Le Yunnan (云南) , Yes we can !

Car ce n’était pas gagné d’arriver à traverser cette charmante province chinoise, entre notre timing hyper serré (à cause du visa), Loris qui tombait malade, les pires conditions sanitaires que l’on est rencontrées jusqu’ici (nous y reviendrons), et les éléments peu cléments avec nous. Mais nous y sommes arrivés !

Après les vers, qui, semble-t-il, vous ont plu :), voici donc un petit récit détaillé, tout en images, de notre traversée du Yunnan à vélo, entre Kunming et Mohan (la frontière avec le Laos). Promis, après on arrête  de vous embêter avec la Chine (enfin sauf quand on y retournera, si on y arrive).

Nous partons donc de Kunming où nous avons pu faire le plein de victuailles, notament à Carrefour, où  nous n’avions pas mis les pieds depuis 4 ans… Ça ne nous manquait pas, de leur filer de la thune (même si on leur en donne quand même beaucoup avec nos impôts et le CICE[1]), mais cela nous permet de rertouver plein de produits pour nos bivouacs et nos goûters  à venir :). Lors de notre départ, il fait froid. 1 degré ! Encore une fois, c’est une température très basse pour l’époque. Les gens font du feu dans la rue, car rappellez-vous, il n’y a pas de chauffage ici. Cela entraine une pollution, inhabituelle pour cette ville, qui prend la gorge. Et puis après, comme si le froid n’était pas suffisant…

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 … La pluie pointe le bout de son nez pour que nous recommencions le vélo comme nous avions arrêté.
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Une pluie, qui salit vite nos vélos tout beaux :(. Eclair est tout machuron,  son poil blanc crémeux luisant étant terni par la boue.

DSC09744Nos premiers coups de pédales nous mènent au lac Fuxian, un lac dont l’eau est potable (véritable miracle en Chine !). Nous sommes donc un peu attérés de voir les déchets, poubelles, plastiques et autres immondices de l’espèce humaine, jalonner les fossés de ses berges…

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Nous sommes d’autant plus attérés quand l’on voit des panneaux indiquant clairement que le bivouac est interdit pour éviter de polluer le lac ! Vraiment, ils n’ont pas le sens des priorités ici, comment un bivouac pourrait être plus polluant que leur fossés ou que les hôtels de luxe présents sur les berges ? Nous décidons donc de passer outre cette interdiction burlesque, ce qui rendra notre premier bivouac moins serein que prévu. Surtout que trouver un coin tranquille en Chine n’est vraiment pas une chose aisée, car il y a du monde ou des maisons de partout.
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Et si après plusieurs jours de mauvais temps, on se paye une chambre d’hôtel, on n’en abandonne pas pour autant la cuisine de bivouac ;). (Par contre Loris a définitivement abandonné le rasoir !).
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Heureusement, avec le retour du soleil, on pose vite les vestes et nous ressortirons même les shorts un peu plus tard.
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Les bivouacs deviendront alors plus sympathiques, et nous sommes bien contents de pouvoir profiter de notre maison mobile dans de meilleurs conditions. 😀
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Nous pouvons alors apprécier les magnifiques paysages qui s’offrent à nous. La terre est ici d’un rouge vif… 
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…et intense !
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Nous traversons des gorges qui n’ont (presque) rien à envier à celles du Verdon.
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Nous passons aussi des cols, qui, s’ils sont durs pour nos mollets, valent largement l’ascension pour les vues magnifiques à leur arrivée (mais aussi tout du long en fait).
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Les villes sont, quant à elles, incroyablement propres ! On peut même y jeter nos poubelles que l’on transporte pendant plusieurs jours dans les campagnes car on ne sait pas quoi en faire ! (même si on ne se fait pas trop d’illusion sur leur destinations finale)

Mais les choses vont se gâter.

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Tout d’abord car Loris tombe malade… Probablement une eau mal bouillie, ou un mauvais lavage de mains. Il faut dire que les conditions d’hygiène sont ici catastrophiques, les pires que nous ayons trouvées jusqu’à présent (pour preuve ces rats dans des toilettes où Loris a dû filer lors d’un moment de faiblesse). Au début, impossible d’avancer, la douleur à l’estomac est trop forte pour remonter en selle. Et puis cela passe, mais très vite la déshydratation le guette, et les crampes qui vont avec. C’est ce qui arrive quand on manque de potassium… Et comme l’appétit n’est pas là, impossible d’avaler des bananes pour refaire le plein ! 
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Le jour même, quand il ne peut plus avancer : une seule chose peut le sauver : l’acide oxalique (qui peut aussi servir à décaper la rouille !). Heureusement, on en trouve sur toute la planète,  quel que soit l’endroit où l’on est ! Mais comment, me demanderez-vous ? Et bien, on en trouve dans la fameuse marque rouge de soda américain. Cela permet une réhydratation et un apport en sucre rapide, et peut donc vous sauver pour un jour ou deux. Mais le miracle s’arrête là. Après, une fois qu’on a perdu toutes ses réserves d’énergie (plus communément appelées graisses), le coca ne peut plus grand chose pour vous. C’est comme ça que LoLo passera le 31 décembre, veille de ses 30 ans, cloué au lit ! Un peu de repos et quelques pilules de Spasfon (mais de l’argile aurait probablement eue le même effet si nous en avions eu) lui permettront de retrouver l’appétit et de renfourcher son fidèle Bucéphale !
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Ensuite, les choses se gâtent également car la pluie fait son retour…  Alors que nous sommes à la saison sèche dans le coin !  Le climat fait décidément n’importe quoi sur notre route (seulement, où bien partout sur la planète ?). Bon, on se plaint, mais cela pourrait être pire. Plus au sud, en Thaïlande et au Cambodge, ces pluies engendrent des inondations diluviennes,  alors qu’ici ça va. Mais cela n’entame pas notre bonne humeur, notamment car nous rencontrons des compagnons de voyage !
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En effet, un matin alors que nous finissons de plier nos affaires de bivouac, un couple de joyeux cyclos autrichiens s’arrête et nous propose de faire un bout de chemin avec eux. Il s’agit de Regula et Johannes,  en voyage à vélo pour une année avec qui nous ferons donc la route jusqu’au Laos. Ces jours de pluie nous paraissent donc plus agréables, merci à vous les copains ! (Même si comme vous pouvez le constater sur la photo, 4 jours de pluie d’affilés ça marque ! ;)). Grâce à eux, on a découvert qu’on pouvait trouver dans le Sud de la Chine d’excellentes pâtisseries qui se rapprochent un peu de nos brioches. Les meilleurs qu’on ait mangé depuis qu’on a quitté la France. Est-ce que ça s’explique par la présence française dans la région à la fin du 19ème siècle ? En tout cas, MIAM !

Pour en savoir plus sur leurs aventures, mises à jour presque quotidiennement (!)  : Le blog de Regula et Johannes ! (en allemand).

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Profitons donc de cette photo de Regula, lancée à pleine vitesse, dans la descente d’un col, talonnée par un camion, pour parler des conditions de circulation dans la « cambrousse » chinoise. C’est quand même plus cool que dans la capitale, mais, quand même, ils sont autant addict au klaxonne ! Donc il faut encore pas mal de self-contrôle pour éviter de s’énerver en permanence contre ces couillons de chauff.ards.eurs de camions ou bus. Leur coup de klaxon sont donc à prendre tel un : « Bonjour brave cycliste ! Au cas où tu ne m’aurais pas vu, malgré le bruit d’avion de chasse que je fais, et du nuage de poussière que je soulève digne d’un tempête de sable du Sahara, je préfère t’avertir de ma présence par un avertissement sonore prononcé, que je déclencherai au niveau de ton oreille, afin que tu ne sois pas surpris par le vent que je créerai en te frolant. Bonne route à toi valeureux pédaleur ».
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Coté agriculture, c’est à la chinoise. C’est à dire intensivement artisanal (oui c’est concept :)). En plaine, on retrouve donc des cultures sur de petites parcelles, qui sont cultivées par des tonnes de gens, manuellement, quasiment sans aide mécanique. Il s’agit par contre de cultures identiques sur des hectares, pleines de plastiques pour éviter les «  » » »mauvaises » » » » herbes, sans aucun arbres, ni aucune association de différentes plantes (ou de manière anecdotique) et, bien sûr, à grand renfort d’insecticides, fongicides, herbicides, engrais chimiques… En témoignent les innombrables magasins de produits de la mort au bord des routes… 

Donc oui, Titi, le Bio ils ne connaissent pas, et ici (comme chez nous <– cliquez ici si vous voulez vous poiler, oui, oui, promis !) il y aurait grand besoin… (sans parler d’agroécologie et de permaculture, seules solutions face au bio industriel, mais n’allons pas trop vite en besogne, chaque chose en son temps.)

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Et il faut savoir que les pentes, dantesques, n’empêche pas la culture ! Cela donne un petit côté Ardèche  au paysage

(l’agriculture « de relaxation » et les hippies révolutionnaires et non violents en moins).

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On cultive aussi le riz en terrasse…
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…noyé dans l’eau, sur les hauteurs du fleuve rouge.
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On croise aussi des apiculteurs itinérants, comme nous avions pu le voir dans un documentaire d’Arte visionné chez Anne et Olaf (vive l’amitié franco-allemande ;)). Malheureusement ce documentaire confirme ce que l’on pouvait craindre : ces apiculteurs font les même conneries que les apiculteurs européens, qui utilisent des ruches industrielles, exploitant ainsi les abeilles au maximum, sans les respecter le moins du monde, et s’étonnent par la suite que leur abeilles ne vont pas bien (en pointant tous les autres facteurs d’extinction des abeilles, sans jamais remettre en cause leur pratiques…). L’aberration ultime ? Ils ont parfois des abeilles européennes, plus productives en miel, mais très atteintent ne par le varroa, un parasite qui vivait à l’époque en parfaite harmonie avec les abeilles… Je vous le donne en mille… Asiatiques !

Car, oui, l’apiculture est malheureusement la première branche de l’agriculture à avoir été industrialisée :

Si jamais vous ne deviez ouvrir qu’un seul des (nombreux) liens de références sur notre blog, cela serait sûrement ce dernier. (Pratique, le podcast : on peut l’écouter en faisant la cuisine, la vaisselle, en dessinant, en se coupant les ongles, en faisant du vélo, en déjeunant,… Bref, vous voyez le principe ;))

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Ici, les habitant sont une minorité, qui a gardé une certaine tradition vestimentaire, en particulier pour les femmes (c’est beaucoup plus souvent le cas)…
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…qui portent souvent un chapeau noir, « décoré » d’un tissu rouge.
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Ils ont totalement changés de faciès, par rapport aux Hans, l’ethnie majoritaire en Chine de l’Est. Ils sont très sympas avec nous ! Nous lancent souvent des « hello !!!!!! » (prononcer le « H » comme la jota espagnole, ou le « H » en pinyin ;))
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Nous passerons par la vallée du fleuve rouge, qui coule tranquillement au fond d’une vallée, à 200m d’altitude, que nous rejoignons depuis les montagnes à 2200m après une descente de 40km !
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Les déchets des fossés qui se retrouvent immanquablement dans le fleuve, et finirons probablement leur périple dans les continents de plastique au milieu des océans…
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Plus on descend en direction du Las, et plus la végétation se fait « junglesque ».
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Et l’on rencontre alors l’autre grande culture du Yunnan, c’est une culture d’arbes. Parfois, au détour d’un virage, on tombe sur des montagnes, qui à perte de vue paraissent boisées et luxuriantes. Et après quelque instants de contemplation, on remarque que la végétation semble en escalier. Étrange… Et puis l’on comprend qu’il s’agit en réalité de plantations. Sur des milliers d’hectares, des montagnes entières sont aménagées en terrasses, à grand renfort de tractopelle, et l’on y plante à intervalles réguliers, bien alignés, les fameux hévéas (ou « rubber trees ») qui donneront la précieuse sève qui servira en majorité à fabriquer la gomme des pneus de nos voitures.
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Et nous pouvons apercevoir sur les bord de route nos premiers temples bouddhiques qui deviendront bientôt la norme en Asie du Sud Est !

Conclusion : Comme le reste de la Chine, mais sans doute plus encore car on l’a parcouru à vélo, nous avons adoré le Yunnan.

On a certes un œil critique quand on voit des choses qui nous agacent, et on a envie de tout partager, pas seulement le beau, le bon. Voyager, ce n’est pas s’émerveiller de tout à chaque instant, mais c’est découvrir, apprendre, comparer, rencontrer, REGARDER et donc, avoir un regard critique. Surtout que le mode de voyage que l’on a choisi nous permet d’être au plus près des gens et de leur vie au quotidien, de leur environnement. Ce qui implique forcément des tas de points négatifs, parce que non, le monde, il est pas tout beau tout gentil !

Mais bien sûr, aussi, ça permet des super rencontres (bien souvent avec des gens totalement différents de nous, et que l’on apprécie pourtant beaucoup, par exemple ces vendeurs de pesticides, qui nous offrent à manger et un abri alors qu’on passe près de leur magasin), cela permet des découvertes passionnantes, ça permet de voir des paysages splendides, façonnés par l’homme ou par mère nature. Le voyage, c’est cet ensemble de paradoxes, et c’est comme ça qu’on l’aime.

Et donc, on a adoré la Chine.

 


[1] 120  millions d’euros de CICE depuis 2012 (+25% de dividendes, qui représentent 65% des bénéfices) pour Carrefour, qui est bien entendu soumis à à la concurrence internationale roumaine et chinoise (la blague !), ce pour quoi le CICE à été créé.


5 réflexions sur “Le Yunnan (云南) , Yes we can !

  1. Super!!!! A part pour loris le pauvre !! Très courageux !! C est loin déjà!
    Ici le printemps est arrivé avec de fortes températures en début de semaine !! Depuis hier la pluie a fait son retour ! Doucement ! Mais la nature est belle ! Toute neuve avec les fleurs des cerisiers qui nous apportent de magnifiques tâches de couleurs dans nos rues !! Le changement d heure pas forcément en phase avec la nature , permet aux travailleurs de rester flâner dehors le soir ! C est le meilleur moment de l année! Tout est frais comme on aimerait l être!! Et bien sûr nous vivons à l heure de la campagne présidentielle et c est pas rien cette année!! J espère qu’ à votre retour vous ne soyez pas surpris par le pire !! Profitez !!!

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