Le transmanchourien : Irkutsk-Beijing

Comme nous avons finalement décidé de ne pas aller en Mongolie (pour des raisons de temps), nous prenons le transmandchourien, qui relie la Chine à la Russie en contournant la Mongolie par l’Est, donc, par la Mandchourie.

Prendre le transmandchourien avec des  vélos, pas une mince affaire !

Contrairement au transsibérien dans lequel nous avons voyagé en platskart (3ème classe), cela n’est pas possible dans ce train, car les trains internationaux n’ont pas de 3ème classe. Nous devons acheter des places en coupé, c’est à dire en seconde classe, qui correspondent à des compartiments fermés de 4 couchettes. Le prix est donc quadruplé : 300€ au lieu de 80, pour la même distance ! 😦 (Après on se rendra compte que cela nous serait revenu moins cher de prendre le visa mongole à Irkutsk, qui se fait très facilement en 1 jour, et de prendre le transmongolien qui traverse la mongolie… tant pis).

Forts de notre expérience dans le transsibérien, nous pensions avoir toutes les  ficelles pour acheter les billets. Ca, c’était avant de rencontrer les guichetières de la gare d’Irkutsk. Quand nous demandons un billet pour les vélos, la guichetière nous répond sans sourciller que ce n’est pas possible de mettre des vélos dans ce train. Nous essayons de lui expliquer qu’on va les démonter, les mettre dans des sacs, mais rien à faire. Nous essayons alors une autre guichetière. Pas bien mieux. Elle nous indique que nos bagages ne doivent pas peser plus de 36kg, et refuse également de nous vendre un billet « bagage », disant que ça n’existe pas pour ce train. Or, nous savons pertinament que nos bagages plus nos vélos pèsent bien dans les 50kg. Il va y avoir un problème. En même temps, on n’a pas le choix. Notre VISA expire le 14 décembre, il n’y a qu’un train par semaine, nous devons absolument prendre ce train. On achète donc nos billets, en se disant que ça va passer.

La veille, Loris fait du super boulot en démontant roues, guidon, garde-boues, porte-bagages, selles, pédales (bref, tout ce qui dépasse !) et en empaquetant tout ça dans de gros sacs poubelles qu’il ficelle de gros scotch. C’est quand même gros, mais on ne peut pas forcément deviner que ce sont des vélos !


Jour J, 6h30 du matin, un taxi vient nous chercher pour nous emmener à la gare (ben oui, avec les canassons en petits morceaux, c’est difficile d’y aller à vélo). 7h : Nous avons réussi à transporter nos 11 saccoches et nos 3 sacs poubelles jusque dans la gare. Le train part à 8h14, mais il entre en gare à 7h30. Le quai n’est pas encore affiché, Anabelle décide donc d’aller une dernière fois tenter sa chance pour avoir un billet « bagage », tandis que Loris monte la garde. Le guichet « billets internationaux » est fermé, et ouvre à 8h. C’est mort. Elle se dirige alors vers un guichet spécial intitulé « Station chief assistant ». Peut-être que ce « chief assistant » pourra lui délivrer des billets ?
Elle (car c’est une femme) ne parle pas anglais, et fait venir un jeune policier pour traduire. Celui-ci est très inquiet pour nous, il dit que nous sommes face à un gros problème, car dans notre train, il y a vraiment peu de place pour les bagages, et qu’il faut peut-être prendre un autre train, ou acheter 4 billets au lieu de 2, pour avoir des places pour les vélos… Anabelle lui fait alors sa tête de chien battu, dit qu’on n’a pas assez d’argent pour acheter 2 billets de plus, et qu’en plus, on est obligé de prendre ce train car notre VISA est bientôt terminé. Devant cet argument, il est obligé de céder, et insiste auprès de la « chief assistant » pour qu’elle plaide notre cause auprès du chef du train, qui aura le dernier mot sur notre sort. Pffffiou !

L’histoire est-elle finie ? Non ! Mais on est quand même rasssuré que le flic soit de notre côté, parce qu’on a bien eu peur qu’il ne nous laisse même pas tener notre chance.

Le train arrive, on va illico voir le chef pour lui signifier qu’on veut monter avec nos bagages encombrants. Il n’y voit pas d’inconvénient, à condition qu’on ait des billets « bagages » ! Bon. Qu’à ce la ne tienne, une dame raccompagne Anabelle jusqu’au guichet international (il faut aller au bout du quai verglacé, retourner dans la gare, monter à l’étage) et lui dit de s’assoir en attendant que ça ouvre ! Quoi ? On va vraiment attendre 8h ? Alors que le train part à 8h14 ? Apparemment oui. Un peu avant 8h, ça ouvre, mais la guichetière (pourtant une autre que la dernière fois) ne veut toujours pas nous  vendre de billet bagage ! Retour sur le quai. Re-discussion en russe entre les différents protagonistes qui nous entourent. Finalement, le chef de train en personne raccompagne Anabelle au guichet international pour réclamer ce screugneugneu de billet bagage. Il insiste, échange avec la guichetière sur un ton animé, ils se montrent chacun un règlement, semble-t-il, différent, et finalement, la guichetière semble l’emporter car nous repartons vers le quai sans avoir acheté de billet ! Il doit être enviton 8h09, Anabelle demande confirmation de ce qu’elle a cru comprendre « we can go ? », oui, c’est donc parti pour le chargement express du bardat dans le train !

8h15 : le train est parti, et nous sommes tous les 4 (Loris, Anabelle, Eclair, Bucéphale*) dedans !

Pffffiou, Anabelle n’est pas loin de craquer nerveusement. Après avoir sollicité nos voisins de compartiment pour monter les sacoches dans le rangement à  bagages situé tout en haut et avoir casé les vélos dans l’interwagon, sur ordre du Provodnik (oui, cette fois, c’est un homme !), nous nous écroulons sur nos sièges, épuisés (mais ravis, fallait-il que l’on s’aime et qu’on aime la vie :)). Nos vélos se retrouvent donc exactement au même endroit que dans le train précédent. Beaucoup de foin pour rien !

Après une heure de trajet nous arrivons sur les berges du lac Baikal que nous longeons pendant plus de 3heures.

Parfait pour lui dire adieu, ou au peut-être à la prochaine 😉
Oui, quand on disait sur les berges, on déconnait pas 😉
Comme tout le long des plus de 6600km parcourus en russie, des hommes oranges s’affairent aux abords des voies

Pour ce qui est du trajet, vous connaissez, c’est un peu pareil que dans le transsib, en plus classe (lits plus grands, petit éclairage personnel pour chaque passager, quelques prises pour recharger les appareils électriques dans le couloir, intimité possible dans le compartiment car la porte peut fermer, ce qui implique aussi la possibilité d’être dans le noir complet pendant la nuit – plutôt appréciable). On se fait aussi des copains (nos voisins de compartiment) : un couple de russes qui passent leurs vacances à Beijing. Enfin… comme ils y vont en train depuis Krasnoyarsk, ils passent en réalité 10 jours dans le train (aller + retour) et 3 jours sur place… Notre petit guide de conversation en russe est bien pratique ! Tout comme Yandex-translate qui permet d’avoir un traducteur franco-russe hors ligne :). Cette fois-ci, on ne rencontre  par contre pas les autres voyageurs puisque c’est plus ou moins cloisonné.

Plus classe qu’en plastka, plus confortable et plus spacieux (sauf pour les bagages)
Nos camarades de coupé, Aksan et son mari Dilma
Les fameuses tasses que prête le provodnik pour boire le thé, ou le café façon soviet

Le dernier jour, une passagère chinoise viendra quand même se joindre à nous car elle est intéressée par le tricot d’Anabelle et essaie de le lui piquer ! Elle reste un moment à nous montrer ses photos, parfois des films d’elle qui danse, de son petit fils dont elle est très fière qu’il sache un peu d’anglais à 3 ans (en vrai, il récite simplement de petites comptines par coeur), ou à mettre de la musique très fort. Comme ça, ça a l’air plutôt sympa, mais en vrai, ça ne l’est pas, car elle ne s’intéresse pas du tout à nous mais semble là uniquement pour se faire valoir et profiter de nous comme elle peut. Particulièrement pénible. D’ailleurs, cette femme sans gêne salit systématiquement les toilettes (qui sont inondées et pleines de papier par terre après son passage) et la poubelle commune au wagon (où elle jette allègrement tout ce qu’elle ne veut plus, comme son reste de thé par exemple, tout en aspergeant ceux qui sont à côté par la même occasion – dont Anabelle, à un moment). Grrrrr.

Les forets sibériennes ont laissées place à la steppe mandchoue

Le 2ème jour est un peu particulier, car c’est le jour du passage de la frontière russo-chinoise. On s’aperçoit, quand on regarde le panneau où sont détaillés les arrêts et temps de pause, qu’on va s’arrêter 5h dans la ville frontière côté russe, puis 5h dans un espace-temps qu’on ne comprend pas (il n’y a pas d’indication sur le lieu), puis 5h dans la ville-frontière chinoise 12km plus loin. Ca promet d’être long ! Heureusement, notre gentil provodnik nous explique que les 5h du milieu ne correspondent en fait qu’au changement d’horaire : on passe de l’heure de Moscou à l’heure de Beijing. On n’attendra donc en tout que (!) 10h.

Côté russe, on se fait d’abord contrôler les papiers, puis des policiers accompagnés d’un chien fort mignon viennent fouiller aléatoirement nos bagages. Anabelle, un peu naïve, il faut l’avouer, commence à le caresser, mais Loris la stoppe vite quand il voit le regard du garde. Ensuite, nous sommes priés de sortir du train. On ne nous informe pas tellement du pourquoi ni du combien de temps, si bien qu’on sort à la va-vite sans prendre notre porte-monnaie. Dommage, c’était le dernier endroit où nous aurions pu dépenser les roubles qui nous restaient… Pendant cet intervalle de plus de 2h, nous nous baladons un peu dans cette ville frontière, mais rentrons assez vite nous remettre au chaud dans la gare, car malgré le soleil, il fait assez froid et ventu. Nous passons tout le temps d’attente à lire, voyant par la fenêtre notre train qui fait des aller-retours sur le quai. Nous savons qu’il doit changer de roues, car les rails n’ont pas le même écartement en Chine et en Russie, mais pour le reste, on ne comprend pas trop ce qu’ils lui font.

Côté chinois, les contrôles d’identité se passent bien, les policiers étant contents de trouver des français (et qui parlent un peu chinois en plus !). Ils nous posent des questions sur notre voyage, sur notre ville d’origine en France. Les douaniers, quant à eux, sont un peu plus coriaces que côté russe et nous font ouvrir quelques sacs. Ils sont notamment très surpris par le sac de petit déj contenant des céréales dans des sacs en coton, qu’ils ouvrent, touchent, et renifflent. Apparemment, ils n’ont jamais vu ça et ouvrent de grands yeux quand Anabelle leur explique que c’est pour le petit déjeuner !

Les vérifications terminées, on sort mettre les pieds sur le sol chinois. C’est assez amusant de voir qu’à moins de 15km de la Russie, c’est une ambiance totalement différente ! La gare est bondée (alors qu’elle était vide de l’autre côté de la frontière), c’est extrêmement bruyant, entre les annonces des hauts parleurs et les discussions des gens, et agressif visuellement, avec des panneaux lumineux remplis de caractères chinois en rouge sur noir ! Loris fait une halte aux toilettes, qui sont en fait un fumoir ! En effet, l’interdiction de fumer dans les lieux publics est très récente en Chine  (2015), et est plus ou moins respectée. Beaucoup de lieux « cachés » devienennt donc des fumoirs officieux.

La ville frontière coté russe…
… la même coté chinois. Rien à voir !
Pour les sinophones 😉 (Pour les autres : « Bienvenue à la gare de Mandchourie »)

Le dernier jour dans le train se passe tranquillement, entre tricot, lecture et repos. A la gare de Harbin, Anabelle, profitant de 40 minutes d’arrêt,  tente une sortie, après avoir demandé au Provodnik si c’était possible, pour aller retirer des yuans dans la ville. A la sortie de la gare, cependant, elle est un peu perdue au milieu de ce tourbillon de gens qui vont et viennent à pas pressés, et ne réussit pas à trouver une banque. Elle décide donc de retourner bredouille dans le train (c’est toujours un peu stressant de s’en éloigner trop longtemps, imaginez qu’il parte sans vous…). Mais au moment de regagner la gare, le policier qui garde l’issue par laquelle elle est sortie lui indique qu’elle ne peut pas passer par là, il faut faire la queue à l’entrée de la gare, où l’on vérifie les billets. Sauf que le billet, elle ne l’a pas, puisqu’en Russie, comme en Chine d’ailleurs, c’est le Provodnik qui le conserve pendant toute la durée du trajet et vous le restitue à la fin… Elle réussit à le convaincre de la laisser passer malgré tout, mais se fait une bonne frayeur !

Au niveau tricotage on est monté en compétences ! On sait maintenant faire une pelote à partir d’un écheveau (très pratique parce qu’on s’est rendu compte que tricoter directement depuis un écheveau ça faisait des gros noeuds), doubler le fils pour tricoter avec deux laines différentes, et le tout en tricotant en rond avec la technique du « magic loop » 🙂

Nous dormons vraiment bien dans ce train-ci, le noir total et la tranquilité y étant pour beaucoup. A 4h45, le réveil sonne. Bientôt, ce sera l’arrivée en gare de Beijing !

On vous la fait pas, vous savez qu’on est déjà arrivé depuis longtemps 😉 Regardez d’ailleurs comme Anabelle regarde vers l’avenir et nos aventures en Chine ˆˆ

2 réflexions sur “Le transmanchourien : Irkutsk-Beijing

  1. Vous êtes vraiment Très courageux !! Les transports en commun comme partout sont bien compliqués a prendre entre les billets les attentes les contrôles !! Avec le vélo au moins liberté totale !!! Maintenant profitez à fond de cette liberté et nous attendons la suite avec envie !! Bisou

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s