Sud du Laos : Plaine, Mékong, et gardillos*

Après des paysages de montagnes somptueux dans le Nord et le centre, qui s’accompagnaient forcément de dénivelés et de pentes tout aussi somptueux :), nous sommes bien contents de retrouver le plat en arrivant dans la partie Sud du Laos, où l’on suivra le Mékong quasiment tout du long, jusqu’au Cambodge. 

Etape 1 : Gagner Takhek pour refaire notre VISA

En effet, en traversant le pays du Nord au Sud, avec une pause d’une semaine à Louang Prabang, on sait qu’on dépassera le mois accordé. Après plusieurs tentatives infructueuses de faire prolonger le précieux sésame (on arrivait toujours aux bureaux de l’immigration le vendredi soir ou en weekend…), nous avons donc décidé de sortir du pays et de re rentrer afin de faire un nouveau VISA d’un mois. La frontière qui se situe vers Takhek ne nous fait pas faire un gros détour, c’est donc vers ce poste-ci que nous nous dirigeons. 

Pour connaitre la petite histoire du renouvellement de VISA, c’est ici.

Etape 2 : Suivre le Mékong sur sa rive Est jusqu’à Paksé

Les photos suffiront à narrer ce bout de route, extrêmement agréable, entre les rizières jaunes, avec des vaches ou des buffles pour compagnons de bivouac, et des couchers de soleil fous sur le fleuve. 

Notons quand même que, comme dans le Nord du pays, les laos sont en mode « cool » : quand on s’arrête dans les boutiques de bord de route pour acheter quelques provisions, on a parfois l’impression de les déranger car on les réveille de la sieste ! 🙂 

Laos du Sud

Laos du Sud

Laos du Sud

Laos du Sud
les maisons modernes laos, pas kitsch du tout !
Laos du Sud
Un troupeau de buffles 🐃 et un four pour « fabriquer » du charbon, devant le Mékong

Laos du Sud

Notons aussi, que comme dans les villes du Nord (mais pas dans les villages des montagnes), les conducteurs de scoot sont souvent masqués. Pas comme en Chine, pour se protéger de la pollution, mais pour se protéger du soleil, car ici quand on est bronzé, on est considéré comme un véritable laideron ! (Dixit Mister Paet) Si on est bronzé au Laos, c’est qu’on est un « vulgaire paysan », et pas un riche citadin qui va au solarium ou se dorer la pilule sur son yatch privé. Ceci est vrai pour toute l’ASE et certaines parties de la Chine… 

Etape 3 : Suivre la rive Ouest pour aller voir un temple de l’époque Angkorienne : le Wat Phou

A Paksé, nous ne nous attardons pas dans cette grosse ville (bon, on est au Laos, tout est relatif, hein), passage obligé des touristes qui souhaitent se rendre sur les 4000 iles. Nous traversons le Mékong et continuons à le suivre vers le Sud, en direction sur Wat Phou, un ensemble de vestiges de l’époque Angkorienne, pendant laquelle le Sud du Laos faisait partie de l’empire Khmer.

Laos du Sud

Le Wat Phou est maintenant vraiment en ruines, et rien ne semble fait pour essayer de le conserver. On peut monter sur les pierres, s’assoir dessus pour pique-niquer, et surtout le polluer allègrement en jetant ses déchets un peu partout sur le site. Il faut dire que nous y sommes allés à l’occasion d’une fête bouddhiste importante, et le site était alors lieu de pélerinage de milliers de gens. Bon, outre le pélerinage qui consiste à monter sur les hauteurs du temple pour boire l’eau sacrée de la montagne et faire des offrandes aux nombreux moines présents, qui appellent les fidèles au micro (!), ça ressemble beaucoup à une grande kermesse ou à une fête foraine, les attractions en moins. Un immense marché où il est difficile de circuler tant la foule est compacte a été installé pour les 3 jours que dure la fête. On y trouve de la nourriture (grillades, fruits, salades…), des jus en tout genre, et des babioles pour enfants. Comme partout en Asie du Sud-Est, un achat = un sac plastique (même pour mettre un gobelet!). D’où ensuite les taaas de déchets un peu partout sur le site.

Laos du Sud
Le Wat Phou a été construit en dessous d’une montagne sacrée

Laos du Sud


Laos du Sud

Laos du Sud

Comme c’est notre premier temple Angkorien, on le trouve sympa quand même, mais on ne s’y attarde pas trop non plus.

Etape 4 : Pédaler et se reposer sur quelques-unes des 4000 iles 

Après le Wat Phou, on continue à suivre le Mékong en s’enfonçant un peu plus dans la campagne, sur des routes la plupart du temps non asphaltées. 

Laos du Sud

Laos du Sud
Nous croisons au bivouac une petite colonie de toutes petites abeilles
Laos du Sud
Ici, nous pouvons appercevoir un varroa sur le dos d’une des abeilles

Comme c’est plat, ce n’est pas trop gênant, et on est ravis d’être au contact de la population, vraiment sympathique. Lors d’un bivouac au bord du Mékong, toute une famille vient nous observer monter la tente et préparer à manger. La maman, un gros pétard au bec, s’émerveille devant notre réchaud à bois super sohpistiqué 🙂 On aura droit à des clémentines de leur jardin ! Le lever de lune sur le fleuve est juste sublime, mais même les talents exceptionnels de photographe de Loris 😉 n’arrivent pas à le capter. Son souvenir restera donc uniquement dans notre mémoire…

Laos du Sud

Laos du Sud
Lever de soleil, cette fois-ci, comme on a traversé !
Laos du Sud
Miam miam : crêpes et pastèque au petit déjeuner

Le lendemain, on prend pour la première fois un traversier, car la route sur laquelle nous sommes se termine sur un bras de terre au milieu du fleuve. C’est le premier d’une longue série, puisque nous arrivons dans la zone des 4000 iles, où l’on passera désormais d’une ile à l’autre, à chaque fois par ce moyen-là. Au début, on est un peu stressé – c’est que le bateau est vraiment petit, et qu’on a peur de faire tomber les vélos dans l’eau – mais on gagne en assurance au fil des traversées.

Une fois, alors que nous attendons pour traverser, nous sommes invités à boire des bières par la famille qui habite à côté de l’embarcadère, et qui passe a priori une après-midi festive.  On nous a dit que la première ressource du gouvernement est la taxe sur la beerlao 🍺… Ce n’est pas impossible ! Pas forcément surprenant quand on sait que « alcool » en lao se dit… « Lao » ;). Comme le traversier se fera attendre, on sera même poussés à faire quelques pas de danse^^ 

Laos du Sud
Heureusement que nos canassons ont le sabot marin !
Laos du Sud
Nos 2 passeurs pour l’une des traversées qui se faisaient dans un bateau à rames (mais c’est leur grande soeur qui ramait)

Laos du SudEffectivement, beaucoup d’iles et des millieres morceaux de terre dépassent du fleuve en cet endroit où il est très large

On a la chance de pouvoir aller sur des iles peu touristiques avec nos vélos, comme l’ile de Khong, où l’on rencontrera 2 cyclos allemands, et celle de Don Som, que l’on traverse de bout en bout sans croiser un falang, et où l’on peut voir vivre les habitants : les hommes affairés à réparer les maisons ou à pêcher en cette saison où les rizières sont sèches, les femmes à ttisser, sous la maison, et les enfants partir à l’école à pied ou à vélo en chantant au petit matin, et se baigner dans le fleuve en fin d’après-midi.

Laos du Sud

Laos du Sud

On y campe encore une fois en bord de Mékong (ce serait dommage de s’en priver), assistant comme chaque soir au spectacle du coucher de soleil sur le fleuve, dont, décidément, on ne se lasse pas ! Et on en profite pour piquer une tête nous aussi.


Laos du Sud

On se rend ensuite sur l’ile de Don Khon en passant par Don Det. La première, pleine de touristes (ça fait bizarre d’y débarquer en venant de Don Som, après une traversée en bâteau de moins de 5 minutes !), est partagée entre les guest houses « sunset view » et « sunrise view », les restos à touristes et les agences de voyages. On ne fait qu’y passer et on se pose pour 3 jours sur la suivante, où l’on profite du lieu, on va se balader (à vélo, cela va sans dire ;)) jusqu’à différentes chutes sur le Mékong.

Laos du Sud

Au XIXème siècle, des explorateurs français ont voulu remonter le Mékong en bateau à vapeur, avec pour objectif de passer ces chutes. Les bougres s’y sont essayé à plusieurs reprises mais la puissance de la vapeur n’a pas suffi contre celle du fleuve. Ils s’y sont donc cassé les dents et ont finalement construit une ligne de chemin de fer afin de faire passer les bateaux sur la terre et de les remettre à l’eau en amont des chutes, profitant pour cela de la main d’oeuvre colonisée pas chère.

Laos du Sud

Laos du Sud

Jusqu’à aujourd’hui le Mékong à réussi à garder son aspect sauvage et indomptable. Il est le domaine des pécheurs et des petites embarcations. Mais maintenant, l’implication de citoyens vigilants, doit s’allier à la force du fleuve, afin de garder cette nature sauvage, qui rythme la vie ici depuis des millénaires, pour éviter qu’il ne soit transformé en vulgaire canal à péniches, voie d’exportation pour la Chine.

Laos du Sud

Laos du Sud

On gagne également le Sud de l’ile par des petits chemins peu entretenus, ce qui nous fait prendre des ponts plutôt branlants.

Laos du Sud
Et on assiste, une fois encore, à un coucher de soleil grandiose

Ce petit séjour aux 4000 iles clot bien notre aventure au Laos, qu’on a décidemment plus qu’apprécié. Après réflexion et lectures de blogs d’autres personnes, on se dit qu’on a bien fait d’y aller à cette saison, où les températures déjà chaudes restaient quand même supportables, et pendant laquelle le ciel était d’un bleu pur, ce qui n’est a priori pas le cas plus tard, quand les paysans se mettent à brûler les champs pour préparer les cultures.

Etape 5 : Fin du Laos, passer la frontière : pas une mince affaire !

On nous l’avait dit, mais on ne s’attendait pas à ce que ce soit si dur : on a vraiment ga-lé-ré pour passer cette frontière sans donner le bakchich aux gardes frontière.

Pourtant, on s’était préparé : on avait dépensé nos derniers kips juste avant (en s’achetant un jus de canne à sucre que la vendeuse nous a d’ailleurs fait à moitié prix car on n’avait vraiment plus rien) histoire de leur montrer que notre porte-monnaie était vide, et on avait la somme exacte en dollars (pour ne pas qu’il aient à nous rendre la monnaie). 

Côté Laos, on va donc au guichet faire tamponner, et bien sûr, le mec nous demande 2 dollars de « fee » pour faire son coup de tampon. On fait les étonnés : « Ah bon, pourquoi ? On nous a jamais dit qu’il fallait payer pour le tampon, on n’a plus que l’argent pour les VISAs… » mais le gars ne démord pas, ne nous croit pas, bref, ne nous fait pas le précieux tampon. A la place, il appose juste celui qui indique « used » sur notre VISA Laos. Comme ça, on est bien coincé, parce que si on retourne dans le pays, notre VISA n’est plus valable ! On essaie quand même d’aller côté Cambodge avec notre passeport sans tampon, mais évidemment, on se fait refouler. Retour à la case départ, ré-engagement des pourparlers… Pas moyen. Le gars va même jusqu’à nous dire que le VISA cambodgien ne coute que 25$ pour qu’on lui file son bakchich ! Il marmonne que de toute façon, il n’y a que les français qui sont pénibles comme ça et refusent de payer, qu’on est riches dans un pays pauvres, qu’on est radins… Oui gars, on est riches dans un pays pauvre, mais c’est pas en filant 2$ à un fonctionnaire qui n’en a pas besoin qu’on va aider le peuple Laos. Et peut-être que les gens qui refusent de payer ne le font pas parce qu’ils sont radins mais parce qu’ils n’ont pas envie d’alimenter la corruption. Non mais ! 

Au bout d’un (long) moment où on patiente face au guichet en lisant le journal (sans arriver à bien se concentrer, car on n’en mène pas large quand même), le collègue du premier type nous fait signe, et nous tamponne enfin nos passeports gratuitement. Ouf ! On se dépêche de filer côté Cambodge, où, on s’en doute, nos histoires ne sont pas finies. 

En fait, de ce côté-ci, ça se passe plutôt bien. Les gars essaient aussi de nous demander des frais supplémentaires, mais on dit non, et après quelques minutes, le VISA est fait sans encombre.

L’épisode un peu pénible de la sortie du pays – même si on s’en souviendra – ne viendra pas gâcher les souvenirs de ces 6 semaines passés au pays des Sabaidiis. Comme toujours, on part le coeur un peu lourd… mais bien vite, on se remotive : Cambodge, nous voici !

* Maintenant que vous avez lu l’article en entier, vous comprenez peut-être l’emploi du mot « gardillos » pour qualifier notre garde-frontière


7 réflexions sur “Sud du Laos : Plaine, Mékong, et gardillos*

  1. Merci pour tous vos récits & images qui viennent me remettre en mémoire des instants à écrire dans les pages du roman… Je suis heureuse que vous ayez aimé le Laos, vraiment.

    J'aime

  2. 30 ans au sommet du Tibet ! Déjà un beau rêve réalisé, plein de bisous pour te souhaiter un super anniversaire Anabelle Nadine et Philippe

    J'aime

  3. Happy Birthday Ana!! J’avoue que fêter ses 30 ans au Tibet c’est plutôt classe! J’espère que tout va bien pour vous. Des gros bisous à vous 2 avec double ration pour toi Ana.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s