéas à gauche… Classique ! On remarque alors que la plupart des familles ont sorti leurs tapis et les font sécher sur des étendages en bambou, devant la maison. Ca doit être jour de grand ménage. Certaines en ont vraiment beaucoup, c’est drôle… Et puis, ça sent bizarre, comme… du caoutchouc ! Aaaaaah, qu’on est bêtes ! Si on longe des plantations d’hévéas depuis des jours, ce n’est pas pour rien ! Par la suite, on verra même des petits rouleaux compresseurs qui permettent de transformer la sève récoltée en ces ravissants tapis blancs 🙂 (qui tirent ensuite plus sur le marron quand le séchage est avancé, et dont l’odeur nous fera ensuite franchement plisser le nez par moment).

Birmanie
Les fameux « tapis » en train de sécher

Par moment, des travaux nous ralentissent. Heureusement, les sourires, salutations et encouragements des galériens qui y travaillent nous permettent de garder le moral. Parfois, ils sont très jeunes (10-15 ans)… On nous avait dit que c’était souvent les villageois eux-même qui fassent les travaux ici. Il semble que cela soit bien le cas…

Birmanie
Les villageois qui refont la route. Notez comme le longyi est parfaitement adapté à la tache.
Birmanie
Les bidons de bitum en cours de préparation à gauche, utilisés et en attente de « recyclage » à droite
Birmanie
Un petit mur de soutènement en bidons, pas mal le recyclage non ? Bon ok, pas sûr que la rivière en contrebas apprécie…

Bucèph’ est très taquin ces temps-ci. Ce matin il fait exprès de se faire lourd ! Loris en bave pour avancer. Une pause regonflage de pneus et alimentation du LoLo avec des petits gâteaux bien gras (style chinois) qu’un camionneur nous avait offert la veille réglera le problème. A midi, quand on s’arrête dans le premier bouiboui venu pour manger, on a la désagréable surprise de ne trouver que du riz et de l’œuf, et à un prix exorbitant (enfin, relativisons : 3,50€…). En plus, Anabelle fait la grave erreur de commander un fanta vert (elle voulait finir sur une note sucrée). Ne faites jamais ça : on a testé pour vous, ça ne vaut pas le coup. On repart pour nos 34 derniers km (on en a fait 70 ce matin !), on grimpe la plus grosse difficulté du jour (une petite bosse de 150 m de déniv’) et on subit notre premier contrôle de police au sommet. Cela se passe très bien, les policiers sont sympas, lisent les phrases de birman écrites sur la sacoche de guidon de LoLo (qui peut donc réviser en rouant^^) et se prennent en photo avec nos canassons :). Ils nous demandent aussi le prix de nos vélo – c’est déjà la troisième fois que cela nous arrive au Myanmar, et nous les dévaluons un peu, toujours mal à l’aise pour répondre qu’ils coûtent plus un an de salaire moyen d’un fonctionnaire birman (qui ne doit pas trop mal s’en sortir par rapport à d’autres) [9]…

Birmanie
un délicieux repas de bouiboui, à l’opposé de celui décrit précédemment
Birmanie
Beurk Beurk

Le soir nous arrivons à Yé où nous filons à l’adresse indiquée par A&B, petit hôtel sans prétention mais avec une vue sympa depuis notre 2ème étage, avant d’aller célébrer avec un « fruitshake » notre journée à plus de 104 km, record absolu. Sur le chemin pour le bar, l’incorrigible Bucéphale fera encore l’andouille sur le trajet en marchant sur du béton frais, ce qui vaudra à LoLo un « very stupid » de la part d’un dame. « -Alors déjà c’est pas ma faute c’est celle de ma monture ! Et ensuite, indiquer du béton frais par une simple planche posée devant, comme il en traine de partout dans votre bled c’est pas très malin non plus ! »

Birmanie

Les jours suivants, nous prenons de plus petites routes, souvent dépourvues d’asphalte, ce qui ne nous déplait pas, car les paysages et passages dans les villages y sont beaucoup plus agréables que sur la grosse route. Les rizières asséchées, sur fond de collines karstiques, où paissent parfois quelque vaches maigrelettes ne sont pas sans rappeler le Laos ou la Thaïlande (vers Cha’am). Et puis, les cailloux et creux à éviter rendent l’exercice ludique ! Il nous faut repérer l’itinéraire qui nous fera le moins sauter ;). Nous déjeunons dans l’unique gargote du coin, où un adorable habitant n’a pas hésité à nous guider en faisant 3 km sur son scooter. Elle se trouve à… la gare ! Oui, au milieu de cette pampa, une ligne de chemin de fer, et une gare. Comme les autres voies ferrées du pays elle doit dater de la période coloniale, sans jamais avoir été remise en état depuis. Ambiance « Il était une fois dans l’ouest » garantie sur les quais. Surtout que sur les pistes alentours, nous recroisons pour la première fois depuis la Pologne (c’est dire les disparités qui existent encore dans l’U.E.), des chars à bœufs, ou à buffles ^^, ou des charrettes tirées par des chevaux. On passe voir une dernière fois la mer avant longtemps. C’est marrée basse, pas de baignade, tant pis. Puis on se met en quête de notre logement du soir. Nous cherchons encore à loger chez les moines car nous sommes éreintés par cette longue piste. Après un refus dans un grand temple, on en dégote un plus petit, où il n’y a pas de moine, seulement une famille qui entretient les lieux… On se demande si tout ces monastères vides ne sont pas dû à la « fête de l’eau », le nouvel an bouddhiste, qui approche, et que les moines seraient en pèlerinage sur les lieux sacrés du pays. On veut s’assurer que nos hôtes n’auront pas de problèmes avec la police, mais cela n’a pas l’air de les inquiéter du tout. En réalité, une loi est récemment passée, permettant au gens d’accueillir des étrangers sans autorisation de la police, mais comme ni les habitants, ni la police ne sont vraiment au courant, c’est toujours l’ancienne réglementation en vigueur dans les faits. Peut-être que le commissariat du coin possède une meilleur connexion internet pour recevoir les nouvelles :). LoLo cuisine au Biolite, devant toute la famille, éblouie par cette petite merveille (normal 😉 ), de succulentes pâtes aux aubergines. Le lendemain nous profitons de nos derniers kilomètres dans la campagne du sud de la Birmanie que l’on aura énormément appréciée. On profite du passage dans un village pour acheter du Tanaka et du groupe de dames présentes qui nous explique comment s’en servir. Nous voila fin prêts pour affronter les derniers kilomètres qui nous séparent de Mawlamyine.

Birmanie
Des jarres d’eau, a priori potable, apportée en offrande par les fidèles, sont présentes tout le long de cette route. Même pas peur, on la boit 🙂
Birmanie
Une des nombreuses rencontres sur cette route : cette bande de gamins a fait demi-tour pour nous demander de les prendre en photo ! Elle fera aussi dire à Loris : « plutôt s’arracher les yeux que de faire une photo pareille quand on a un sujet comme ça »…

wp-image-88552455

wp-image--698738641
Une jarre d’eau sous Naga (toujours le dieu de l’eau) entourée de malicieux bambins

Sur la grande route retrouvée, on croise un immense bouddha. Nous passerons notre tour par contre sur le plus grand « reclining bouddha » du monde, ce n’est pas ce qui nous attire le plus.

wp-image-335431736
Et de toute façon, on en a vu un autre, de « reclining bouddha », certes moins grand, mais c’est pas la taille qui compte, c’est la position
wp-image-1382274003
quand on vous dit immense…
wp-image--727833487
Toujours dans la sobriété : ici, un cheval de 5 mètres de haut

Un petit col plus tard, nous arrivons dans les alentours de Mawlamyine qui sont plutôt animés. Ici, un camion avec une sono de folie, suivi de tuk-tuks (20 à 30 !) remplis d’enfants et d’adultes qui dansent, là une procession de 50 scooters dont les conducteurs sont « endimanchés » (en rouge et blanc). Est-ce le début des festivités de la fête de l’eau, qui ne doit pourtant commencer que 3 jours plus tard ? Un mariage ? On ne sait pas. Nous arrivons finalement à la ville où l’on ira déguster 2 salades typiquement birmanes : la salade de gingembre et la salade de feuille de thé. Miam !

Nous avons vraiment adoré cette partie de la Birmanie, encore relativement vierge et très authentique. L’accueil que nous y avons reçu et les rencontres faites ici ont été extraordinaires. Vraiment, si vous cherchez une destination de voyage de rêve, venez ici* (et rapidement avant que le tourisme de masse ne détruise tout). En vélo ?


Pour ceux que ça intéresse, voici toute nos photos du Sud du Myanmar.


*Bon, ok, on vous l’a déjà dit pour le Sud de la Thaïlande, mais ici, c’est différent : moins de plage, plus d’aventure. On en connait qui préfèrent 😉


Sources :

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Référendum_constitutionnel_birman_de_2008

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/2015_Rohingya_refugee_crisis

https://en.wikipedia.org/wiki/2016–17_Rohingya_persecution_in_Myanmar

[3] http://www.monde-diplomatique.fr/2017/01/CHAUMEAU/57000

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Économie_de_la_Birmanie

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Piper_betle

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Noix_d%27arec

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Palmier_à_bétel

[8] http://www.ladepeche.fr/article/2015/07/27/2150465-birmanie-les-chiques-de-betel-bombe-sanitaire-a-retardement.html

[9] leroutard.com


14 réflexions sur “Le Myanmar à vélo, et au triple galop !

  1. Birmanie…je te rencontre grâce à ces deux courageux…merci!!
    Les plages manquent des milliers de parasols que l on voit sur nos plages d Europe…lol.surtout quand on sait que l Asie du Sud est la partie la plus peuplée du monde!! On le voit d ailleurs sur vos photos de villages ou villes.. on se rend compte de la différence de façon de vivre..😉chaque photo nous rappelle une période plus ou moins lointaine dans le temps comme dans le monde..merci à tout les deux..bisou

    J'aime

  2. C’était donc les éléphants qui vous avaient piqué vos vélos?! Dis donc, après tout ces récits, j’ai comme l’impression que Lolo a une petite baisse de forme. C’est quoi ce truc de corde? Vous vous encordez pour gravir les cols à vélos?
    Il se passe quoi si les habitants vous dénoncent à la police?

    J'aime

    1. Bah oui les routes sont dans un tel état qu’on a peur de tomber dans des crevasses, donc on s’encorde !
      Tu nous manques. On t’a pas vu sur les photos du mariage, tu t’es couché tôt ou quoi? ^^
      On t’aime! ❤
      Si on nous dénonce à la police, a ce qu'il parait, ils viennent te voir pendant la nuit, et peuvent te faire déménager jusqu'à un hôtel.
      PS: on est au pub, on fête nos un an de mariage. Heu non, de voyage !

      J'aime

  3. Un an déjà! que de chemin parcouru ! (au propre et au figuré)
    De retour dans notre brave pays après quelques jours en commun au Tadjikistan, nous retournons quelques mois en arrière avec ce magnifique article ( et ses dérivés), qui m’a fait coucher tard mais qui en valait la peine.
    Par contre, maintenant nous sommes impatients de découvrir la suite…

    J'aime

  4. Toujours aussi agréable de lire vos articles
    Aung San Suu Kyi est elle plus souvent an photos que Emomali Rakhmon, président depuis 1994 a nommé son fils aîné maire de Douchanbé la capitale Tadjik le 12 janvier 2017?
    Les boudhas sont ils plus grands que celui que l’on a vu au musée de Duchambé?
    Après votre pause (bien remplie), bonne reprise sur les vélos tous réparés et Lolo va être tellement plus léger qu’il n’aura plus besoin de corde?
    Au plaisir de lire le prochain et à bientôt
    Gros bisous à tous les deux

    J'aime

  5. Toujours aussi chouette de lire tout ça, on voyage vraiment avec vous depuis le début et on découvre de sacrés endroits. Et chapeau pour vos étapes titanesques ça a valu le détour visiblement mais c’est costaud !

    J'aime

  6. Hello Annabelle et Loris Toujours content de vous lire et de voir les photos de votre magnifique périple…
    J ai bien reçu votre carte du Tibet,qui m a faite bien plaisir.
    Pour la petite histoire, vous remarquerez que tous les bouddhas allongés sont toujours sur le flan gauche.
    C’est pour mieux atteindre le nirvana…l inverse ne serait pas bien vue que c’est le côté du cœur, et que le poids du corps empêcherait une bonne circulation sanguine…C’était la minute instructive du vieux savon , euh! (savant )de Marseille ;-)!!!!
    Pour ceux qui veulent voir des bouddhas il y a la pagode Thien Minh à st Foy les Lyon.(je plaisante)!!
    Continuez bien, et profitez au maximum de votre escapade.
    Sarva mangalam.

    J'aime

  7. Houps!!! j’ai fais une erreur lors de mon commentaire au dessus…Je voulais dire flan avec un C…. et côté droit , le cœur étant à gauche..Milles excuses On ne peut pas corriger une fois la machine lancée…
    Biz

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s