Cambodge, de vestiges tu regorges

Nous ne sommes restés que 13 jours au Cambodge, un peu pressés par le temps car nous avions un rendez-vous en Thaïlande ;). Nous l’avons donc seulement traversé au plus direct, de la frontière avec le Laos jusqu’à celle avec la Thaïlande, au niveau de Pailin, en faisant quand même une pause par les sites archéologiques khmers qui étaient sur la route.

Routes et Paysages : ça sent le brûlé !

Dès notre arrivée au Cambodge, nous sommes surpris de voir sur les bords de route un paysage complètement aride et désolé, avec soit des champs et une végétation complètement cramés, soit des plantations ininterrompues de palmiers à huile qui viennent remplacer les cultures ou les arbres qui existaient avant. 😦 On passe d’ailleurs notre première nuit au Cambodge dans une plantation de ces fameux palmiers.

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Le champs de jeunes palmiers à huile. C’est bien comme à la télé, des palmiers bien alignés, sur des hectares, à perte de vue, sur un sol sec et arride.
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Ce qui n’empèche pas un joli couché de soleil. Parfaite photo pour coller sur une bouteille d’huile de palme, non ? 😉

Ensuite, tous les jours, on peut voir de petits feux sur les bords de route ou au loin, il flotte dans l’air une éternelle odeur de feu de bois, et le ciel est brouillé par une fumée indistincte mais bien présente qui nous fait ressentir la même impression de coucher de soleil permanent qu’on avait en Chine quand c’était over-pollué.

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Un coucher de soleil à travers la fumée des feux de brousses/forêts

On se demande comment les gens sont si sereins, parce que parfois, le feu est tout autour de leur maison (en bambou), mais ils sont tranquilles dedans. Nous, quand on campe avec des feux qui s’allument quelques fois à une centaine de mètre de notre tente, on fait pas les malins. « T’es sûr que ça risque pas de venir jusqu’à nous ? Tu sais bien, moi, quand je dors, je dors, hein ! » Mais on ne déplorera pas d’incident.

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Le résultat du brûlit… pas très glamour. Notez la petite cahute en bambous qui a survécu au milieu du champ !

Alors un conseil, si vous venez pédaler au Cambodge, cherchez les zones vertes sur la carte !

Rencontre avec les Khmers

Nous ne connaissions pas grand-chose du Cambodge, ni son histoire (même si on avait bien sur entendu parler de l’épisode sanglant des Khmers Rouge, mais sans détails), ni sa géographie, ni ses habitants. On avait juste entendu dire : « Attention, les Cambodgiens sont filous, ils essaient d’arnaquer les toursites ». En arrivant, on se méfie donc un peu, à juste titre au début, car dans le premier resto où l’on déjeune, la serveuse se trompe sur la note en notre défaveur. Ce qui nous fait nous dire « Ah oui, ils sont filous ! » (l’influence de ce qu’on entend, comme quoi…). Mais à part cet épisode, très certainement une erreur, on n’a jamais eu l’impression de se faire avoir. Les prix qu’on nous annonce nous paraissent très corrects (la bouffe est même moins chère qu’au Laos). Surtout, tous les khmers que nous croisons sur la route sont extrêmement avenants, nous grattifiant, adultes comme enfants, de « hello » et de « byebye » enjoués. Quand nous disons « hello », ils répondent « bye bye », et vice versa, ce qui nous mettra dans la tête la chanson « Hello goodbye » des Beetles pendant tout le séjour !

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Rechargement en eau, du puits de la ferme voisine (et de ses charmants habitants), filtrée pour plus de sécurité gastrique, lors d’une chaude journée sur les routes sans ombre du Cambodge

Fruits exotiques en folie !

LE truc génial au Cambodge (pour nous en tout cas), c’est la profusion de fruits exotiques (mangues, ananas, noix de coco pour ne citer qu’eux) partout et à petit prix. Les mangues notamment ont un gout… Mmmmh ! Rien que d’y repenser, on en a l’eau à la bouche. On s’en achète presque tous les jours pour agrémenter nos repas : en guise de dessert le midi et le soir, ou d’accompagnement de notre riz le matin. A part les fruits précédemment évoqués, on en découvre plusieurs autres qu’on n’avait jamais vus, et qu’on trouve pas mal (mais on ne réussit pas à se les faire traduire en anglais) :  l’un que l’on surnomme « kitchi » parce qu’il a l’aspect exterieur d’un kiwi, une chair marron un peu à la texture de poire, et plusieurs noyaux qui ressemblent à ceux qu’on trouve dans le litchi, un autre est une sorte de prune ovale et jaune orangé, au gout très acidulé.

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Noix de coco bien fraiche, slurp !
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Le « milk fruit », juteux à souhait ! (Son jus est blanc malgré la couleur violette de sa chair, d’où son nom)
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Un petit dèj’ de champion : ananas, mangues, « kitchi », beignets de bananes (et restes de crêpes de la veille !). Miam ! 🙂

Les sites historiques : vestiges de l’empire khmers

Voici le point culture de cet article : les sites historiques khmers. Nous avions déjà visité un petit temple khmer au Laos, le Wat Phou, qui nous avait mis l’eau à la bouche pour les suivants qui nous attendaient sur la route.

1. Koh Ker

Avant Angkor (site le plus connu et qui regroupe un nombre impressionnant de temples), sur notre route, il y a un premier site que l’on décide donc d’aller voir : celui de Koh Ker. Il est plus petit et plus calme, mais aussi très intéressant. Il est composé d’un ensemble de petits temples et d’un plus gros surmonté d’une pyramide. Le lieu est situé près d’un tertre connu par les gens du coin comme « le tombeau de l’éléphant blanc ». Il a été édifié par le roi Jayavarman IV au cours du 10ème siècle.

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Le Mexique ? Non, le Cambodge !

On passe une bonne matinée sur ce site, s’acquittant au passage de 10$ d’entrée (ce qui, soit dit en passant, n’est rien à côté des 37$ la journée à Angkor !),  bien contents d’être à vélo pour pouvoir nous balader entre les différents temples qui entourent plus ou moins le plus gros. En effet, si beaucoup d’entre eux sont en grande partie écroulés, ils ont malgré tout beaucoup de charme. Pour vous décrire cette visite, voici un extrait de notre journal de bord :

« Nous arrivons au 1er temple, qui est époustouflant. Pas tellement par les bâtiments, en brique ou en pierre, mais par la nature qui y a repris ses droits, tout en protégeant les vestiges des rayons du soleil. Les arbres poussant sur le haut des « tours » étendent leurs racines jusqu’au sol en recouvrant les murs, emprisonnant les pierres. Certains poussent aussi sur le petit mur qui entoure les vestiges. Loris apprécie particulièrement, s’imaginant en Indina Jones ou Nathan Drake. Nous avançons ensuite jusqu’au temple principal, constitué d’une pyramide et d’un ensemble de « chapelles » qui  sont dans un état de délabrement avancé. On sent bien que cela devait être très élaboré, mais aucune statue (ou presque) n’est présente. On monte sur la pyramide qui offre une belle vue sur la jungle environnante (mais quand même bien cramée…[NDL: Oui, parce qu’ils essaient de nous faire croire par un affichage sur le site que la forêt y est gérée durablement, mais on peut voir partout des départs de feu qui attestent que comme dans le reste du pays, ils font tout bruler. Cela fait penser à l’ONF qui fait croire par des affichages similaires que pour gérer des forêts durablement, il faut tout raser tous les 15 ans*.]) puis on continue notre tour des petits temples, nous arrêtant de temps en temps (pas toujours, car il y en a un paquet).

2. Angkor

On a beaucoup hésité avant de se rendre à Angkor, car 1) c’est super cher, et le prix a doublé juste avant notre passage (comme par hasard !! ), 2) c’est ultra-touristique et on avait lu sur des blogs de voyageurs que ça perdait beaucoup de sa magie, à cause de ça. On avait donc peur d’être déçus et de ne pas pouvoir en profiter pleinement. Finalement, on se décide à y aller parce que c’est Angkor, quand même, et il est probable qu’on ne remettra pas les pieds au Cambodge de notre vie, et on passe tout près, et… allez, on y va ! Mais du coup, on se dit que pour pouvoir apprécier le truc à sa juste valeur, il faut qu’on se documente un peu. Ni une ni deux, profitant de notre carte sim 4G, Loris télécharge ce chouette documentaire sur Arte, que l’on se regarde aux bivouacs 2 soirs de suite, notre tente se transformant alors en home cinema. 🙂 On y apprend plein de choses et on a la surprise d’y retrouver le Wat Phou (qu’on a visité au Laos) et le site de Koh Ker, qui sont des sites majeurs. Surtout, ça nous fait envie car les images sont magnifiques et les commentaires laissent la place au mystère. Malgré son nom « Angkor redécouvert », il ne livre pas tous les secrets des temples car il reste encore beaucoup à découvrir.

A Siem Reap, la ville qui jouxte les sites d’Angkor, on décide d’aller en premier lieu au musée national pour arriver sur les sites avec le plus d’infos possible, pour pouvoir bien en profiter. Le musée est bien fait, on apprend des choses différentes de celles qu’on a vue dans le documentaire, notamment toute la cosmogonie hindouiste, qui est quand même sacrément compliquée (il y a un paquet de dieux et de déesses). Dans la foultitude de choses que nous raconte notre audioguide, on retient le mythe fondateur du « Grand barratage de la mer de lait », au cours duquel dieux et démons se sont affrontés pendant des milliers d’années en tirant sur un Naga (un immense dieu-serpent qui est présent partout dans les temples) pour fabriquer l’élixir d’imortalité qui a jailli des flots, avec des milliers d’Apsaras, les superbes nymphes célestes, toujours représentées en train de danser. On vous rassure, ce sont les dieux qui ont gagné et ont réussi à s’emparer de la boisson, grâce à l’aide des dieux suprêmes Shiva, Brahma et Vishnu. A noter que Naga, qui au bout de 1000 ans commençait à en avoir ras les anneaux qu’on lui tire dessus, a craché son venin, et que Shiva, dans sa grande bonté, l’a avalé (le venin, pas le sepent) pour sauver le monde.  Pour en savoir plus, vous pouvez lire la page wikipedia, dont l’histoire diffère un peu de ce qu’on a retenu, mais bon, l’hindouisme et le bouddhisme sont tellement compliqués et leurs mythes fondateurs ont tant de versions différentes que les pages qui y sont consacrées sur le wiki font l’objet d’une guerre d’édition…

A cette époque, bouddhisme et hindouisme co-existaient, mais les 1ers rois khmers ont choisi l’hindouisme comme religion d’état, dressant ainsi des temples à la gloire des dieux hindous. Selon les rois, c’est plutôt Shiva ou Vishnu qui avait la faveur du souverain, et le temple était ainsi plus consacré à l’un ou à l’autre. Puis, lorsque le bouddhisme a remplacé l’hinduisme comme religion d’état, les temples ont alors plutôt affiché des figures de bouddhas.

Mercredi 22 février, c’est le grand jour : nous nous levons à 4h10 pour partir à 4h30, direction Angkor ! Nous roulons une bonne demi-heure de nuit pour nous rendre au site d’Angkor Wat (le plus célèbre) où nous espérons voir le lever du soleil tout en évitant le flot de touristes. Nous sommes tout excités d’aller découvrir ce temples  mythiques en vrai ! On prend l’entrée Est, moins fréquentée. Il y a quelques personnes, mais pas plus d’une quinzaine. On s’approche de l’édifice dans la pénombre et on s’assoit dans l’herbe encore humide pour attendre que le spectacle commence tout en prenant notre petit déj : une brioche au chocolat ! 🙂 Le jour se lève peu à peu et on distingue de mieux en mieux le temple. C’est imposant… et magnifique.

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Comment ça, je ne suis pas réveillée ? 😉
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Angkor Wat qui sort doucement de la nuit

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On se décide ensuite à aller l’explorer. Il regorge de bas reliefs sculptés notamment d’apsaras. Trop beau ! On admire tout particluièrement celui qui raconte le grand barratage de la mer de lait. 🙂 Le temple est immense, à l’intérieur, les touristes sont plus nombreux. On regarde les différentes statues des dieux hindous (surtout Shiva) puis on va vers les jardins où il y a aussi de plus petits édifices, des allées bordées par le serpent Naga,… On croise un paquet de singes qui font leur vie sans être effrayés le moins du monde par les touristes.

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Le fameux​ barratage !
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Des Apsaras, les déesses issues du grand barratage !
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La finesse des bas-reliefs est impressionnante !
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Les gentils, gros singes qui vivent sur le site, en pleine toilette
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On révise les positions des Bouddhas apprises au musée la veille 🙂

Après Angkor Wat, nous renfourchons nos biclous pour faire un petit tour qui nous fait passer par plusieurs temples, certains assez sommaires, d’autres plus gros, tous différents, c’est vraiment chouette. A Ta Prom, des arbres immenses ont pris possession du site, comme à Koh Ker, et c’est superbe. Cependant, c’est le site où nous rencontrons le plus de monde, car comme nous avions commencé la journée à l’envers (en allant du coté opposé d’Angkor Wat pour le lever de soleil), nous avions continué en faisant le tour des temples dans le sens inverse de la foule, et c’est ici que nos chemins se sont croisés…

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On croise le flux de tuk-tuks des gens faisant la visite dans le « bon sens »
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La jungle a repris ses droits à Ta Prom

Tous ces beaux sites sont parfois en bien mauvais état car ils ont subi les marques du temps. Notamment, depuis qu’ils ont été dégagés de la jungle qui les protégait en partie des éléments (soleil, pluie et vent), ils s’érodent beaucoup plus vite. Les milliers de visiteurs quotidiens, qui ne peuvent souvent s’empêcher de toucher les bas-relief (des employés sont là pour replacer perpétuellement la barrière de cordes qui les « protègent », car elle avance « toute seule »), sont aussi un problème pour la conservation… Enfin, les destructions par les envahisseurs et le pillage (surtout récent !) ont aussi dénaturé certaines parties du site. Il manque du coup beaucoup de statues, et beaucoup d’entre elles ont perdu la tête.

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Les dégats du temps…
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… des envahisseurs…
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…et des pilleurs

L’édifice de Ta Keo est une sorte de pyramide, on y monte par des escaliers hyper raides, un peu comme à la grande muraille. C’est sympa !

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C’est raide !

En dernier, on visite Preah Khan, où l’on se rend par un petit chemin bien tranquille. Cela fait du bien, après l’affluence de Ta Prom et par rapport à la route où l’on croise des files entières de tuktuks ou de bus.

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Un dragon qui vient boire l’eau sacrée du temple ?
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Les boddhisatvas, sages ayant atteint l’éveil mais qui ont choisi de revenir sur terre pour aider les autres hommes

En rentrant, on passe dans Angkor Thom, capitale composée du palais royal et de plusieurs édifices, dont le Bayon et ses tours à plusieurs têtes de Bouddha, mais on n’a pas le temps de s’y arrêter. Un jour, c’est trop court, et on le savait, mais on est quand même bien contents de l’avoir pris, et on a l’impression d’en avoir bien profité.

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Le Bayon et ses tours à 4 « faces » de Bouddha

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Ici, les têtes des dieux tirant sur Naga ont été préservées en partie

Musée de la guerre

Avant de quitter Siem Reap, on veut absolument faire un tour au musée de  la guerre, pour en apprendre plus sur l’histoire récente du Cambodge et du génocide du peuple par les Khmers Rouges. Le créateur du musée a personnellement été touché par la guerre (comme presque tous les cambodgiens, puisqu’un quart des habitants ont été tués par les Khmers Rouges !) : il a perdu plusieurs membres de sa famille, et a été amputé d’une jambe en marchant sur une mine.

Ce musée a été créé tout récemment et ne peut pas rivaliser avec celui que l’on trouve à Phnom Phen, car il est pratiquement l’œuvre d’un seul homme, qui l’a installé sur un terrain plus ou moins abandonné, ancien lieu de combat entre Khmers Rouges et leurs opposants. La visite du musée consiste simplement en une balade sur ce terrain ou sont exposées sous des tentes les armes retrouvées ici, accompagnées de panneaux retraçant l’histoire de la guerre dans un anglais approximatif. Mais ce qui fait le grand intérêt du lieu, c’est d’abord que son créateur en fait la visite avec moults commentaires et histoires vécues. On y apprend l’histoire du pays, vous aurez donc encore droit à un grand drame dans nos récits. On apprend notamment que le Cambodge est en paix depuis 1992 seulement ! Pendant la guerre du vietnam,  l’histoire du pays est plus ou moins la même qu’au Laos. C’est-à-dire bombardement des américains de la partie Est du pays pour tenter d’endiguer le ravitaillement des vietcongs infiltrés au Sud-vietnam. Le tout sur fond de guerre civile pour le pouvoir entre communistes et capitalistes soutenus par les américains. De 1975 à 1979, les Khmers Rouges, soutenus par la Chine de Mao, étaient au pouvoir, après avoir chassé le gouvernement « installé » par les américains. Après les avoir accueillis d’abord en libérateurs, le peuple déchante vite. Ils ont en effet déporté dans des camps de travail (plantations de riz principalement) et exécuté des tas de gens considérés comme riches ou opposés à la révolution**. De 1979 à 1991, alors que les Vietnamiens, soutenus par les russes (oui, oui, on assiste bien à un conflit, par pays interposé, entre différentes puissances communistes…) ont chassé les Khmers Rouges du pouvoir, ceux-ci ne se sont pas avoués vaincus et ont continué à se battre en menant une guerrilla depuis l’Ouest du pays, en enrolant notamment des gamins… La Chine ravitaillait les Khmers rouges en armes en échange des pierres précieuses extraites des montagnes de leur bastion, alors que l’URSS armait les vietnamiens qui vendaient les trésors d’Angkors et autres vestiges pour payer… Les soviétiques qui ne perdaient pas le sens des affaires, se permettaient même de jouer sur les deux tableaux en vendant aussi aux Khmers rouges ! C’est ainsi que le Cambodge est un des pays où il y reste le plus de mines… heureusement les déminages ont grandement amélioré la situation ces dernières années.

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Le fondateur du musée, dont on n’a malheureusement pas retenu le nom…

Quand on discute avec notre guide, on comprend le despoir qui habitait le pays pendant des décennies, à tel point qu’il aurait souhaité que le Cambodge reste une colonnie francaise… Citant le développement économique de Hong-Kong comme exemple. On osera pas lui répondre que pour les colonies qui sont restées officiellements francaises ce n’est pas forcément la joie. Que la Guyanne n’est pas Hong-Kong, les droits des peuples premiers n’y sont pas respectés, on l’utilise surtout pour extraire des ressources, que la France a laisser Mayotte crever de soif pendant des mois… Sans parler des situations dans les pays de la France-Afrique qui n’est guère plus reluisante que celle du Cambodge. Lui, en tout cas, est très reconnaissant envers la France, qui lui a permis de remarcher, grâce à son opération par handicap-internationnal, et qui sauve de nombreuses personnes dans le monde grâce à ses nombreux médicaments. Cette fois si on n’hésite pas à lui dire que la France est le deuxième vendeur d’armes au monde ! Et que les médocs pourraient être distribués à des prix bien inférieurs si le but était d’aider les populations dans le besoin, et non vendues à prix d’or aux populations qui n’en n’ont pas vraiment d’utilité, afin de rémunérer des actionnaires déjà richissimes…

Ensuite, et c’est peut-être ce qui nous a le plus marqués, c’est que ce musée est un lieu d’éducation et de solidarité avec les familles des villages alentours. En effet, les habitants des villages de la périphérie de Siem Reap sont très pauvres. Beaucoup n’envoient pas leurs enfants à l’école et ceux-ci vont alors mendier ou vendre des souvenirs aux alentours des sites touristiques. En créant ce musée ici, le porteur du projet en a donc fait un lieu d’accueil pour les enfants des familles nécessiteuses qui peuvent venir gratuitement déjeuner le midi. En parallèle, des cours sont assurés matin et apres-midi suivant l’âge des enfants, qui peuvent également rester jouer sur place quand il n’y a pas école. Le financement est assuré en partie par les entrées au musée, et en partie par des donnations. Pour avoir vu les enfants jouer, prendre leur repas, vivre (il n’y avait pas de cours car c’était entre midi et deux), on peut attester que l’endroit était propice a leur épanouissement. En créant ce lieu sur ce terrain, qui a connu tant d’horreurs (il y a retrouvé dans un fossé des centaines d’ossements de gens fusillés), le fondateur espère que ces enfants deviendront des pacifistes convaincus.

On se sent bien dans ce lieu ou on aimerait d’ailleurs bien rester filer un coup de main (dans le potager, pour donner des cours d’anglais, ou pour aider a construire le batiment d’accueil des volontaires) mais on a de la route et un rendez-vous en Thailande, on doit filer. On achète un bouquin rédigé par un homme qui a été force de travailler comme photographe pour les Khmers Rouges pendant 30 ans, notamment à la prison de Tuol Seng ou ont été torturés et exécutés des milliers de personnes en 4 ans. Son temoignage est glaçant.

Une nuit à la pagode

C’est après Siem Reap que l’on fait l’experience pour la premiere fois de la nuit en monastère ! Rappelez-vous, on avait essayé de demander au Laos, mais on avait été éconduits et on n’avait pas réessayé depuis. Ici, au Cambodge, les gens nous conseillent souvent de dormir dans les temples (« Go to the pagoda ») car il serait dangereux de camper. Nous, c’est pas qu’on soit effrayés, mais c’est une expérience qui nous attire. Du coup, on ressaie une fois (raté !), mais on ne se dégonfle pas, et à la deuxième, ça marche ! Un moine nous indique tout d’abord un emplacement où poser notre tente, puis le moine en chef arrive et insiste pour qu’on dorme plutôt sur le balcon de sa maison, c’est plus sûr ! Les vélos aussi sont montés sur cette terrasse qui sera fermée par un grillage et un cadenas pendant la nuit (on ne sait jamais !). On nous invite à aller nous laver, ce qui est assez folklo, parce que les moines se lavent en robe (tout habillés) et n’ont donc pas besoin d’intimité. Du coup, on fait pareil mais nous, on n’a pas une toge de rechange pour demain… On prend l’eau à l’aide d’une petite bassine en plastique dans un gros réservoir en béton, et on s’asperge le corps. Rafraichissant, mais pour se savonner, c’est galère ! (En fait, il n’y a pas que dans les monastères que la douche se passe ainsi, dans toute l’ASE, les gens se lavent plus ou moins en public, un sarong autour du corps pour protéger leur intimite).

Apres ce brin de toilette, nous faisons la connaissance d’un jeune cambodgien, Chan Real, qui vit ici car son père est moine. Oui, on peut être père et moine, car il est possible d’entrer au monastère (et d’en sortir) à n’importe quel moment de sa vie. Chan Real veut nous inviter à manger en ville (à 3 kilometres du temple). Pour cela, il nous emmène sur son scooter. Ça fait un peu peur à Anabelle qui n’est jamais montée sur un deux roues à moteur, et encore moins derrière deux personnes, mais bon, ça se fait bien ici. On commence par manger de bons petits plats khmers, puis on va dans le resto que tient sa grande soeur où il retrouve également son autre sœur et un copain. Il nous explique l’histoire de sa famille, qui est bien compliquée (et triste). Son père a en effet une première famille qui a fui en France pendant la guerre civile (Chan a donc des freres et sœurs en France, qu’il voit parfois sur skype, ou qui viennent leur rendre visite), puis il s’est remarié et a eu une deuxieme famille qui est restée au Cambodge. Hélas, sa 2ème femme est décédée peu après la naissance de la petite sœur de Chan et il s’est alors décidé à devenir moine (peut-être pour assurer la subsistance de ses enfants, mais cela n’est que notre hypothèse). En tout cas, Chan Real et ses sœurs sont très contents de voir des français, ils n’arrêtent pas de nous offrir à boire. Puis il nous reconduit au temple vers 20h15, car il se doute que nous sommes fatigués, avec tout le velo qu’on fait ! C’est en tout cas une super soirée.

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L’ami Chan Real, qui a absolument tenu à nous payer 2 repas

Au temple, contrairement à ce qu’on pourrait croire, on ne dort pas très bien, car les moines ont une fâcheuse tendance à faire des prières à des heures indues (à 22h30, ou à 4h30 par exemple), et cela pendant des heures (enfin, une heure au moins), et au micro ! En plus, ils ont souvent des hauts parleurs qui portent jusqu’à 5 kilomètres à la ronde, histoire que leurs prières profitent à un maximum de personnes… Alors quand on est juste à côté du haut-parleur, on vous laisse imaginer. Du coup, on a beau être dans un lieu spirituel, on fait une petite nuit. Mais bon, c’etait une expérience sympa !

Au final, on a bien aimé le Cambodge, le sourire de ses habitants, ses routes de campagnes tranquilles, ses sites historiques, même si quelques désagréments (le cramage des forets par exemple) nous ont contrariés.

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Toutes nos photos du Cambodge ici !


*pour plus d’informations, vous pouvez écouter ce reportage fort intéressant (et fort triste)


12 réflexions sur “Cambodge, de vestiges tu regorges

  1. Non, mais non, non, non, c’est malin … Vous m’avez donné tellement envie de retourner au Cambodge. (Vous n’auriez pas été à Angkorien, je vous aurais étripé 😉) Je l’avais fait avec le pass 3 jours, pour en profiter à max !!! Et quel souvenir du lever de soleil sur Angkorien Vat !!!

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  2. Et bien heureusement que vous avez cédé à la curiosité..sinon quel dommage d avoir raté ce spectacle….les lieux touristiques 😎sont malgré tout faits pour être vus par tous..😄..c est vraiment top..👍👏
    Bisou à vous deux😉

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  3. C’est toujours un plaisir de vous lire ! En vous lisant, je me souvenais de ce chanteur que j’écoutais beaucoup lorsque j’étais étudiante (j’ai passé mon bac en 1976 (oui je sais, vous n’étiez pas nés)… Il s’agit d’un chanteur très engagé (je l’étais déjà moi aussi) Leni Escudero. J’essaye depuis de retrouver un titre qui chantait Laos, Cambodge, Vietnam.
    Je vous fais plein de bisous et vous invite à profiter pleinement de ces moments si magiques que vous vivez.
    Denise

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  4. bravo pour la qualité littéraire et pour la documentation (sans compter les photos, qu’il faut aller voir sur FLICKR).
    Quelle ressemblance entre ces pyramides et celles des Mayas!
    Juste une chose qui me manque (mais je chercherai): qu’est ce qui a fait s’éteindre cette civilisation ?
    Pascal

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  5. Super cet article sur le Cambodge! Quel horreur ces guerres, …
    Je vois que Loris est prêt pour la méditation, la paix ,…
    Continuez l’exercice, on pourra poursuivre ensemble à votre retour!
    Bisous

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