La Chine, épisode IV : les chinois !

Difficile de parler de la Chine sans faire un point sur ses habitants, si nombreux, et si différents de nous. En effet, c’est un fossé qui nous sépare. Que dis-je ! C’est un véritable gouffre, un canyon, une faille géologique titanesque !

Le savoir vivre à la chinoise : inexistant différent de chez nous…

En France, déjà, ou lors de nos visites de capitales européenes, on avait pu constater que les touristes chinois, souvent très nombreux, n’avaient pas le même « savoir vivre » (si l’on peut l’appeler comme ça) que nous. Attention, loin de nous l’idée que les français sont champions du monde de la bienséance, ou même qu’agir comme nous doit être la règle. Simplement, il est vrai qu’on a plusieurs fois été agacés voire carrément énervés par des touristes chinois qui nous bousculaient sans ménagement pour mieux voir ce qu’il y avait à voir, et y faire leur selfie en 5 secondes chronos avant de repartir (sans manquer de nous piétiner au retour, histoire de nous achever).

On se demandait alors si cette « non-attention » aux autres était partagée par un grand nombre d’entre eux, et on avait hâte de se rendre compte par nous-même de comment étaient les chinois dans leur pays.

Ce qu’on a constaté, c’est que dans les grandes villes, comme Pékin (30 millions d’habitants), ou Xi’an (petite bourgade de 14 millions), c’est « marche ou crève ». Il y a tellement de monde (dans la rue, sur la route, dans le métro,…) que si on ne s’impose pas, on se fait écraser. Une heure passée dans le métro de Xi’an fera dire à Loris que « finalement, les parisiens sont plutôt civilisés, et très patients ». Du coup, on comprend mieux que, quand on vit dans une telle ambiance depuis l’enfance, à devoir se faire sa place à chaque instant, on a du mal à faire autrement, et ça semble même tout naturel.

Une discussion avec nos hôtes de Pékin nous a encore éclairés sur le sujet. Alors qu’on parlait société et politique (oui oui, cela est possible ! Même si on n’a pas trop osé livrer notre vision de leur système politique que vous connaissez déjàˆˆ – ils avaient d’ailleurs du mal à saisir le sens du mot élection ;)), et de la fin de la politique de l’enfant unique, ils nous ont dit que malgré l’autorisation(1) récente d’avoir 2 enfants, les couples chinois préfèrent en avoir un seul car cela coute très cher. En effet, chaque famille veut que son enfant réussisse mieux que les autres, et doit donc payer tout un tas de  cours particuliers afin qu’il soit éduqué le mieux possible. Les enfants de ces familles sont donc élevés dès le plus jeune âge dans un esprit de compétition poussé au maximum, et on comprend ainsi qu’ils soient assez peu attentifs aux autres. (Evidemment, on ne parle pas là de la majorité des familles chinoises, mais plutôt de la classe moyenne montante, de plus en plus nombreuse en Chine, et qui doit  bien peser dans les 100 millions de personnes…) La philosophie confusianiste, qui promeut quand même le respect d’autrui, est donc bien loin. « Etre meilleur » est malheureusement devenu, comme chez nous, « être le meilleur » ou « meilleur que les autres ».

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Le sage Confucius, même si ses préceptes ne sont plus forcément suivis, a toujours droit à des statues à son effigie, comme celle-ci à Guiyang, qui doit bien faire 15 mètres de haut

Un autre trait particulier de nos amis chinois (et peut-être bien des asiatiques en général (2)) est qu’ils ne se mouchent pas (avec le nez, entendons-nous), ils crachent. Et il faut savoir que le crachat, c’est un peu comme le thé : toute une cérémonie ! 😉 Lorsqu’on a du « mucus » dans le nez, il faut renifler pour le faire remonter dans le larynx (ou le pharynx, je sais jamais), bien racler le fond de la gorge, en prenant soin de le faire le plus bruyamment possible, remonter le molard dans la bouche, attendre quelques secondes, puis s’en débarrasser le plus loin possible pour éviter les éclaboussures sur ses chaussures. 🙂 Pour nous occidentaux, ces crachats sont un peu choquants,  car ce n’est pas dans notre culture, et puis aussi parce que ça peut arriver n’importe où (sur le trottoir à 2cm de vos pieds, au restaurant – mais heureusemlent, il y a souvent des poubelles en bout de table exprès pour cracher, même si certains ont des problèmes de visée, dans le train…) ! Cette pratique s’expliquerait par le fait que la médecine chinoise préconise, selon certains, d’expulser le mucus, comme tout ce qui peut être un nid à microbe. Et, cela ne sera un secret pour personne, on est plutôt d’accord avec cette medecine. Seulement voilà, le bon sens voudrait qu’on épargne aux autres l’exposition permanente à ses microbes… Mais bon, il faut bien se dire que pour eux, c’est nous qui sommes dégoutants quand nous nous mouchons et faisons donc sortir la morve (oui c’est le nom plus courant du « mucus » 😉 ) par notre nez !

En tout cas, depuis quelques années, et surtout à Pékin et Shanghai qui accueillaient des événements internationaux, le gouvernement a essayé d’éduquer la population à ne pas cracher n’importe où. Il arrive donc fréquemment de voir des personnes se diriger vers les poubelles pour se débarrasser de leur molard… :). 

Quand on discute avec d’autres européens de notre séjour en Chine, la plupart ont la même impression à propos des chinois : ils les trouvent bruyants, sales, et sans gêne. Certains auraient même vu des panneaux, dans le métro, montrant toutes les interditions dont « interdit de déféquer et d’uriner». Et il est vrai que l’on peut constater un léger manque de civisme, comme le montrent par exemple, les graffitis sur la muraille, ou les toilettes systèmatiquement dégoutantes 15 minutes après le dernier nettoyage. Effectivement, les toilettes sont toujours folkloriques par ici, il n’y a jamais de papier car les 5 premiers usagers vident intégralement le rouleau de 30cm de diamètre, les portes, quand il y en a, ne ferment pas forcément (cela surprend un peu la première fois), et il semble indispensable de cracher quand on est devant une pissotière. C’est aussi un des lieux où l’interdiction de fumer (en vigueur depuis 2 ans seulement) est la moins respectée (mais pas que, les bus et les restaurants suivent de près). Pour ce qui est du bruit, oui, les chinois parlent fort, et les villes sont très bruyantes, mais on se doute bien qu’avec tout ce monde, il faut parler fort si on veut être entendu. Paradoxalement, côté « saleté », on n’a juste eu du mal avec les crachats, mais sinon, on a trouvé que la Chine était au contraire plutôt propre (des gens font le ménage dans les rues 24h/24!). Bon ok, ils n’arrivent pas à ramasser la poussière incessante due à la pollution, mais pas de déchets dans les rues (nous y reviendrons plus tard mais cela sera une autre paire de manches dans le Yunnan). Sur le sans gêne, on peut aussi noter que nous sommes souvent pris en photo sans nous demander notre avis, les interdictions ne sont pas respectées  (malgré le numéro de téléphone systématiquement indiqué pour la délationˆˆ) et cela rejoint certainement notre premier point : dans leur éducation, on leur apprend à se faire sa place plus qu’à être attentif aux autres, à faire ce qu’on peut pour arriver à ses fins. Comme l’a dit Deng Xiaoping (premier successeur de Mao, qui a orienté l’économie chinoise vers le capitalisme au début des années 80) : « Peu importe que le chat soit blanc ou noir, poourvu qu’il attrape des souris ».

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Une divinité, dans un temple Taoïste, qui, a priori, ne s’offusque pas lorsqu’on lui rote à la tronche, comme l’a fait cette petite mamie trop chou à coté de nous

Voilà notre ressenti sur le « savoir vivre » à la chinoise, après un mois passé en Chine. Evidemment, on a énormément ressenti cela lors de nos 15 premiers jours (dans les 2 villes géantes de Pékin et Xi’an, et dans les lieux publiques ou transports), et beaucoup moins lors de la fin de notre séjour, à vélo dans le Yunnan. Et bien sûr, on ne peut pas généraliser ce ressenti à l’ensemble de la population chinoise. La plupart des chinois avec qui on a échangé étaient malgré cela très sympathiques et amicaux. D’ailleurs, on les a même trouvés très curieux de nous, à vouloir nous poser des questions pour nous  demander d’où on venait, ce qu’on faisait… et on a pu avoir de vraies (petites) conversations avec eux, grâce au fait qu’Anabelle parlait chinois. Et c’est vrai que, où que l’on aille, il est toujours plus facile de passer outre les premières impressions, une fois que l’on peut communiquer. Mais c’est peut-être plus vrai  en Chine qu’ailleurs, notamment parce que la majorité des gens ne parle pas anglais. Pour nous en tout cas, cela a grandement facilité les choses, car les personnes que l’on a croisées s’extasiaient à chaque fois qu’Anabelle leur barragouinait quelques mots de chinois, la félicitant et enchainant du coup de longs de discours, en parlant très très vite et sur des sujets très variés, comme si elle habitait en Chine depuis 10 ans et maitrisait parfaitement la langue de Lao Zi ! Heureusement qu’elle fait du théâtre et pouvait feindre de suivre à peu près la conversation ! [NDL : En vrai, elle fait la modeste comme ça, mais elle comprenait l’essentiel, même s’il y a encore un peu de travail sur les nombres.] 

DSC09712Une rencontre sympathique avec un jeune cycliste à Kunming, un parfait contre-exemple puisqu’il parlait français !

Maintenant, un droit de réponse des chinois, qui nous livrent leur avis sur nous occidentaux quand ils visitent nos pays, avec l’excellent documentaire Voyage en occident (3) dont voici la bande annonce :

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Dans le doc, ils parlent du cout du travail en Chine, qui ne vaut rien. Un parfait exemple : ces gens payés à porter une pancarte publicitaire devant le magasin. Nous verrons aussi des employés faire des chorégraphies dans la rue avec la musique à fond !

Logements et hôtes extras

Nous avons en effet pu loger chez deux familles chinoises différentes. Une fois à Beijing, chez Bin et une fois à Guiyang chez Ping et Qin.

Bin annonçait sur son profil avoir un tout petit appartement. En fait, c’est l’un des plus spacieux où nous ayons été. Il est aussi tout confort. Surprenant, nous avions tout les deux des souvenirs d’appartements minuscules et surpuplés de la Chine lors de nos précédents voyages. Par la suite, à Guiyang et Kunming, cette tendance se confirmera !

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Des toilettes tout confort, idéal quand on doit y passer une partie de la nuit 😉

Il faut noter que les chinois qui nous accueillent font partie de la classe aisée, et sont parmi les 8% à avoir leur passeport. Avec Bin et sa femme, que vous connaissez déjà, nous passons de super soirées à discuter et à boire le thé. On en apprend beaucoup sur la Chine avec eux. Notamment, que les cartes de résidents, qui donnent le droit au gens d’avoir accès aux services publics (écoles, hopitaux, etc.) dans une ville donnée, sont faites pour essayer d’endiguer l’exode rural qui vient gonfler encore plus les mégalopoles. Cependant, beaucoup de personnes viennent quand même dans ces villes sans carte de résidents (délivrées de manière plus ou moins arbitraire par le gouvernement) et y vivent donc sans profiter des services publics.

Nous aurons donc aussi la chance d’être accueillis chez Ping et Qin (prononcer « Tchin »), parents de Yu, qui est sur warmshower mais n’habite pas en Chine ! Elle vit aux Etats Unis mais transmet à ses parents les demandes d’hébergement ! Ils ont eux aussi un grand appartement dans le district Huaxi de Guiyang (district qui se situe à plus d’une heure et demi de bus du centre ville), là où se trouvent les universités. C’est d’ailleurs plus une ville qu’un quartier pour nous occidentaux, mais à l’échelle chinoise, ça fait partie de la ville de Guiyuang. Le district est vraiment très sympa, avec sa rivière, ses parcs et ses collines. Avec Ping et Qin, nous allons nous promener dans ces parcs, nous faisons une grande ballade à vélo jusqu’à un village ancien entouré d’une muraille, et passons par des villages de minorités « Buyi », la minorité dont Ping fait partie. Anabelle va également voir des chutes d’eau avec Ping, pendant que Loris essaie de soigner son premier « accident nutritif »… DSC00146Ping et Qin, deux personnes adorables, un artiste et une cuisinière hors pair 🙂

Le soir, nous discutons voyage à vélo, car Ping en a fait pas mal (il est allé au Tibet, au Xinjiang, en Asie du Sud-Est), et depuis qu’ils sont à  la retraite, ils ont tous les 2 traversé les Etats Unis à vélo lorsqu’ils y sont allés pour voir la remise de diplome de leur fille. Ils nous demandent si nous comptons aller au Tibet, parce que c’est magnifique. Grrrr ! (ce n’est pas le première fois en plus, Bin nous avait déjà posé la question aussi). Bien sûr qu’on aimerait y aller, mais pour nous étrangers, il faut un permis spécial, plus un guide que l’on paie à la journée, autant dire que c’est hors de prix. Et pas question d’y aller en vélo, ça se fait en voiture. Si certain l’ont fait sans permis, de manière tout à fait illégale, il y a quelques années encore, les contrôle semblent beaucoup plus fréquents et sévères pour les fraudeurs maintenant. Donc non, on n’ira pas dans la province du Tibet. Pas la peine d’en rajouter ! Mais bon, le Tibet historique est à l’origine beaucoup plus grand que le territoire qualifié de Tibet par les chinois, nous essaierons donc de passer sur le plateau tibétain qui ne fait pas partie de cette province aux droits d’accès restreints…

Avec Ping et Qin, nous mangeons les meilleurs plats chinois de tout notre séjour. Qin cuisine excellement, et nous goutons donc plein de mets différents, proches de ceux qu’on peut manger au restaurant, mais toujours meilleurs. 🙂

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Un des festins préparés par Qin (ici, nous n’avons pas pu mettre la main à la pâte, nos hôtes nous interdisant toute participation aux tâches quotidiennes…)
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Le « hot pot » (ou fondue chinoise), chez Bin, aussi succulent !

Et en parlant de bouffe, on à oublié de vous présenter notre soirée « jiao zi party », à l’hostel de Xi’an. Animé par un membre du staff, anglophone, sympa et bavard :).

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Il faut aussi noter une particularité des chinois, que vous connaissez probablament déjà, c’est leur tendance à faire des selfies à une fréquence supérieure à celle d’une adolescente occidentale pré-pubère. Nous aurons donc rarement autant été pris en photo. Beaucoup de gens nous demandant de venir pauser avec eux. Ce qui est fou, c’est que ce qui les interesse, ce n’est pas que l’on soit venu de France avec nos beaux vélos (impressionnants quand même  avec leurs grosses sacoches!) qui n’apparaissent jamais (ou presque) sur les photos, mais simplement le fait que l’on soit européens. Avec Ping et Qin, on est pris environ 1200 fois en 2 jours, avec leur appareil et le nôtre ! Voilà donc sans plus tarder nos tronches dans de nombreuses situations (et encore, il en manque, on n’a pas réussi à récupérer celles que nos hôtes tenaient pourtant à nous envoyer !, ni toutes celles qu’on a faites avec des inconnus).

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La première photo de Loris avec un Chinois 🙂 (première d’une longue série !)
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Avec une vendeuse de gâteau de riz (soit-disant célèbre)

Nos 3èmes hôtes en Chine sont des allemands : Anne et Olaf. Ils vivent à Kunming depuis 3 ans et accueillent régulièrement des voyageurs dans leur grand appartement avec rez de jardin. Nous passons Noël avec eux, le 24 au soir, en allant manger un barbec végétarien de rue, et le 25, en dégustant des bières artisanales brassées par un ami d’amis, accompagnées de frites.  (La vache, qu’est-ce qu’on est à la bourre sur notre blog ! Mais nous rattrapons notre retard petit à petit, les courses contres la montre, soit à cause de nos visas, soit pour retrouver nos parents, étant finies.) Nous sommes ravis de ces 2 repas, forts éloignés des repas classiques de fêtes de fin d’année, mais très festifs, et en bonne compagnie ! Et puis là, au moins, on n’a pas de crise de foie ! 

A Kunming, on retrouve également le beau-chaud temps, avec des températures au dessus de 15°C, et c’est si agréable de prendre le petit déjeuner dehors au soleil dans leur jardin, le 25 décembre au matin !

Chez nos hôtes, Anne et Olaf, à Kunming. Une soirée sympathique en compagnie de leurs amis.

On se dit que si à notre 2ème passage en Chine, on repasse par Kunming, on sera ravis de retourner les voir !
Globalement nous gardons donc un très bon souvenir des chinois grâce à de belles rencontres, malgré une première impression parfois déroutante. 🙂


(1) En réalité cela a toujours été autorisé, seulement, avant, pour avoir un second enfant il suffisait de payer 20 000 euro (une sacrée somme pour la majorité des chinois). Vive l’égalité entre tous plus communément appellé communisme ! Maintenant, la taxe à été décalée au troisième enfant.

(2) Cela est effectivement vrai aussi en Asie du Sud-est (tout du moins là où nous sommes passés), sauf que, là-bas, ils ne connaissent pas l’hiver et le froid et cela est donc beaucoup moins fréquent !

(3) Ce documentaire ne semble malheureusement pas encore accessible en VOD ou DVD (sauf pour les abonnés à Mediapart) mais il doit passer encore dans quelques festivals.


3 réflexions sur “La Chine, épisode IV : les chinois !

  1. ça valait la peine d’attendre! hilarant et instructif!
    Cependant, comme disait Pascal (Blaise, pas moi): « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà » (voici quelques infos sur cette citation: http://www.expressio.fr/expressions/verite-en-deca-des-pyvasieavelorenees-erreur-au-dela.php), et c’est donc bien que vous ayez fait le lien avec le documentaire de Jill Coulon: voyage en occident, qui est aussi très drole et instructif.

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