Laos du Nord, on t’adore !

Le Laos, c’était à la fois un pays qu’on avait hâte de visiter, mais aussi « le pays de tous les dangers », si on en croyait l’infirmier du centre de médecine du voyage que nous avions consulté : conditions d’hygiène dramatiques, moustiques et toutes les maladies qu’ils impliquent, pas du tout d’hôpitaux ou de cliniques. « Si vous êtes malades, allez en Thaïlande », nous avait-il averti. Et puis, avec le Laos, on renouait avec le sentiment de frustration qu’on avait connu à partir de la Slovaquie, quand on ne connaissait pas un mot de la langue (mais qu’on avait réussi à vaincre sans problème dans chaque pays traversé, en apprenant rapidement les mots les plus utiles). On était donc un peu inquiets, pour tout ça, et puis aussi parce qu’à chaque fois qu’on quitte un pays où on a passé un moment, où on s’était familiarisé avec les gens, la langue, etc, on ressent la petite peur de l’inconnu, du nouveau. On sort de notre zone de confort. Et c’est ça qui est bien, justement. Pas moyen de s’encrouter sur ses acquis : du nouveau, encore du nouveau, toujours du nouveau. Et c’est excitant, aussi. 🙂

Notre premier passage de frontière (hors Schengen) à vélo !

En quittant la Chine, on fait donc le plein de nourriture (sait-on jamais, Johannes et Regula nous ont dit qu’il n’y avait que du riz et des bananes dans le Nord !) et on change nos derniers yuan en kip (la monnaie lao). Pour cela, on se prépare bien en regardant les taux de change officiels à jour, et on les retient, on vérifie la somme que l’on peut espérer puis on se rend dans un petit magasin de la ville frontière, près à négocier pour ne pas se faire rouler dans la farine (de riz). On dépose nos billets sur la caisse et demande à la vendeuse combien de kips elle nous en propose, prêts à en découdre. Quelle n’est pas notre surprise alors, quand la dame nous annonce un montant bien supérieur à celui du taux officiel ! Complètement décontenancés, on perd nos moyens pour négocier. Que lui dire ? Qu’on veut le taux officiel, ou bien on reste sur ce taux avantageux ? ˆˆ Où est l’arnaque, se demande-t-on ? Mais non, a priori, c’est juste qu’on peut changer son argent de façon avantageuse, dans les petits magasins ! (Contrairement à ce qu’on peut lire partout dans les guides, qui annoncent l’enfer si on ne change pas à la banque). On se retrouve donc avec une bonne liasse de billets, dont certains affichent 50 000 kips ! En effet, 1€ vaut environ 8000 kips. C’est le plus gros écart avec l’euro qu’on a connu jusqu’alors.
Vient alors le passage de la frontière. Côté chinois, pas de problème : les gardes parlent anglais (!), et tamponnent gentiment notre passeport pour qu’on puisse sortir. Nous avons un peu plus d’appréhension pour le côté Lao, car parait-il, on nous demandera 2 dollars de taxe de corruption, et peut-être plus pour « importer » les vélos. Et puis c’est la première fois que nous passons une frontière en vélo ! On esquive d’abord le portique de nettoyage, où les véhicules sont aspergés d’eau de javel ou autre saloperie chimique. Pour éviter d’amener les vilaines bactéries du pays voisin ? Peut-être. Ce qui est marrant, c’est qu’ils le fond dans les deux sens, chacun ayant peur des bactéries et virus du voisinˆˆ. Puis on arrive au poste frontière Lao, qui une fois n’est pas coutume, est (presque) aussi imposant que le chinois. Là, une personne nous accueille, très chaleureusement, et nous demande si on doit faire un visa. Bien sûr ! Alors, tout est fait pour que pensiez d’abord devoir verser 2 dollars à un guichet (où il est clairement affiché « visa fees: 2$ »), qui est en fait une association d’aide au développement de la région. On aurait pu payer si on nous avait expliqué à quoi ça servait, que c’était pour les biens des locaux… Mais là,  comme tout est fait pour nous entourlouper, on se méfie et rien ne nous dit que cela n’ira pas directement dans la poche de celui qui encaisse. Donc Anabelle lui explique qu’on ne veut pas payer, et là, miracle, le type répond: « OK pas de problème, allez au second guichet à l’intérieur ». C’est chouette mais on ne pense pas en avoir fini pour autant. En effet, à l’intérieur, les prix de la corruption sont clairement affichés sur la vitre du guichet, comme si cela était officiel : 10 000 kip pour les frais de visa, et sur un autre gros panneau, des taxes de corruption encore (à payer en plus) sont affichées pour chaque type de véhicule : 50 000 pour une voiture, 25 000 pour les motos, 15 000 pour les vélos. Certains habitués, ou chauffeurs de bus avec des piles de passeports (ceux des touriste flemmards, que la corruption ne perturbe pas le moins du monde), donnent les passports accompagnés de liasses de billets au premier guichet, celui où, normalement, on ne paye pas… Nous remplissons nos demandes de visa, filons nos passports, payons au second guichet les 30$ officiels et… récupérons nos passports avec le visa en règle ! Yes ! Tout se passe bien pour l’instant. Reste le dernier poste à franchir : celui où l’on fait tamponner son visa (c’est souvent là qu’on demande les « unofficial stamp fees »). On avance avec nos vélos jusqu’à la barrière, prêts à dégainer tous nos arguments de négociation si jamais on nous demande de la thune pour nos vélos ou les tampons. Mais encore une fois, rien du tout ! Notre passage de la frontière se passe comme sur des roulettes ! On demande même au garde comment on dit merci en Lao (kawp jai) :). Nous sommes alors tout contents. 50 mètres après la frontière, on s’arrête pour se prendre en photo, et déjà les séances de selfies recommencent avec des touristes chinois. L’entrée au Laos s’est incroyablement bien passée. (Ce sera une autre paire de manches pour la sortie, mais ceci est une autre histoire. . . qui arrivera plus tard 🙂 )

DSC09863

Découverte du Laos au son des « Sabaidii ! Sabaidii ! Sabaidii ! »

La frontière franchie, ce n’est pas le gros changement qu’on attendait : la ville frontière de l’autre côté est un peu morte, et les seuls magasins ou restaurants qui s’y trouvent sont chinois. Il y a également des stations services avec les mêmes caractères 加水 qu’on trouvait au Yunnan, indiquant qu’on peut s’y arrêter pour faire le plein d’eau. Bref : on n’est pas dépaysé. Pendant plusieurs kilomètres, le paysage est assez dévasté. On croise plusieurs carrières,  exploitées ici encore par les chinois, des collines entières étant alors complètement rasées ; parfois un « ilot » subsiste : un poteau électrique, probablement posé avant la création de la carrière, étant perché dessus…

Puis on prend à droite, direction Louang Namtha, et petit à petit, les paysages changent, la présence chinoise s’atténue, et on découvre le Laos.

La route pour se rendre à Louang Namtha est en majorité faite d’asphalte, ce que nous apprécions, car avec la pluie de ces derniers jours, les portions non goudronnées sont particulièrement boueuses et l’on peine à y avancer. Il y a, en revanche, pas mal de trous assez énormes dans le bitume. Gare à nous si nous avons trop le nez en l’air ! Nos sacoches sautent des porte-bagages une ou deux fois. Nous croisons plusieurs villages, dont les habitations en bambous sont alignées au bord de la route. Des échopes dont pendent des bananes, des biscuits en sachets, ou des ribambelles de petits carrés de plastiques de couleur que l’on prend pour des préservatifs, mais qui sont en fait des shampooings ou gels douche à l’unité, affichent des publicités pour Unitel, l’opérateur téléphonique du Laos, et vendent plutôt des produits de première nécessité (oeufs, biscuits industriels probablement made in China, quelques produits d’hygiène). Quelques personnes nous saluent, des jeunes filles à scooter rentrent de l’école, à deux par scooter, celle de derrière en amazone (position très prisée dans tout le Laos). Elles portent chemise et jupe longue bleue décorée d’un trait blanc au niveau des chevilles, uniforme que l’on retrouvera ensuite partout au Laos (parfois avec une jupe plus noire que bleue). Cette jupe longue (appellé « sinh ») est en fait un habit traditionnel lao encore très à la mode. Elle est tissée, avec de la soie pour les plus habillées, ou des fils moins précieux pour celles de tout les jours. Si les femmes ont gardé des habits traditionnels, qu’elles mélangent volontier à des éléments de mode internationale, les hommes sont souvent beaucoup moins élégants : short et maillot de foot pour tous (Manchester ou Barça la plupart du temps). C’est moins glamour. A part les fameux scooters et quelques camions dont la remorque à ciel ouvert sert tout aussi bien à transporter des marchandises que des animaux ou des gens, il y a très peu de circulation, et pas un coup de klaxon ! C’est d’emblée reposant. On sait que le Laos a la réputation d’être tranquille, et on sent que cette réputation n’est pas volée.
La route est assez valonnée, ce qui ne change pas du Yunnan. Ce qui change, c’est qu’il fait beau, et que tout de suite, ça embellit drôlement un paysage, quand il est éclairé au un rayon de soleil ! Après quelques bosses, on débouche sur une plaine où s’étendent des rizières sèches parsemées de petits abris en bambou, avec au loin, les montagnes.

DSC09985

A partir de ce moment-là, on en est sûrs, on va aimer le Laos. C’est beau, c’est paisible, c’est plat et montagneux à la fois, il y a des rivières partout,… Jusqu’à la fin de notre séjour, on se le répètera : qu’est-ce qu’on aime ce pays !

DSC09866

DSC09898

Notre découverte du pays se fait donc sur la route, petit à petit, en faisant un aller-retour à Muang Hsing, petite ville du Nord Ouest. Cela ressemble un peu à la Corse avec ses magnifiques petites routes de montagne et ses rochers rouges, parfois au milieu de la route, ses animaux en divagation (toujours au milieu de la route), comme les cochons et leurs multiples petits, mais aussi les vaches (toutes petites : on prend les adultes pour les petits, avant de voir des veaux, encore plus petits !), les buffles (énormes, eux), et toute la basse-cour. La Corse, donc, à une exception près : y’a pas de corses grincheux avec des couteaux mais que des gens très gentils (qui ne sont pas menaçants, même quand ils sont équipés de leur machette) ! Le rêve quoi 🙂 !

DSC09979

IMG_20170110_155759

Nous croisons énormément de villages dans les montagnes. A chaque fois, nous sommes accueillis par des « Sabaidii ! Sabaidiii ! » tonitruants. Les premiers enfants nous ayant repérés avertissent les autres, et nous devons parfois faire face à des dizaines de gamins qui nous acclament, nous font coucou, ou s’approchent le plus près possible pour nous taper dans la main ! (Parfois, c’en est presque un peu dangereux car ils se mettent vraiment tout près. Ils n’ont pas peur des accidents de la route, ici.) C’est en nous rendant à Muang Hsing que nous découvrons une des passions des laotiens : la musique, et surtout, le karaoké, qu’ils pratiquent en pleine journée, car il n’est pas dans les habitudes de se coucher tard (et de toute façon pas autorisé dans la plupart des villes de sortir après minuit). En nous arrêtant prendre notre 1ère beerlao, nous assistons à une de ces karaoké party. Nos oreilles n’en sortiront pas indemnes… ;). On peut aussi apprécier la curiosité des clients qui viennent nous poser des questions.

DSC09910
Du sticky rice au lait de coco, cuit dans des batons de bambous ! Parfait quand on a un petit coup de mou dans les montées…
DSC09915
…ou en dessert de nos pique-niques…
DSC09914
…dans des lieux sympathiques ! 🙂

C’est aussi sur cette route que l’on fait nos premiers bivouacs lao, qui sont sympas, mais parfois un peu gâchés par les déchets, qui, sans être aussi nombreux qu’au Yunnan, sont parsemés ça et là dès lors qu’il y a une présence humaine, notamment car il n’ y pas de système de ramassage. Il est aussi parfois difficile de trouver un coin tranquille, et lorsque nous demandons alors refuge dans un temple, car, à ce qu’il parait, ils accueillent volontier les voyageurs dans toute l’Asie du Sud-Est, nous sommes éconduits et devons alors nous rabattre sur une guesthouse car la nuit est tombée.

DSC09878
Les bivouacs sont encore un peu frais

A Muang Hxing, on découvre aussi le marché lao, où l’on trouve des légumes (chou, concombres, carottes, petites aubergines rondes, parfois quelques tomates), des herbes en pagaille (menthe, coriandre, mais aussi plein d’autres dont on ne connait pas le nom), de la viande (mais dans ces rayons-là, on n’y va pas trop ;), surtout que l’odeur n’est pas très attirante), tout un tas de produits de la chasse (animaux morts ou encore vivants tels que crapauds, chauve-souris, écureuils… :(), et souvent des stands de nourriture à consommer sur place ou à emporter (salades de papaye, soupes de nouilles, une salade de feuilles lacto-fermentées, et les fameux beignets de bananes ou de patate douce qu’on achètera ensuite quasiment tous les jours pour notre goûter matinal :)).Ensuite, nous sommes toujours passés dans les marchés, pas toujours évidents à trouver. Si vous allez dans un marché marqué sur OpenStreetMaps, il y a de fortes chances pour que cela soit nous qui l’ayons indiqué ;). On en profite alors pour apprendre à compter en Laos, car c’est toujours plus pratique de comprendre le prix directement, ça impressionne un peu, ça fait rire parfois, et comme la négociation peut être de mise, c’est plus efficace dans la langue du pays. Anabelle acquière d’ailleurs une certaine maitrise de cet art qui impressionne LoLo (notamment quand elle arrive à récupérer une partie de l’argent versé pour une nuit dans une guesthouse!)

_20170110_155547

DSC09908

Ratrappage de nouvel an !

Louang Namtha est la première ville lao que nous croisons. On y loge à la  Sing Sa Mood guesthouse, pour 60 000 kip la première nuit (7€), 50000 la 2ème. Vraiment pas cher, et très correct : la chambre est propre, avec une salle de bain individuelle et de l’eau chaude (oui, au Laos, il y a de l’eau chaude dans les Guesthouses. Il est vrai que quand on était à Louang Namtha, on en a profité car il faisait plutôt frais – j’ai par ailleurs du mal à me rappeler ce que frais signifie à l’heure où j’écris ces lignes…), et du WIFI. En plus, les proprios sont super sympas ! En effet, comme ils savaient que LoLo n’avait pas pu fêter le nouvel an comme il se devait, ils ont décidé de le faire le soir ou nous étions là 🙂 ! Bon, ok, ça doit être une coincidence en vrai, mais quand même, c’est fou de faire le fête de nouvel an, qui ne se fait pas vraiment par ici, le 7 janvier ˆˆ. Nous sommes donc invités à leur repas de famille pour fêter le passage à l’année 2017 un poil en retard. Là, on comprend pourquoi on avait toujours l’air ridicule quand on mangait notre sticky rice à la baguette : ce riz collant, qui constitue la base de tout repas lao, doit être roulé dans la main pour former une boulette que l’on grignotte alors comme un bout de pain ! Les baguettes, c’est pour les accompagnements ! On mange aussi une sorte de feuille lacto-fermentée, mais on ne goûte pas les autres plats, tous constitués de viande. C’est très bon, mais un peu dur pour nos estomacs… Ils essaient aussi de nous saouler, en nous servant plusieurs verres de bière, qu’ils nous font boire rapidement (ils veulent toujours qu’on fasse « cul sec » quand on trinque, et on trinque souvent !). Ils sous-pèsent notre canette en permanence, et dès qu’elle approche de la fin, hop, ils nous en ouvrent une autre. On essaie de résister en leur disant qu’on est des sportifs 🙂 et qu’on doit partir tôt le lendemain, mais c’est pas facile ! Enfin, Anabelle résiste bien, en refilant ses canettes à Loris, qui, pour ne pas les vexer, se sacrifie ;).

Notez le style très simple du mobilier ;), style colonial
Le sticky rice c’est avec les mains, pas avec des baguettes !

Un super moment, où nous pouvons discuter un peu car une des soeurs de la patronne parle bien anglais. Elle nous présente toute la famille, les absents, qui vivent dans d’autres villes (ils sont 8 frères et soeurs quand même !) nous sont montrés sur la photo de famille qui est affichée au mur. Elle nous explique aussi que le niveau d’éducation est très faible au Laos, et que si l’on veut que ses enfants soient bien éduqués, il faut payer des cours privés en dehors de l’école.

A Louang Namtha, on prend deux journées de « repos » pour visiter la ville et esquiver la pluie qui revient faire son apparition pendant quelques jours. On se rend notamment au temple, notre premier d’une longue série, assez simple (bien que recouvert intégralement de dor鈈) mais agréable. On y rentre en se déchaussant, comme c’est la coutume dans les temples bouddhistes et on y trouve des offrandes bricolées à l’aide de billets chinois pliés en forme de fleurs ou de guirlandes.

DSC09999

DSC09997
On apprendra plus tard qu’il s’agit d’un naga, dieu de l’eau, serpent à plusieurs têtes, dont la représentation varie beaucoup d’un pays à l’autre en Asie du Sud-Est

On croise des enfants qui rentrent de l’école, à pied, en vélo ou à scooter (à partir de 11-12 ans). Certains d’entre eux portent des tabourets, et on comprend alors que les moyens des écoles sont plutôt réduits, si les élèves n’ont pas de quoi s’assoir… Sur les vélos des enfants, le porte-bagage est toujours recouvert d’un siège en mousse, et pour cause : les enfants sont systématiquement deux par vélo. On voit peu, voire pas d’adultes à vélo au Laos, jusqu’à 10-12 ans c’est le vélo, après on passe au scooter, qu’on garde jusqu’à 70 ans !
On décide d’aller faire un tour dans un village de la minorité ethnqiue Akha, qui vit dans les montagnes à une dizaine de kilomètres au dessus de la ville. Le village est indiqué sur maps.me, et on a rencontré une toursite autrichienne qui a rencontré quelqu’un qui lui a dit que ça se faisait à vélo, mais qu’il fallait partir assez tôt car le chemin qui y mène, non goudronné, est assez « exigeant ». En effet, une fois engagés sur ce chemin terreux, plein d’ornières et de cailloux, on voit ce qu’elle voulait dire. Le GPS indique 9 km, ce qui parait assez proche, mais avec une telle pente, on avance pas bien vite. Du coup, on fait une pause pique-nique sur un bas-côté pour reprendre des forces. Puis on rattaque la montée, mais manque de chance, le chemin descend avant de remonter, et cela plusieurs fois ! Pfffiou, ça se mérite, d’arriver là-bas !

DSC09953
Le chemin est raide et cahoteux…
DSC09936
…mais la vue en vaut le coup !

Quelques centaines de mètres avant le village, on croise 3-4 enfants de 10-12 ans qui ramassent des herbes ou chassent, comme nous l’indique le coup de fusil qu’on entend du bas de cette dernière côte. La route tourne ensuite sur un plateau qui surplombe le village. A première vue, les maisons ressemblent beaucoup à celles qu’on a vues le long de la route entre Louang Namtha et Muang Hsing : elles sont construites en bambous tressés et surélevées pour avoir un espace ombragé en dessous. Un comité d’accueil composé d’une quinzaines d’enfants vient nous dire bonjour, mais c’est surtout pour nous réclamer de l’argent. Ca nous met très mal à l’aise. On descend dans le village faire un petit tour, toujours suivi des gamins les plus insistants, mais on a alors l’impression bizarre qu’on est pas à notre place ici. Quelques personnes nous grattifient d’un « Sabaidii », mais la plupart des gens, occupés à leur tâches quotidiennes de dépeçage d’un cochon, de lavage de vêtements, de tressage de bambous ,(…), nous donnent l’impression qu’on les dérange. On ne s’attarde donc pas, un peu déçus et surtout embêtés. On ne sait pas vraiment ce qu’on attendait en venant ici, certainement pas un village fabriqué pour les toursites avec des faux artisans ou un resto touriste-friendly, mais comme on nous l’avait indiqué, on pensait que les gens du village étaient sinon contents, au moins « d’accord » pour qu’on vienne ici. Or, là, vraisemblablement, ils avaient plutôt envie qu’on les laisse tranquilles et pas qu’on vienne les visiter comme des bêtes curieuses. On repart donc un peu penauds, en se disant que la prochaine fois qu’on voudra voir comment vivent les gens, on se renseignera peut-être un peu plus avant, ou on fera un tour organisé, peut-être moins « authentique », mais où les personnes que l’on va voir sont d’accord pour ça. Ce qui nous a dérangés, aussi, c’est de voir que dans ce village où les gens vivaient en autonomie quasi-totale il y a quelques années, de la chasse et d’un peu d’agriculture, la modernité a apporté en premier de quoi satisfaire les besoins secondaires (internet, la télé) et pas les besoins primaires (un seul point d’eau dans le village). Ca nous fait penser au documentaire Le thé ou l’électricité (disponible sur YouTube a priori), qui raconte l’installation d’une ligne électrique dans un petit village perché dans les montagnes marocaines, ligne électrique qu’on impose aux habitants en leur expliquant que c’est indispensable pour eux, mais qu’ils doivent installer eux-mêmes, et ensuite payer des factures qu’ils n’avaient jamais eues avant, ce qui les met dans une situation très difficile. On y voit aussi l’arrivée de la télé, avec la découverte par les villageois des merveilles de la société de consommation (!), qui les incite alors à s’y engouffrer…

Avant de partir, les plus tenaces des gamins qui nous ont suivis de partout nous réclament encore de l’argent, et l’on se dit que c’est forcément que des gens leur en ont donné, et leur ont ensuite transmis cette habitude, mais c’est bien triste. Du coup, on essaie de passer un moment joyeux avec eux avant de repartir : on sort notre truc à bulles (ça a un nom, ça ?) et on joue à souffler et attraper les bulles. On finit donc sur une note positive.

Après ces quelques jours dans le Nord Ouest du pays, on reprend la route vers Louang Prabang, où nous retrouverons les parents d’Anabelle, Monique et Pascal, pour une semaine de vacances.

La route que l’on prend passe par de beaux cols, plutôt raides et longs, mais la vue spectaculaire nous fait oublier les efforts. Et puis, lors des descentes, on apprécie de se laisser glisser tout en admirant le paysage. Voici un petit florilège  de cette route et de ses paysages qu’on adore : 

Ce diaporama nécessite JavaScript.


Les premiers jours nous dormons encore en guesthouses car la pluie est de la partie. 

Le tableau électrique dans la douche, un grand classique !

Par la suite, les bivouacs ne sont pas faciles à dénicher dans cette région montagneuse, et l’on est obligé par deux fois de dormir dans des carrières, pas très cachés, avec des camions qui s’arrêtent de temps en temps pour faire une pause avant de reprendre la montée ou la descente. C’est flippant au début, mais quand on comprend qu’ils ne s’intéressent pas à nous mais à leurs freins, on ne s’en préoccupe plus.

Mais quelle est donc cette bestiole, au loin, qui arrive sur la route ?
Ah oui, un camion qui transporte des matelas, un classique du chargement des camions au Laos.

 Si les soirs le biolite est toujours de rigueur, les midis nous nous arrêtons souvent pour manger en bord de route un « pho », qui est le plat que l’on trouve par tout, pour pas cher (même si au Laos la nourriture est un peu plus cher que chez les voisins du Sud-Est asiatique), entre 1 et 2 euros. Il s’agit d’une soupe de nouilles de riz, dans un bouillon avec quelque légumes (et normalement des morceau de saussices qui font un peu indus), assaisonné avec des ognons nouveaux, et de la coriandre. Elle est servie avec de grandes assiettes de salade, chou chinois, coriandre (quand on a de la chance), menthe et une autre feuille bizarre qu’on ne connait pas et qu’on n’aime pas trop, qu’on ajoute à la soupe au fur et à mesure. On adore, mais après une semaine de soupe tous les midis, on se lasse un peu quand même et on arrive à trouver du riz sauté au légumes ou des omelettes.

Après 5 jours de route, nous arrivons dans les faubourgs de Louang Prabang, mais ceci est une autre histoire…

Plutôt karstique
Peu de moustiques
Laos du Nord
Nous on t’adore !

[Petite rengaine inventée par Loris sur la route, et que l’on se chante parfois en pédalant 🙂 ]

Pour toute nos photos du Laos c’est ici, mais attention, les montagnes et les couchers de soleil ont donné une frénésie de déclenchements d’obturateur intempestifs à Loris.


4 réflexions sur “Laos du Nord, on t’adore !

  1. Les enfants du monde qui courent autour de « L etranger » se ressemblent tous !! Pauvres ou moins pauvres !! Ils courent après un « cadeau »…un don!! Comme ils pourraient le faire auprès de la caravane du tour de France!!!😉ils courent. Ils courent attirés par la curiosité !!beau récit!! Pas pu ouvrir les photos!🙄

    J'aime

    1. Merci ! 🙂 Ça y est le lien pour les photos est réparé ! Sinon, pour revenir sur ce que tu dis, oui les enfants courent tous, curieux face à l’étranger, mais la plupart du temps ils ne demandent absolument rien, ils sont juste contents de voir des choses qui sortent de l’ordinaire sans rien attendre (si ce n’est une petite tape dans la main parfois 😉 )

      J'aime

  2. Oui ça fait envie votre narration. Super que vous profitiez bien, c’était aussi l’objectif. Je dois vous dire qu’on vous vois changer sur les photos… vous ne vous en rendez-sans doute pas compte, mais c’est une réalité que nos expériences nous changent…
    De mon côté j’ai profité de magnifiques paysages au Maroc, surtout des montagnes type falaise, défilés, gorges ou canyons, de quoi nous faire sentir tout petits et nous remettre à notre place de poussière du monde. Je dois mettre un article sur le blog de Lanomadine, mais il y a tant à faire que….
    Votre histoire avec les enfants me rappellent un épisode de mon dernier voyage. Dans les gorges du Toghdra devenues très prisées des asiatiques (les autres touristes ont tendance à fuir les pays musulmans…) une petite gardienne de chèvres accompagnant sa maman la bergère voulait monnayer une photo contre de l’argent (nous ne voulions pas la photographier). Elle revenue à la charge plusieurs fois. Au final, nous avons choisi de lui rappeler son statut d’enfant en lui offrant de quoi jouer : des ballons de baudruches, gadgets que les enfants du Maroc ne connaissent pas beaucoup.
    Pleins de bisous et continuez à donner de vos nouvelles.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s